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L'Agrément de Laure Mezarigue

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Présentation de l'éditeur : Ce roman raconte l'immersion peu ordinaire d'une inspectrice du travail au sein d'une association d'insertion professionnelle aidant les personnes en grande difficulté psychologique. L’inspectrice doit rencontrer trois salariés et leur délivrer un agrément censé sceller leur intégration dans le monde professionnel. Le ressort dramatique de l’histoire réside dans le fait que l’inspectrice est elle-même porteuse de désespoir et qu’elle voit ces rencontres peu anodines la replonger progressivement dans son passé chaotique afin de la mener vers sa propre délivrance. Le thème principal est la bipolarité, le trouble dont est atteinte l’inspectrice. L’objectif principal de ce roman vise à faire pénétrer le lecteur au cœur de l’intériorité de l’héroïne pour lui faire ressentir ses oscillations émotionnelles permanentes mais ce roman aborde également le dépassement de soi. Chaque salarié se confronte, en effet, à sa pire phobie au moment de l’inspection et doit littéralement s’arracher aux peurs qui les assaillent pour parvenir à décrocher son agrément. Ce roman a ainsi pour ambition de montrer l’aptitude déployée par chacun pour dépasser ses doutes afin de trouver sa propre certitude.

Un grand merci à Trinôme Editions et à Laure Mezarigue pour m'avoir offert l'occasion de découvrir ce livre.

A la lecture de la jaquette, l'on pourrait penser qu'il s'agit d'un récit à la frontière du traité sur les pathologies psychiatriques et que, de fait, la trame romanesque sera un soupçon ancrée dans le pathos. Ou, un peu à la manière de la bande dessinée La fille invisible de Villeneuve & Rocheleau, qu'il s'agira d'un journal au quotidien d'une personne malade soit un compte-rendu intéressant mais pas follement réjouissant.

L'Agrément m'a vite détrompée. Certes, l'on y croise une bipolaire, une cacophasique, une agoraphobe, une dysmorphophobique et un pyromane. Mais nul essai sur les troubles du comportement à l'horizon. Il s'agit d'un vrai roman aux personnages "tout simplement" atypiques. Non seulement l'histoire est originale et à la mérite de tenir en haleine, mais de surcroît, bien loin de miner le moral avec des histoires pathétiques, elle est bigrement drôle. Et quand je dis drôle, je tiens à souligner qu'il y avait bien longtemps qu'un livre ne m'avait pas à ce point chatouillé les zygomatiques. Une vraie dose de bien-être !

Pour ajouter au mérite de Laure Mezarigue, il est inconcevable de ne pas mentionner la richesse de sa plume qui rend plus que largement hommage à la beauté de notre chère langue française. Ajoutons à cela des références musicales pointues qui enchanteront les lecteurs mélomanes - composante qui me rappelle Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi.

L'Agrément est donc une oeuvre talentueuse, profondément humaine et surtout vecteur d'un formidable message de tolérance et d'espoir. Lecture plus que prescrite, délivrée sans ordonnance !

Extraits :

Enfin, il y eut ce fameux jour où l'union de leurs deux solitudes s'était brisée net. D'un seul coup. Avec la séparation, elle avait inexorablement glissé vers la plus sombre des clartés, celle qui vous fait aimer l'autre malgré son absence. Une fois seule et revenue à la vie, elle avait pris pour habitude d'écouter du Chopin. Leur compositeur. La musique la ramenait constamment à leur histoire. Dès leur première rencontre, elle s'était sentie chez elle, en territoire connu, sentant sourdre en elle des résonances intimes qu'elle n'avait perçues avec personne d'autre jusqu'alors. Sa voix, son odeur, le velouté de sa peau : tout en lui résonnait de modulations raffinées, dont l'écho continuait à la hanter même depuis que l'un de l'autre, ils s'étaient éloignés. C'est pourquoi la séparation avait sonné le glas de sa relation à elle-même. Le vide implacable de son quotidien désabusé ne réverbérait désormais que ses propres doutes. Quelque chose d'indicible s'était brisé en elle, et elle observait impuissante cette lente dérive de ses pensées sans parvenir à rassembler les miettes de sa douleur afin d'en faire un tout cohérent pour tenter de guérir définitivement. Elle jeta un regard autour d'elle. Son appartement était à l'image de son propre abandon. La poussière recouvrait les meubles d'une fine pellicule de tristesse qu'elle ne parvenait plus à faire partir pour permettre à sa vie de retrouver son lustre d'antan.

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Selon Lydia, le vie scindait les êtres en deux castes bien distinctes : ceux qui savent garder la tête froide, même si tout s'écroule autour d'eux, et ceux qui sombrent dans l'accablement à la moindre ride d'inquiétude venant froisser la surface de leur vie sans histoire. Pour Lydia, le contrôle de soi était l'ultime rempart capable d'empêcher votre boucan intime de vous submerger.

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En guise de regard, elle arborait deux émeraudes qui perlaient au milieu d'une nuée de taches de rousseur, telles deux trouvailles nitescentes jaillissant dans le tamis trivial de sa vie. Elle était rousse et en avait conçu une honte prodigieuse durant toute son adolescence. Pour elle, les roux représentaient le dernier maillon sur l'échelle capillaire du ridicule, juste avant les chauves. Mais avec le temps, elle avait compris que cela lui conférait une aura particulière lui faisant quitter le monde de l'insignifiance pour celui de la singularité.

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Il oeuvrait avec succès devant un parterre de quidams électroniques toujours à l'affût de ses posts laudatifs ou assassins. C'était un ténor dans son domaine : en cent quarante caractères, il savait faire le buzz comme personne. Il avait écrit plus de trente mille twitts, faisait partie des twittos les plus influents, avait le hashtag facile et dégaînait le retweet plus vite qu'une dépêche AFP atterrissant sur la timeline.

Commentaires

  • Salut,

    encore un article de qualité, bon travail et merci du partage!

    Marie.

  • Bonjour, merci beaucoup et bonne lecture ;)

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