Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Rentrée littéraire : Féerie générale d'Emmanuelle Pireyre

Editions de l'Olivier - 248 pagesféerie générale.jpg

Présentation de l'éditeur : « J'ai souvent eu l'impression, en écrivant ce livre, d'emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l'autre bout du pays complètement cabossées », confie l'auteur. Rassemblant des échantillons prélevés dans les médias et sur les forums, détournant les sophismes et les clichés de la doxa ambiante qu'elle mixe avec érudition et humour aux discours savants ou sociologiques, Emmanuelle Pireyre organise de magnifiques collisions de sens dans ce roman-collage où la réalité se mêle à la fiction. Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux ; des artistes investissent les casernes ; un universitaire laisse tomber sa thèse sur l'héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable... Ainsi sont les personnages de Féerie générale : récalcitrants à l'égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités. Avec une jubilation communicative, Emmanuelle Pireyre propose une radiographie de notre conscience européenne en ce début de 21e siècle.

Abandon en page 60. Si la première partie de cette étrange fable pastichant les clichés des discours publicitaires, sociologiques ou encore politiques m'a emportée et m'a fait sourire, j'ai finalement rapidement décroché. Non pas que la réflexion grinçante de l'auteur m'ait déplu ou ait mis un coup à ma conscience - encore que -, mais la forme expérimentale de l'écriture a eu raison de mon envie d'aller plus avant. Les morceaux décousus sont assez déconcertants et les personnages autant que les situations sont complexes. Si l'on sent bien que l'auteur a pour ambition de dénoncer et faire réfléchir sur les aberrations de la société et la pensée européennes modernes, l'abus de fantasque m'a semblé par trop nébuleux et un brin trop intellectualisant.

Ma prédisposition actuelle de lectrice étant de m'évader sans avoir besoin de faire fumer la boîte à neurones, je ne pouvais pas trouver mon bonheur dans ce texte étrange et confus difficilement classifiable.

Extraits :

Bien sûr, ils étaient encore petits, ils n'étaient qu'à l'école primaire ; aussi ils ne tenaient pas longtemps avec les analyses vraiment prises de tête, ils avaient tout le temps envie de déconner. Certains jours où ils avaient du mal à anticiper le marché, ils disaient : "Quel après-midi pourri ! Si ça continue, je vais devoir vendre un de mes apparts à Cannes pour renflouer mes comptes de trading !" Ils avaient besoin de se défouler, même s'ils avaient conscience que le sujet était grave, même si quelques fois ils étaient soucieux et demandaient à la maîtresse : "Maîtresse, le but des banquiers, c'est de ruiner tout le monde ou quoi ?" - Juste les petits comme toi, répondait la maîtresse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et eux ils doivent se faire de gros bénéfs. En plus, expliquait la maîtresse, ils peuvent te fourguer les produits merdiques qu'ils ont inventés et travailler avec des infos privilégiées en utilisant leurs fonds propres. Donc on peut pas lutter... c'est comme ça."

...

La mère de Roxane était à cette période constamment absorbée par Internet, elle travaillait ou tchattait, on ne savait jamais trop ; célibataire depuis quelques mois, elle avait décidé de remédier à la situation et passait une bonne partie de ses jours et de ses nuits sur un site de rencontres ; elle espérait une relation durable, comptait bien cette fois réussir le délicat passage à la real life.

...

- Je n'exagère pas, a dit Valentine, il faut que tu comprennes que les jeux vidéo violents sont comme la tragédie grecque, ils servent de catharsis à nos ados. La violence imaginaire détourne et limite la violence réelle, c'est une prouesse de l'esprit humain.

...

Lorsque nous bronzons et semblons dormir d'un lourd sommeil sur telle ou telle plage brésilienne, en réalité nous ne perdons pas un mot des conversations de nos voisins de plage qui font allusion à nos efforts de diplomatie multilatérale, à notre refus de désigner, comme le font certains, un barbare parmi les peuples du monde puis de le combattre à mort. Nous savourons en somnolant ces remarques bienveillantes concernant la géopolitique tranquille de l'Europe, son désir de pouvoir dispersé et équilibré sur les différents points du globe. Nous les écoutons, souriant en rêve sur notre paréo fleuri, nous les écoutons citer Tzvetan Todorov, le cosmopolitisme et le projet kantien de paix perpétuelle.

...

A un moment donné, la plupart d'entre nous parvinrent à la conclusion qu'il faudrait supprimer le service militaire, institution vieillotte qui ne coïncidait plus avec notre état d'esprit. Il y eut un consensus là-dessus, tous les garçons du pays avaient déjà pris l'habitude de se faire réformer ; ils se sentaient inaptes à la conscription, se trouvaient de gros défauts, des maladies mentales, des addictions. De leur côté, les militaires ne voulaient plus d'eux non plus, ils n'en pouvaient plus de supporter cette bande de bras cassés. Le service militaire avait été utile à une époque où des poitrines devaient être opposées à d'autres poitrines. Alors qu'à présent les armes récentes, lance-projectiles à détonateurs téléguidés, blindés amphibies évoluant en atmosphère contaminée, ne peuvent plus êtres confiées à des amateurs. Ces armes ultrasophistiquées font constamment apparaître notre incompétence, nous nous sentons nouilles.

Commentaires

  • Critique tout à fait à l'image de ce que j'ai pu ressentir. Ça a été pour moi une lecture assommante où j'ai eu l'impression d'être une imbécile un brin trop conformiste.

  • Ça me rassure... Quel étrange objet littéraire non identifié ! Clair qu'on se sent tarte devant son bouquin ah ah... Je ne sais pas ce que l'auteur prend, mais c'est puissant !

  • Ouille! J'espère que celui que je viens de pondre ne se lâche pas si rapidement... C'est la question permanente. où et quand le lecteur lâchera la bouquin! ^^

  • Uh uh ! Si ça peut te rassurer, j'avance dans L'Entre-Temps et je n'ai pas eu une seule fois envie de le lâcher... Pour l'instant ! dit la peste histoire de rajouter de la pression.
    Plus sérieusement, je suis effarée que ce texte ait reçu le Médicis... Ça n'a aucun sens et je dirais même que c'est prendre un peu les lecteurs pour des cons...

Les commentaires sont fermés.