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Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

un été sans les hommes.jpgEditions Actes Sud / Leméac - 216 pages

Présentation de l'éditeur : Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu’elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l’oeuvre chez les sept adolescentes qu’elle a accepté d’initier à la poésie le temps d’un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable… Parcours en forme de “lecture de soi” d’une femme à un tournant de son existence et confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables, ce roman aussi solaire que plaisamment subversif dresse le portrait attachant d’une humanité fragile mais se réinventant sans cesse.

Dans ce superbe roman qui fait la part belle aux femmes, Madame Paul Auster évoque avec beaucoup d'humour et de profondeur la reconstruction d'après la déception amoureuse.

D'aucuns diront peut-être que ce livre est sensiblement féministe dans l'acception péjorative du terme puisque les hommes y brillent par leur absence ou leurs faiblesses ou d'autres que l'intellectualisme confine à l'affectation. J'y vois pour la forme un style raffiné émaillé de références et pour le fond un hymne à la poésie et à la littérature comme refuge aux épanchements de l'âme et une célébration de la solidarité féminine intergénérationnelle.

Car Siri Hustvedt entoure son héroïne meurtrie d'une kyrielle de femmes qui seront son salut : des octogénaires aussi délirantes que déclinantes, des jeunes filles bien moins mesquines que rafraîchissantes, ou encore une mère, éternel point d'ancrage dans la houle existentielle. L'auteur aborde la femme sous tous ses angles : la fille, l'épouse, l'amante, la mère, la femme libérée, indépendante ou au foyer et puis la dame âgée. Chacune se reconnaîtra à la lecture de ce texte touchant qui rappelle si besoin était que nous avons toutes à apprendre les unes des autres, quels que soient nos âges.

J'ai été profondément émue par ce roman intime d'une justesse délicate. Recommandé pour toutes les femmes évidemment mais également pour tous les hommes qui s'intéressent aux émotions féminines.

Extraits :

La banalité de l'histoire - le fait qu'elle soit répétée ad nauseam par des hommes qui, s'apercevant tout à coup ou petit à petit que ce qui EST pourrait NE PAS ÊTRE, font dès lors en sorte de se libérer des femmes vieillissantes qui ont, pendant des années, pris soin d'eux et de leurs enfants - n'amortit pas le chagrin, la jalousie et l'humiliation qui s'emparent des abandonnées. Femmes bafouées. Je geignis, je criai, je frappai le mur de mes poings. Je lui fis peur. Il lui fallait la paix, la liberté de s'en aller de son côté en compagnie de la neurologue de ses rêves, cette scientifique bien élevée, une femme avec laquelle il n'avait en commun ni passé, ni douleurs pesantes, ni chagrin, ni aucun conflit. Et pourtant il disait pause, pas fin, laissant ainsi le récit ouvert, au cas où il changerait d'avis. Une cruelle fêlure d'espoir.

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La folie est un état de profonde absorption en soi-même. Il faut un effort extrême rien que pour savoir où on en est, et le tournant vers la guérison se produit dès l'instant où une parcelle du monde est autorisée à entrer, quand une personne ou un objet franchit la barrière.

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Mais c'était en ma mère elle-même que je me sentais à la maison. Il n'y a pas de vie sans un sol, sans un sentiment de l'espace qui n'est pas seulement extérieur mais intérieur aussi - les lieux mentaux. Pour moi, la folie avait constitué une suspension.

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Cela m'avait ramenée à une version jeune et désespérément sérieuse de moi-même, une gamine qui ne possédait ni la distance de l'ironie ni le don de dissimuler ses émotions. Tu ES trop sensible.

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Le fait que j'eusse passé la moitié de ma vie avec cet homme ne signifiait pas qu'il n'eût jamais existé une période avant Boris (dorénavant désignée comme suit : av. B.). Il y avait eu, aussi, des expériences sexuelles en cette lointaine période de voluptueuse, cochonne, douce et triste. Je décidai de cataloguer mes aventures et mésaventures charnelles dans un cahier vierge, d'en profaner les pages avec mon histoire pornographique personnelle et de m'efforcer d'y gommer toute trace de mari. Les Autres, espérais-je, détourneraient mes pensées de l'Unique.

