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Rentrée littéraire : Les Lisières d'Olivier Adam

Editions Flammarion - 454 pagesles lisières.jpg

Présentation de l'éditeur : Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents «pour une fois», son père ouvrier qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place. Dans ce roman ample et percutant, Olivier Adam embrasse dans un même souffle le destin d'un homme et le portrait d'une certaine France, à la périphérie d'elle-même.

Çà et là, il se murmure qu'Olivier Adam est aux lisières du Goncourt. Je n'irai pas jusque-là. Pour autant, malgré quelques longueurs et un agacement passager du fait de trop nombreux lieux communs et du caractère geignard du décalque de l'auteur, le livre a un côté clairement extatique tant on s'y reconnaît (vanité...), pour autant que l'on fasse partie de ces gens en lisières, de cette population périphérique.

Mais quelles sont-elles ces personnes en bordure, à la frontière ? Plus vraiment provinciale mais jamais réellement parisienne, absolument par riche mais pas tout à fait pauvre..., c'est moi, c'est le quidam, le monsieur tout le monde qui bosse plus pour gagner moins et qui surnage dans l'indifférence la plus crasse.

Olivier Adam écrit comme on parle, sans manière et parfois vulgairement ce qui ne fait que rajouter à la crédibilité, à la sincérité de son récit, véritable scanner de notre époque, de la fracture sociale et portrait fidèle de cette classe moyenne, majoritaire et pourtant toujours mise à la marge.

Si l'on s'accorde à dire que la mouvance littéraire française du moment à tendance à s'engluer dans des histoires moroses aux personnages torturés, Adam le fait, certes, mais avec sensibilité, intelligence, réalisme, gravité et surtout espoir. Ce qui fait toute la différence.

L'auteur semble rééditer ses sujets de prédilection (nostalgie du premier amour, amour parental, relations familiales, retour sur soi, séparation, fuite...). Si les lecteurs fidèles pourront être lassés, je n'avais pour ma part lu d'Adam que Je vais bien, ne t'en fais pas. C'est donc avec plaisir que j'ai redécouvert une plume juste qui dresse un portrait impliqué de la société contemporaine et une analyse pertinente du mal-être ambiant. Je me suis assimilée avec force à l'exil intérieur de ce protagoniste double de l'écrivain mais également à certains de ses personnages satellites. Bien sûr, son anti-héros ne connaît pas les fins de mois qui commencent le 10 mais rappelons que si l'expression "l'argent ne fait pas le bonheur" est un adage de riche parce qu'il y contribue foutrement, il ne suffit pas, c'est évident.

Bref, c'est l'histoire touchante d'un mec imparfait qui nous permet de nous pardonner à nous-mêmes nos erreurs et nos apitoiements. Sa puissance réside dans son constat selon lequel nous avons tous une situation et quelle qu'elle soit, elle est toujours mieux ou pire que celle du voisin, ce qui ne nous empêche pas de comprendre le bonheur ou le malheur de l'autre et d'avoir un avis. C'est en somme en formidable appel à la tolérance, nous disant que si nous arrêtions de fonctionner en castes, de jalouser ou de mépriser, le monde serait un peu plus doux.

Une émotion intense se dégage de ce récit doux-amer et l'on ressort irrémédiablement chamboulé de ce roman. Olivier Adam est, avec profondeur et authenticité, envers et contre tous, le porte-parole de toutes les France.

Extraits :

Je me suis garé sur le trottoir d'en face. J'ai jeté un oeil dans le rétroviseur. Sur la banquette arrière, Manon rassemblait ses affaires, le visage caché derrière un long rideau de cheveux noirs. A ses côtés, Clément s'extirpait lentement du sommeil. Six mois n'avaient pas suffi à m'habituer à ça. Cette vie en pointillés. Ces week-ends volés une semaine sur deux. Ces dimanches soir. Ces douze jours à attendre avant de les revoir. Douze jours d'un vide que le téléphone et les messages électroniques ne parvenaient pas à combler. Comment était-ce seulement possible ? Comment avions-nous pu en arriver là ? J'ai tendu ma main vers ma fille et elle l'a serrée avant d'y poser un baiser.

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Depuis que nous étions séparé Sarah resplendissait, quelque chose en elle semblait libéré d'un poids, et il fallait bien que je me résolve à accepter que ce poids, c'était moi.

