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Motherfucker de Sylvain Ricard & Guillaume Martinez

Tome 1 d'un récit en deux parties au sein du mouvement des Black Panthersmother fucker.jpg

Editions Futuropolis - 64 pages

Récit : Sylvain Ricard - Dessin : Guillaume Martinez

Présentation de l'éditeur : Il s’appelle Vermont Washington. Si son patronyme est symbole de liberté pour l’Amérique, il ne l’est pas pour lui, jeune afro-africain. Il habite à Los Angeles, dans le quartier de Watts, célèbre pour les émeutes survenues, en août 1965, à la suite du 100e anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis. Son quotidien, et celui de sa famille, n’est fait que d’injustices, de restrictions, de discriminations et d’humiliation. Ils sont victimes du racisme ordinaire, qui sévit encore en ces années soixante, où le Ku Klux Klan, vestige insupportable de l’esclavage, n’en finit pas de mourir. Une haine omniprésente perçue à travers le travail, l’éducation, les lieux publics… Même les forces de l’ordre soudoyées participent à cette discrimination générale. C’est donc avec le Black Panther Party, mouvement révolutionnaire afro-américain dont il est membre, que Vermont Washington entend lutter, entouré de ses amis (Noirs), pour leurs droits à l’égalité. Cependant, Pete, son meilleur ami Blanc, qui pourtant soutient le parti, le pousse à être raisonnable, craignant qu’il ne finisse en prison. Son père, chez qui il vit avec sa famille, ayant choisi de faire profil bas, se heurte violemment à lui, lui conseillant de se soumettre. Quant à sa femme impuissante, elle vit dans la peur qu’il ne se fasse tuer à tout moment. De provocations racistes en humiliations permanentes, le destin de Vermont Washington est rythmé par le programme en dix points des Black Panthers : ils luttent pour la liberté, le plein emploi, pour que le peuple Noir ne soit plus volé par la capitalisme, pour des logements décents, l’éducation…

L'on a beau avoir vu Devine qui vient dîner ce soir, Mississippi burning ou encore lu Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, La couleur des sentiments, il est toujours aussi intéressant que révoltant de se pencher sur cette histoire sombre pas si lointaine qu'est la ségrégation américaine des années 1960.

Par le biais de l'engagement politique de Vermont Washington, jeune militant des Black Panthers, l'on (re)découvre la condition des descendants d'esclaves qui, malgré un siècle d'abolition, se confrontent à la plus que lente évolution des mentalités. Comment ne pas être révolté face à l'injustice, l'absurdité, la violence, le mépris, l'humiliation, l'ignominie, l'abjection... ?

Sylvain Ricard, rompu à l'évocation de sujets sensibles (... à la folie pour n'en citer qu'un), réussit la prouesse de construire un récit intelligent, loin de tout manichéisme. Rythmé par le Ten Point Plan, l'histoire met en scène tous les points de vue, toutes les prises de positions possibles (engagement, passivité, extrémisme, courage, lâcheté, désillusion...) sans jamais prendre parti, laissant le lecteur seul juge, fort de son humanité et de son bon sens. La gravité du propos est superbement rehaussée par le lavis à l'encre de Chine de Guillaume Martinez qui offre des portraits absolument magnifiques.

Une première partie coup de poing qui, si l'on se penche sur les cinq prochains points du Plan à venir, laisse présager une fin de diptyque encore plus ténébreuse. J'attends avec impatience le second volet de ce brillant et nécessaire Motherfucker qui rappelle l'incroyable bond de géant opéré dans les mentalités états-uniennes, qui sont passées en quelque cinquante années du racisme ordinaire le plus odieux à la gouvernance par un américain aux racines africaines - même si les clivages restent tristement d'actualités comme Trayvon Martin l'a funestement expérimenté.

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