Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Rentrée littéraire : La Vie de Régis de Sá Moreira | Page d'accueil | Rentrée littéraire : Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza »

02/08/2012

Rentrée littéraire : Les Affreux de Chloé Schmitt

A paraître le 22 août 2012les affreux.jpg

Editions Albin Michel - 189 pages

Présentation de l'éditeur : « Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie. » D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit ? Dans un souffle furieux, porté par une langue heurtée et sans cesse réinventée, ce roman raconte la déchéance d'un homme et, au-delà, l'impossible communication dans une société qui court à sa perte. À seulement vingt et un ans, Chloé Schmitt fait preuve d'une grande maîtrise et révèle, à travers ce texte sombre et corrosif, une impressionnante puissance d'écriture.

Après trois énormes coups de coeur (La Vallée des masques de Tarun Tejpal chez Albin Michel, Ciseaux de Stéphane Michaka chez Fayard, Le jeu des ombres de Louise Erdrich une fois encore chez Albin Michel) et une très agréable découverte (La vie de Régis de Sá Moreira chez Au Diable Vauvert), il devenait de plus en plus improbable d'enchaîner d'aussi heureux hasards pour cette rentrée littéraire. C'est donc avec Les Affreux de Chloé Schmitt que je connais ma première déception dans les quelque 650 romans à venir.

Entendons-nous bien, ce livre est relativement bien écrit - encore que je ne sois pas vraiment fan du style. Mais ma situation personnelle d'un point de vue médical m'a rendu la lecture pénible du fait d'une certaine identification au sort du personnage principal. Pour parachever le triste sujet, le narrateur, prisonnier de son corps, est entouré de personnes plus malveillantes les unes que les autres. C'est donc une histoire sinistre teintée de sordide que nous propose l'auteur. Or le noir et le désespéré ne sont vraiment pas ma tasse de thé du moment même si donner la parole à ceux qui ne l'ont plus et se faire l'expression de leurs souffrances, de l'atrocité de la dépendance est tout à fait louable.

Soulignons toutefois que ce texte est le premier d'une toute jeune écrivain de 21 ans. L'on peut saluer la maturité de la plume de cette étudiante et regretter à la fois une telle gravité, un tel désenchantement là on l'on pourrait souhaiter un peu de fraîcheur dans une littérature française déjà bien sombre.

Bref, je n'ai pas accroché mais ce n'est pas un four pour autant ; un simple manque d'affinités totalement subjectif tout au plus.

Extraits :

J'en ai entendu des choses. On ne fait que ça, entendre, quand on est allongé sur un lit d'hosto. Les gens parlent, parlent beaucoup même. Et moi qui disais que c'est finalement ça une personne, une bouche qui finira par se fermer. La mienne n'était plus que bave, presque crevé. Pas encore assez pour plus les entendre...

...

Les toubibs se sont vite tus, j'étais sauvé qu'ils disaient. Ils avaient épuisé les pronostics, prévoyaient déjà le prochain week-end. J'étais vivant, ç a faisait leur affaires. La mienne, c'était moins certain.

...

La lèvre qui remonte, à gauche. La fourchette qui touille nerveuse attendant le froid. Elle se lève, le cul en arrière. La chaise qui racle le sol, elle qui racle sa gorge. Toujours deux mouchoirs, l'un sur l'autre, et l'éternuement aigu. Un air si prévenant que la gentillesse à venir fatigue d'avance. Les cheveux en plein visage qu'elle recoiffe, trois fois de suite. Le même parfum usé sous les rhumes des hivers. Les rougeurs derrière le fond de teint. Son genou boiteux qu'elle traîne et sa pantoufle chuintant contre le carrelage.

Je dégueulais toutes ses manies. L'amour qui goutte jusqu'à dégoûter.

...

Les gens sont toujours au bord des révélations mais, au final, ils veulent rien lâcher, font plein de manières. Et parfois ils y tiennent plus, ça suinte tout seul. Faut saisir l'occasion, recueillir les bribes, reconstituer.

...

La solitude vous tue les exigences.

...

Faut avoir l'esprit collectif dans la mort, agoniser au fond de la tranchée, pourrir en ordre comme tous les autres cadavres, encore au garde-à-vous. Un AVC, petit à petit, c'est mal vu, ça voile de honte la famille. Qu'il ose pas sauter... Qu'il se raccroche... Des siècles de lâcheté familiale remontent en mémoire et on les plaque dans le bout de vie qui vous reste encore !... C'est comme naître, crever, d'un coup ça fascine, mais dès que ça se perd dans le douleur, le temps, c'est plus que du mou bien dégueulasse !... Même un clebs y fourrerait pas sa truffe !...

(...) Avec l'AVC qui me tordait la gueule, j'étais plus présentable. Si seulement la tête était partie avec ! Le pire c'est pas ce qui s'est barré, c'est de vivre avec le reste !...

...

L'imagination c'est le grand mystère où naissent et meurent les amours.

11:14 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature française, Livre, Première oeuvre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

Les commentaires sont fermés.