Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Locataire d'Hilary Mantel

la locataire.jpgEditions Joëlle Losfeld - 295 pages

Présentation de l'éditeur : Dix ans après son départ cataclysmique vers une institution psychiatrique où elle a été internée, Muriel Axon est de retour dans sa petite ville des environs de Londres. Elle veut récupérer son ancienne maison qu'elle considère comme un dû. Mais par-dessus tout, elle veut se venger de ceux qui ont fait son malheur une décennie plus tôt. À cette fin, elle va user d'un art où elle est passée maître, le déguisement. Devenant tour à tour femme de ménage ou aide-soignante, elle va infiltrer le foyer de ses anciens voisins et exploiter leurs difficultés familiales, mettant son grain de sable dans des vies déjà bien assez compliquées... La locataire est un bijou d'humour noir qui met en scène un réseau de personnages placés sur une vaste toile d'araignée, au centre de laquelle trônerait Muriel, maniant tous les fils avec une malveillance jubilatoire, façon Desperate Housewives. Sous des aspects comiques, La locataire pose la vaste question de l'identité, des apparences, des malentendus qui surgissent quand on juge les gens trop rapidement.

La Locataire est un étrange récit, surprenant quant à la multiplicité des émotions provoquées. Servie par un rythme très particulier, l'atmosphère de cette histoire est à plus d'un titre oppressante.

Au commencement, après lecture de la jaquette et des premières pages, un sentiment jubilatoire vous envahit. La noirceur latente laisse supposer une évolution délicieusement grinçante où tout va rapidement tourner au vinaigre. Mais, au fil des pages, le rythme semble s'essouffler, va même jusqu'à agacer tant on a le sentiment d'être floué, que la promesse ne va pas être tenue et qu'il s'agit en fait d'une histoire gentillette. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre ce que l'on appelle la happy end, mais ce n'est pas du tout ce à quoi l'on s'attend à la lecture de la présentation de l'éditeur. Et, effectivement, ce n'est nullement le cas. Après vous avoir ménagé - un peu longuement -, l'auteur opère une volte-face pour mieux vous maltraiter. Enfin ! dit le lecteur masochiste.

Les personnages, multiples, sont tous plus dérangeants les uns que les autres et leur ambiguïté entraîne une oscillation permanente sur les sentiments que l'on nourrit à leur égard. Difficile de fait de s'attacher à eux et pourtant, on le veut ce fin mot de l'histoire. Entre couples au bord de la rupture, enfants paumés et aliénés divers et variés, les situations aussi absurdes que glaçantes ne manquent pas. Et le final est mené tambour battant pour mieux vous laisser pantois, groggy. Aux allergiques des ambiances dérangeantes et des finals qui laissent place au questionnement, passez votre chemin. Pour les autres, si La locataire n'est pas le meilleur du genre, il est très correct et suffisamment atypique pour mériter l'intérêt.

S'il peut se lire indépendamment, il est à noter qu'il fait suite à C'est tous les jours la fête des mères narrant le rapport d'un des personnages centraux, Muriel Saxton, à sa mère tyrannique.

Extrait :

Et voilà : un cliché froissé sous ses plus vieilles chaussettes. Sa présence était un aveu tacite. Il devait pourtant savoir qu'elle fouillait dans ses tiroirs une fois de temps en temps ; au bout de vingt ans, il connaissait les méthodes qu'elle employait pour se tenir au courant. Il n'était pas de ces hommes secrets qui gardent par-devers eux leurs aventures amoureuses. Il faisait partie de ces hommes pitoyables, coupables, qui nourrissent un besoin profond d'être confondus.

Les commentaires sont fermés.