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De toutes mes forces j'avais essayé de la détester mais je n'y étais pas parvenu. Elle m'avait traîné dans la boue pour garder les enfants. Devant le juge elle avait sorti mes états de service, les quantités d'alcool que je m'envoyais, les ordonnances longues comme le bras que j'avais englouties des années durant, le contenu même des bouquins que j'écrivais et qui témoignait de ma fragilité psychologique, du paquet de névroses avec lesquelles je me battais depuis tout petit. Elle avait ajouté à ça mes déplacements fréquents, mes relations avec des gens du cinéma, de la chanson, bref des artistes forcément alcooliques, cocaïnomanes ou que sais-je encore, vraiment elle avait mis le paquet mais ça n'avait pas suffi, je l'avait trop aimée pour pouvoir un jour la haïr.

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Prétendre qu'on écrit mieux quand on est seul et au fond du trou relève de la pure et simple fumisterie.

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J'ai regardé autour de moi et j'aurais voulu que ça me quitte enfin, cette manie de voir partout des gens usés, quand ils ne l'étaient peut-être pas. Pas autant que je le pensais en tout cas. J'aurais voulu être capable de voir les choses autrement, de ne pas imaginer de failles même derrière les plus belles carapaces. Certains critiques, certains lecteurs me le reprochaient mais c'était plus fort que moi. Et dès qu'un de ces types que je croisais m'adressait la parole c'était pour me convaincre qu'au fond j'avais raison : tout le monde trimballait son lot de casseroles et s'échinait à tenir debout sans rien laisser paraître, tout le monde cherchait la sortie, le soleil, la lumière, tout le monde marchait dans la même direction, en boitant plus ou moins mais en boitant.

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Dès que j'avais pu, j'avais laissé tomber tout ce qui de près ou de loin ressemblait à un boulot, même "intéressant". La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre dans un bureau était au-dessus de mes forces. Sarah en riait au début. Mais je crois qu'à force elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour le travail et la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était. Comme si on avait le choix. Comme si quelqu'un pouvait encore se payer ce luxe.

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On a certes le devoir de l'être de son mieux mais enfin, on est ce qu'on peut. (...) Je m'étais imaginé Mozart, Haydn, Schubert, et j'étais Brahms. Plus tard je m'étais vu en Modiano, Fante, Sagan, Salinger et j'avais écrit les livres que j'avais écrits. Des livres de cogneurs de fond de court, solides mais dénués de grâce, laborieux et pesants. On est ce qu'on peut. Mais de le savoir, rien ne nous console...

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Au fond de moi j'espérais leur manquer. J'étais comme un gamin qui pense à mourir pour qu'on le regrette. J'étais ce genre de gamin exactement. Je l'avais toujours été.

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J'avais beau avoir grandi dans un camp, j'avais beau me sentir toujours aussi mal à l'aise au milieu de la bourgeoisie intellectuelle qui peuplait majoritairement le milieu auquel je devais parfois me frotter par obligation professionnelle, j'étais passé de l'autre côté. En dépit de tout ce que je pouvais en dire ou écrire, je n'étais plus d'ici. Et puisqu'il semblait acquis que je ne serais jamais non plus d'ailleurs, j'étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part.

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J'avais beau boire et me bourrer de médicaments, j'avais beau refuser cette idée par égard pour mes parents, mes oncles, mes tantes, par respect pour le monde dont j'étais issu, monde du labeur, de la sueur véritable, monde où l'on ne se plaignait jamais, ni des tâches ingrates ni des salaires de misère ne des patrons ni des horaires ni des heures passées dans les transports, monde où l'on bossait avec sérieux et abnégation et où l'on fermait sa gueule en attendant les week-ends les vacances la retraite, dont on ne faisait rien parce que la fatigue était là, je n'étais pas fait pour le travail. Ecrire ces mots encore aujourd'hui me dégoûte et m'indigne.

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Le soir et le week-end il était tellement claqué qu'il avait juste envie d'être tranquille avec Cendrine et les filles. Le samedi de toute façon il fallait faire tout ce qu'on n'avait pas le temps d'expédier pendant la semaine, les papiers les courses l'entretien de la maison, une sieste un DVD, un petit tour en forêt le dimanche matin, un ciné en fin d'après-midi et c'était déjà lundi matin.