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Je suis - pourtant ce que je suis nul ne le sait ni n'en a cure,

Mes amis m'ont abandonnée comme l'on perd un souvenir,

Je vais me repaissant moi-même de mes peines -

Elles surgissent pour s'évanouir - armée en marche vers l'oubli,

Ombres parmi les convulsives les muettes transes d'amour -

Et pourtant je suis et je vis - ainsi que vapeurs ballottées

Dans le néant du mépris et du bruit...

I am, poème de John Clare

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Un peu d'ironie, mon enfant, un peu de distance, un peu d'humour, un peu d'indifférence. L'indifférence était le remède, mais je n'en trouvais pas en moi. Le remède, en réalité, fut l'évasion. Aussi simple.

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"J'étais complètement timbrée, à l'époque. Ca m'a fait du bien."

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Que savons-nous des gens, en réalité ? pensai-je. Que diable savons-nous de qui que ce soit ?

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"Je n'ai jamais cru non plus qu'il convenait de transformer les gens en parangons de vertu après leur mort."

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Malgré ma jambe, il me faut rester joyeuse et pleine d'espoir. Que puis-je faire d'autre ? Si ça éclate, droit au cerveau ou au coeur, morte en une seconde.

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"Vieillir, ça va. Le seul problème, c'est que le corps se déglingue."

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Le rejet s'accumule ; se loge dans le ventre, telle une bile noire qui, recrachée, devient un laïus, les vaines fulminations d'une poétesse rousse isolée face aux ignares et aux initiés et aux faiseurs de culture qui n'ont pas su la reconnaître, et le pauvre Boris a vécu avec ses/mes ululations braillardes, Boris, un homme à qui l'éclat de voix, l'exclamation passionnée raclaient l'âme comme du papier de verre.

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Dommage que je ne sois pas un personnage de livre ou de pièce de théâtre, non que les choses se passent tellement bien pour la plupart d'entre eux, mais alors je pourrais être récrite ailleurs. Je vais, moi, me récrire ailleurs, pensai-je, réinventer l'histoire sous un éclairage nouveau : je suis mieux sans lui.

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Le temps nous embrouille, ne trouvez-vous pas ? Les physiciens savent jouer avec mais, en ce qui nous concerne, il faut nous accommoder d'un présent fugace qui devient un passé incertain et, si confus que puisse être ce passé dans nos têtes, nous avançons toujours inexorablement vers une fin. En esprit, cependant, tant que nous sommes vivants et que nos cerveaux peuvent encore établir des connexions, il nous est possible de sauter de l'enfance à l'âge adulte, puis en sens inverse, et de dérober, dans l'époque de notre choix, un petit morceau savoureux ici, un autre plus amer, là. Rien ne peut jamais redevenir comme avant, mais uniquement comme une incarnation ultérieure. Ce qui était autrefois l'avenir est maintenant le passé, mais le passé revient au présent à l'état de souvenance, il est ici et maintenant dans le temps de l'écriture.

Commentaires

  • Snif, je ne dois pas être sensible aux émotions féminines.
    J'en suis marri.
    Mais je vais me consoler dans d'autres lectures ...
    http://animallecteur.canalblog.com/archives/2011/09/index.html

  • Ah ah. Ne vous inquiétez pas, ne pas apprécier ce roman ne fait pas de vous un mufle ni un misogyne ! Les critiques ont été très partagées au sujet de ce roman, aussi bien par des lectrices que par des lecteurs. On adhère ou on n'adhère pas voilà tout. Navrée pour vous que vous vous soyez ennuyé.
    Merci pour le renvoi vers ma note. Je vous ajoute de ce pas dans mes liens "Ils lisent aussi" ! A bientôt.

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