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Rentrée littéraire : Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza

moi, jean gabin.jpgA paraître le 30 août 2012

Editions Attila - 175 pages

Présentation de l'éditeur : La ville de Catane, en Sicile, au début des années 30. Le fascisme se déploie sur l’île, quand une enfant ressort exaltée d’une salle de cinéma de quartier. Elle a la démarche chaloupée, une cigarette imaginaire au bec et l’oeil terrible. Elle vient de voir le film Pépé le Moko et, emportée par cette incarnation du désir et de l’insoumission, elle n’a désormais plus qu’une idée en tête : être Jean Gabin. Écrit par l’auteur de L’Art de la joie dans les dernières années de sa vie, à un moment où son oeuvre demeurait méconnue, Moi, Jean Gabin est un étrange roman autobiographique, l’histoire magnifiée d’une enfance dans la Sicile de l’entre-deux-guerres. Pouvant être lu comme un testament philosophique, ce livre des origines se révèle être un des plus beaux textes de Goliarda Sapienza, un éloge à la liberté et aux rêves qui ont précocement nourri sa vie.

Ce texte est l'autobiographie romancée d'une auteur qui nous livre un morceau magnifié de son enfance atypique, celui d'une petite fille fantasque dans une époque italienne trouble. Les réflexions de cette enfant aussi lucide que naïve sont croustillantes, bourrées de poésie, tendres, touchantes et parfois désopilantes.

Le sentiment à la lecture de cette fantaisie réaliste est assez ambivalent puisqu'on ne peut s'empêcher de rêver d'être intégré à la fratrie Sapienza, tout en gardant à l'esprit la vraie biographie de Gordiala dont les séquelles psychologiques dévastèrent l'existence. Si l'intelligence du petit garçon manqué sont fascinantes de maturité - d'endoctrinement ? -, elles sont parfois douloureuses tant on ressent la dualité de ses émotions : le désir de penser comme une adulte, d'appliquer à la lettre les principes de son éducation prônant la liberté et l'envie de se laisser aller parfois à n'être qu'une enfant spontanée.

Sous couvert d'une plume légère, aérienne, romanesque, l'on ne peut manquer de ressentir le poids d'une éducation engagée, parfois trop lourde pour les épaules frêles d'une bambina.

Quoiqu'il en soit, ce texte est magnifique, riche et bouleversant. Un vrai petit rayon de soleil.

Extraits :

En fermant les yeux, je repassais une à une toutes les scènes devant l'écran de la mémoire, très puissante chez moi comme du reste chez tous ceux qui gagnent leur pain et leur liberté au jour le jour. Pour être bandit, voleur, ou simplement rebelle, il faut avoir par-dessus tout de la mémoire, autrement on est foutu !

...

- Pourquoi te tais-tu, ma chérie ? Peut-être penses-tu que j'ai tort ? S'il en est ainsi, dis-le : tu ne dois te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours. (...)

...

"Bas instinct féminin", comme disait Ivanoe, ajoutant : "entendons-nous bien, non pas par nature mais développée à travers les siècles pour entortiller l'homme son maître qui l'a toujours tenue en prison..." (...).

...

Les femmes ! Qui pouvait comprendre quoi que ce soit aux femmes.

...

La seule à admettre que l'amour était une chose digne d'être prise en considération était ma mère, mais elle en faisait quelque chose de tellement compliqué : ce devait être un amour libre de conventions, de chantages psychologiques ou financiers, et caetera. Bref, elle en faisait quelque chose de tellement officiel qu'il valait mieux détourner la conversation sur la Grèce antique, la politique ou la philosophie, qu'au moins, même si c'était difficile, en s'appliquant, on arrivait à comprendre...

...

"... Tu dois savoir que la vraie beauté chez les femmes se cache, ne se montre pas tout de suite. La vraie beauté a comme une pudeur innée, une défense dont la nature entoure ce qu'elle estime précieux et digne seulement de qui saura l'apprécier."

...

Se tenir toujours accroché au rêve, et défier jusqu'à la mort pour ne jamais le perdre.

...

C'est étrange, l'impossibilité de communiquer une joie est plus douloureuse que celle de ne pouvoir communiquer une souffrance. Ce doit être parce qu'on a tant à faire pour faire passer la souffrance que dans l'effort de s'en débarrasser on oublie les autres. Mais une joie ? Une joie est quelque chose qui réclame tout de suite, de toute urgence, d'être reconnue par les autres, partagée. C'est pour cela peut-être que les poètes s'attachent si rigoureusement (les pauvres) à parler toujours de malheurs ?

...

La grande liberté de soi-même et de ses propres pensées n'est-elle pas quelque chose de plus douloureux qu'on ne saurait le dire ?

...

La regarder donnait l'illusion qu'une grande paix était descendue sur terre. Illusion de courte durée, certes, mais qu'est-ce que la vie sinon une illusion de courte durée ? une gorgée d'eau fraîche, une caresse brève et infinie qui emporte tout de sa douceur enivrante ?

...

"La vie est combat, rébellion et expérimentation, voilà ce dont tu dois t'enthousiasmer jour après jour et heure après heure. Regarde-moi, je suis mort si souvent en combattant, et pourtant je suis ici avec toi tranquille à me souvenir et me réjouir de mes luttes, prêt à renaître et à recommencer.

Recommencer - murmure Jean en souriant de haut du grand écran - voilà le secret, rien ne meurt, tout finit et tout recommence, seul l'esprit de la lutte est immortel, de lui seul jaillit ce que communément nous appelons Vie."

Commentaires

  • un petit merci de l'éditeur...

  • Et un grand merci de la lectrice :)

  • Tu en parles très bien. C'est un livre que j'ai dévoré et beaucoup aimé. Actuellement, il voyage vers d'autres lecteurs

  • Merci :) Joli partage ! Quelle drôle d'existence quand même...

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