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Je crois au fond que ma mère avait un peu honte, qu'écrivain ne lui paraissait pas un métier sérieux, une occupation avouable. Je crois que pour elle il résidait là-dedans quelque chose de vaguement malsain, une manière impudique, inconvenante de s'épancher, une forme de prétention qui poussait à prendre la parole et à considérer que ce qu'on avait à dire valait la peine d'être entendu, une façon de vouloir se distinguer, sortir du rang. Comment lui expliquer qu'écrivant je ne cherchais qu'à me sauver et rien d'autre, comment éviter la grandiloquence en évoquant là une question de vie ou de mort ?

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(...), je l'écoutais dérouler son argumentaire en détaillant la bibliothèque du salon, depuis quand avais-je contracté cette manie en entrant chez les gens de d'abord regarder leur bibliothèque, leurs livres, leurs DVD, les revues dans le porte-revue et de les juger immédiatement sur ces critères, de les ranger dans des cases, d'en mépriser certains, d'être agréablement surpris par d'autres, de les jauger ainsi et de mesurer alors les chances que nous avions d'établir une relation ?

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Etait-ce là un symptôme de plus de mon incapacité à entrer réellement en contact avec les autres, de cette manie que j'avais de les fuir, de ce paradoxe qui me faisait me replier sur moi et refuser les marques d'affection, les démonstrations d'intimité, en même temps que je me plaignais intérieurement de ma solitude, de la froideur et de l'abstraction des liens qui m'unissaient aux autres (...) ?

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C'était une des choses douloureuses et sans recours qu'il nous fallait apprendre en vivant d'écrire. Si intimes fussent-ils, si fidèles à notre moi profond pussent-ils être selon nous, les livres ne gommaient aucun malentendu, ne précisaient aucun contour, ne dessinaient rien de plus clair et ressemblant. Ils avaient beau aller au-delà des apparences, des classifications, des catégorisations, ils avaient beau nous mettre à nu, nous dépouiller, on avait beau y rétablir certaines vérités, les autres, la famille et les amis, ceux à qui on avait cru envoyer des messages ne les recevaient tout simplement pas, n'en tenaient aucun compte. Ils ne se fiaient qu'au vécu, aux actes, à ce qu'ils considéraient comme des preuves, des indices, à leurs certitudes, à leurs intuitions premières. Et les livres restaient pour toujours de la fiction, des inventions déconnectées de nous-mêmes.

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Les mecs en CDD enviaient ceux qui avaient des CDI. Les chômeurs enviaient ceux qui bossaient. Les smicards trouvaient que les chômeurs gagnaient trop alors qu'ils foutaient rien. Les Français en voulaient aux étrangers, et même aux Français d'origine immigrée, et c'était réciproque, tout le monde enviait tout le monde, tout le monde en voulait à tout le monde, enfin c'était son impression, et franchement, c'était pas de voter pour la Blonde qui allait arranger toute cette merde.

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Au fond je n'avais jamais été certain de vraiment penser ce que je croyais penser, d'être vraiment celui que je m'évertuais d'être.

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C'était une constante chez moi dans ce genre de circonstances. J'acquiesçais à ce que disaient les autres. J'avais perdu depuis longtemps le goût des joutes verbales, des grandes plaidoiries. Je me fondais dans le décor et je gardais mes idées pour moi. Plus jeune j'avais réussi à m'engueuler avec tout ce que je comptais d'amis à force de défendre mes opinions et de vouloir les imposer aux autres, (...). Tout ça m'avait servi de leçon et la plupart du temps je conservais mon calme et préférais débattre tout seul à l'intérieur de mon crâne.

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Avec les années je ne m'arrangeais pas. Au lieu de m'endurcir je devenais de plus en plus sensible.

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J'avais un mal fou à me concentrer et manipuler une scène ma paraissait aussi difficile que de manoeuvrer un poids lourd, chaque phrase me pesait alors qu'elles pouvaient quelquefois être si légères, dans ce domaine comme dans celui du roman les choses pouvaient changer du tout au tout d'un jour à l'autre, les mots pouvaient filer à toute allure comme rester cloués au plancher, bâtir un chapitre pouvait se faire tout seul comme requérir l'énergie nécessaire à trois étapes du Tour de France en haute montagne, on ne pouvait jamais savoir (...).

