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Mufle d'Eric Neuhoff

culture,littérature,livre,roman,citation,amour,adultère,jalousieEditions Albin Michel - 114 pages

Présentation de l'éditeur : Le narrateur découvre la jalousie et la trahison en lisant un sms sur le portable de la femme de sa vie. A plus de cinquante ans, deux divorces et de grands enfants, il se retrouve en pleine confusion sentimentale, animé de sentiments violents et contraires, alternant passion, colère, souffrance, doute, tristesse, regret, panique. L'insomnie redouble sa fixation sur Charlotte, jolie blonde fantasque dont il n'a jamais su capter le mystère et qui le renvoie à ses ruptures précédentes. Anatomie d'une déliaison, portrait d'un homme qui rêve d'une idole qui se comporterait en femme fidèle, ce sont tous les sentiments, jérémiades, déni, impuissance, complaisance, avec lesquels il faut bien vivre. Eric Neuhoff a déjà évoqués la jalousie, la passion la séparation, et la solitude dans Un bien fou et Pension alimentaire. Comme l'Antoine Doisnel de Truffaut, il en suit les méandres de livre en livre, aux différents âges de la vie, avec cette même mélancolie, cette musique douce amère, cet effroi poli devant l'éphémère des sentiments et la répétition des comportements, l'autodérision qui mêle lucidité, cruauté, tendresse et obsession.

Ce très court roman nous plonge dans les monologues intérieurs d'un homme bafoué et invite le lecteur à (re)découvrir cette multiplicité de sentiments propres à la trahison amoureuse. Stupeur, déni, désir de l'impossible pardon, incapacité à quitter, désespoir, jalousie, paranoïa, colère, dégoût, désamour... Autant de phases très justement analysées. Et pourtant.

L'ensemble, je ne saurais dire pourquoi, me laisse un sentiment de fadeur par rapport à la réalité. Peut-être l'intériorité du personnage ne peut que susciter une impossible identification tant le pathétique de l'amoureux désespéré renvoie à une image personnelle dont notre orgueil amoureux ne peut (veut) se souvenir ? Peut-être est-il impossible de traduire des émotions dont la puissance ne saurait être verbalisée ?

Quoiqu'il en soit, je reste sur ma faim. Certes, le style est incisif, mais l'ensemble est relativement convenu et bien que réchauffé, souffre sans doute d'une écriture à froid.

Extraits :

Il fut faible. Il fut lâche. Il fit semblant de pardonne. Il se flattait d'être magnanime. C'était une blague. Il avait encore envie de la baiser, oui. Charlotte était sa prison. Il ne parvenait pas à s'en évader.

...

Je t'ai tant aimée, Charlotte. Est-ce que tu te rendras compte de ça ? Est-ce que ça te servira à quelque chose ?

...

Avant, ils se parlaient plusieurs fois par jour au téléphone. Ils s'appelaient pour des riens, trouvaient des prétextes dérisoires, des choses essentielles qu'ils avaient oublié de se dire, pour le simple plaisir d'entendre la voix de l'autre. Ca n'était pas un hasard si tout s'était effondré quand il n'avait pas réussi à la joindre, qu'il tombait tout le temps sur sa messagerie. Ils se livraient désormais à une intifada de sms.

...

Il n'avait pas pris assez de photos d'elle. Il était obligé de faire confiance à ses souvenirs. Certains revenaient sans effort. D'autres, c'était plus difficile. Charlotte, par moments tu encombres ma mémoire. Sinon, il arrive que tu sois insaisissable. Je ne parviens pas à reconstituer tes traits. Ne me dites pas que je vais l'oublier pour de bon. Elle ne va pas s'effacer comme ces vieux polaroïds, si ? Cette fille avait failli m'éviscérer. Je me prenais les pieds dans mes propres tripes.

...

Tu prétendais ne jamais porter de parfum, te frictionner seulement avec des feuilles de menthe qui poussaient sur ta terrasse. C'était fantasque et poétique. L'âge adulte demeurait pour toi une contrée interdite.

...

Je ne t'oublie pas, Charlotte. Je prends mes distances. Je ne te connais plus. Tu étais vrombissante, originale, inclassable. Tu te servais de ta beauté avec violence. Beaucoup devaient te prendre pour une emmerdeuse. Tu faisais bouger les jours. Avec toi, aucun ne durait vingt-quatre heures. Tu inventais la vie. Tu enchantais le quotidien. La banalité, tu la piétinais. C'était cela qui m'avait séduit chez toi. Le rythme était usant. Il avait ton physique. Dans la rue, les hommes se retournaient sur ton passage.

...

Leur histoire s'était transformée en une charogne de sentiments corrompus. Bye Charlotte. Mon meilleur souvenir.

...

Comment faire ? Elle était difficile à remplacer. Elle prenait du volume. Charlotte était un pluriel à elle toute seule. Avec elle, cela tanguait. On n'avait pas le temps de s'assoupir. Il fallait qu'elle ait la vedette. Pour cela, elle arborait une jeunesse absurde. Qu'est-ce qu'elle allait encore inventer ? Avec qui allait-elle se disputer à table ?

Le nombre de dîners qu'elle avait gâchés. Combien de ses voisins avait-elle agressés ? Elle entrait dans la pièce et l'atmosphère changeait. Elle faisait tout pour. Il lui fallait du bruit, de la musique, de l'alcool et des tempêtes. J'avais été servi. Elle criait "Où sont les bouteilles ?" Où sont les toros ?" Quand on vivait à côté d'elle, chaque année en valait sept. On devait compter en calendrier pour chiens. Elle fouettait l'instant. L'imprévu était sa résidence secondaire. Elle ne croyait pas à la prudence. Elle fuyait le raisonnable. Elle avait un appétit de requin-marteau. Elle ne se rendait jamais. Elle voulait diriger les opérations. C'était Miss Patton, Gengis Khan au féminin. Cela l'avait séduit. Maintenant, il en faisait les frais.

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