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Comment était-ce possible ? Pourquoi ma génération se révélait à ce point incapable de grandir, de se comporter en adulte ? Connaissais-je un adulte de mon âge ? En existait-il seulement ? Quand je passais en revue mes connaissances, mes amis, tous ceux que j'avais recroisés à V., les écrivains, les cinéastes, les comédiens, les journalistes que je croisais dans mon travail, tous me faisaient l'effet d'adolescents se mouvant dans des corps précocement vieillis. Pourtant, il suffisait de regarder les photos de nos parents, de penser à leurs vies, de se souvenir d'eux à cette époque, pour bien comprendre qu'à quarante ans on n'était plus des adolescents, même plus des jeunes gens, mais des adultes. Non, j'avais beau faire le tour de tous ceux que je connaissais, je ne voyais personne pour se comporter comme tel. Nous avions tous au moins dix ans de retard.

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Toutes ces phrases qu'on se jure de ne jamais prononcer ni entendre, toutes ces formules qui font que parfois la vie ressemble à son propre cliché, figée d'avance dans des schémas éculés, si rebattus qu'on a du mal à croire qu'on la vit vraiment, au premier degré.

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Tout dans son attitude disait le découragement, la vie qui vous scie les pattes, vous brise les os pour rien, juste parce que c'est comme ça, que le monde marche sur la tête et que vous êtes nés du mauvais côté. Pas du plus mauvais, non. Mais pas du meilleur non plus.

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Il fallait voir comment les yeux brillaient, à l'idée que tout ça explose enfin, même si on savait qu'il n'en serait jamais ainsi, que tout allait continuer encore et encore, que tout allait continuer à tourner pendant des siècles aux bénéfices d'une poignée de gens qui s'essuyaient les pieds sur la gueule de milliards d'autres.

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Cette gamine avait toujours été incapable de mentir. Elle était profondément inapte à la manipulation, aux faux-semblants, à l'hypocrisie, au cynisme, ce que je considérais comme une force mais qui, je le voyais bien, lui attirait parfois des ennuis, déconvenues et autres peines dont la vie sociale sait vous inonder à cet âge. Aux yeux de certains, elle passait pour indécrottablement gentille et naïve mais il n'en était rien. Elle avait juste un goût sévère, implacable, pour la clarté, la franchise, la vérité et la justice.

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Vous avez remarqué, personne ne fait plus confiance à personne ? On est entrés dans l'ère de la suspicion. Tout est organisé comme ça. Je veux dire, dans la métro, y a des tourniquets de plus en plus sophistiqués, qui font chier tout le monde, les gens avec les poussettes et avec des bagages, et tout ça pour quoi ? Parce que les gens de la RATP partent du principe que nous sommes tous des voleurs. Tout ça pour trois types qui fraudent. Pour trois types qui fraudent on emmerde tout le monde. Et c'est pareil pour tout. (...) C'est fou cette paranoïa générale. Et ça va loin tout ça. Pour trois types qui grugent Pôle emploi, on contrôle tout le monde avec des airs policiers, suspicieux, on traite des pauvres gens qui ont déjà plus de boulot d'arnaqueurs potentiels, de tire-au-flanc putatifs.

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"Ah, une vraie voiture de père de famille", m'avait un jour ri au nez un journaliste, que j'avais pourtant eu l'amabilité d'aller cueillir à la gare et de promener sur les falaises de la pointe du Meinga, où la moindre bourrasque semblait susceptible de l'emporter. "Eh oui, avais-je répondu, c'est parce que je suis père de famille, justement..." Je n'avais pas ajouté "connard", mais ça m'avait brûlé les lèvres. Je ne lui avais pas demandé non plus si à son âge il était encore assez immature pour trouver intelligent de vouloir se distinguer à l'aide d'une voiture, si par hasard il n'était pas de ces gens qui rêvaient secrètement de s'acheter un 4 x 4 pour crier au monde entier et aux femmes en particulier que oui, ils en avaient une grosse, ou bien une Porsche, ou un putain de coupé Audi noir, pour bien montrer qu'il gagnaient de l'argent, qu'ils avaient réussi, qu'ils s'étaient extraits de la moyenne, qu'ils dominaient enfin.

Commentaires

  • Voilà un livre que je vais lire bientôt. Ton avis rejoint ceux que j'ai déjà lus ailleurs et qui m'avaient donné envie de le lire. Après Ces vents contraires, j'avais arrêté de lire des romans d'Olivier Adam, un peu déçue par ses "facilités", mais là, trop de critiques positives...

  • Tu "risques" de passer un bon moment ! Certaines critiques qui s'opposent systématiquement à l'avis de masse essaient de minorer son impact mais il est, malgré quelques défauts, très puissant. Bonne lecture !

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