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08/07/2012

Rien ne va plus de Douglas Kennedy

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Présentation de l'éditeur : Hollywood, ou destin rime avec déclin. À la grande roulette du succès, il suffit d'un coup pour arriver au sommet. Et d'un mauvais numéro pour en dégringoler. David Armitage, scénariste, n'en revient pas : son projet de série vient d'être retenu pour une grande chaîne du câble. Dix ans de galère, à placer des scripts ici ou là, vont finalement payer. Reconnaissance, fortune, célébrité sont au rendez-vous. Mais Los Angeles ne manque pas de mauvais anges : peu à peu, la machine s'emballe. La ville-cinéma lui réserve une chute à sa mesure... Titanesque.

Je suis de ces lecteurs qui, quand ils ont été touchés par un auteur, se lancent à l'assaut de son oeuvre - Irving, Tropper, Austen ou Pennac comptant parmi mes mets préférés. Pourquoi bouder son plaisir ?

C'est dans cette logique que je suis me suis attelée, après La poursuite du bonheur, à un nouveau titre de ce Douglas Kennedy que, déraisonnablement, j'ai trop longtemps mésestimé.

Une fois de plus, j'ai été subjuguée par l'intensité du récit. Kennedy propose un genre tout à fait différent de La poursuite du bonheur, témoignage de sa capacité à se renouveler et de son imagination fertile. Il passe de l'Est à l'Ouest des Etats-Unis, des fifties aux années 2000, de la guerre et de la politique au show-business, avec une aisance, une crédibilité tout à fait prenantes.

Il met ici en scène avec brio le monde impitoyable du star system et combien la vie joue de tours. La galère, la gloire, la disgrâce, l'hypocrisie des relations humaines, le fric, la manipulation... Autant de sujets avec lesquels jongle l'écrivain pour donner vie à un roman a priori léger et drôle mais criant de vérité, profonde satire de la nature humaine et d'une certaine société américaine. Humour grinçant et rebondissements aussi surprenants qu'haletants sont au rendez-vous de ce livre inscrit sous le signe d'un vrai bon moment de littérature, d'une très agréable évasion.

Extraits :

Vingt milliards de dollars... J'essayais toujours de me faire à ce chiffre, et à l'une des statistiques que Bobby s'était empressé de me fournir : les intérêts hebdomadaires que sa fortune rapportait à Fleck dépassaient les deux millions. Sans jamais toucher à son capital, il disposait donc d'environ cent millions annuels après impôts en... argent de poche. Quelle absurdité ! Est-ce que Fleck se rappelait seulement - ce qui était bien mon cas, pendant que mes années de galère étaient encore si proches - l'angoisse du loyer à payer, ou d'une note de téléphone en retard, ou de rouler dans une vieille guimbarde en priant poue que la boîte de vitesses ne vous lâche pas parce que vous n'avez pas e quoi la changer ? Ou, plus simplement, est-ce qu'il était encore capable d'éprouver un souhait quelconque, dans un univers où ses mondres aspirations matérielles étaient satisfaites ? Est-ce que sa vision du monde n'était pas radicalement transformée par cet état de satiété absolue ? C'était une question théorique que je ne pouvais m'empêcher de me poser : une telle richesse permettait-elle de donner libres cours à ses besoins spirituels, de concevoir de plus vastes idées, de se consacrer à de grands projets ? Devenait-on une sorte de roi-philosophe moderne, un Médicis contemporain ? Ou même, lorsqu'on allait trop loin, un nouveau Borgia ?

En tout cas, je savais ce en quoi je me transformais après seulement une journée à Château-Fleck, moi : un enfant gâté. Et oui, j'ose le dire : ça me plaisait. Mes scrupules initiaux s'étaient émoussés de j'acceptais de mieux en mieux l'idée d'avoir tout un personnel - toute une île ! - à ma disposition.

...

- (...) Non, désolé, mon amour, mais sans le Grand Méchant Loup ça ne marche pas vraiment...

Et pourquoi ? Parce qu'une "histoire", c'est un drame. Le vôtre. Le mien. Celui du type qui est en train de lire assis dans le métro en face de vous. Tout est récit, et le simple fait de conter, de narrer, renvoie à cette vérité première : nous avons besoin de crise, d'angoisse, d'attente, d'espoir, de la peur de se tromper, de soif de la vie que nous pensons vouloir et de la déception que nous inspire celle qui est la nôtre. D'un état de tension qui nous fasse croire à notre importance, à notre capacité à aller au-delà du trivial. Du constat que nous restons constamment dans l'ombre du Grand Méchant Loup, même si nous avons tenté de le nier. De la menace qui se tapit derrière le moindre geste, la moindre décision. Du danger que nous constituons pour nous-mêmes.

13:01 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

Très jolie chronique sur l'univers de Douglas Kennedy. Si je n'avais pas déjà lu ce livre, ta chronique m'aurait vraiment donner envie de le lire.

Meelly lit...

Écrit par : Meelly | 21/07/2012

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Merci Meelly ! Mais tout le mérite en revient, une fois encore, à Douglas Kennedy. Il inspire et donne envie de s'appliquer :) Tu en as lu d'autres ? Si oui, lequel me conseilles-tu pour poursuivre mon rattrapage ? A très vite, ici ou ailleurs ;)

Écrit par : charlotte à Meelly | 23/07/2012

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Bonjour,

J'ai lu plusieurs livres de cet auteur. J'ai apprécié la lecture de "Cet instant-là" même s'il n'est pas réputé comme le meilleur. E fait, j'ai beaucoup aimé la période au cours de laquelle se déroule l'histoire : la guerre froide. Et surtout la description du Berlin-est de l'époque. J'aime beaucoup cette ville et je trouve que l'atmosphère qui y règne est particulièrement bien décrite.
Dans un tout autre genre, tu peux également lire "piège nuptial" qui précédemment sorti sous le titre "cul de sac". C'est vraiment très différent des autres livres de l'auteur, c'est particulier, dérangeant parfois, mais c'est un livre qui ne laisse pas indifférent.

Écrit par : Meelly | 30/07/2012

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Hello :) Merci pour tes conseils ! Tout ça me donne très envie et dès que je sors la tête de la rentrée littéraire, je pense bien de me laisser tenter.

Écrit par : charlotte à Meelly | 02/08/2012

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Bonjour,

j'ai également beaucoup aimé "Cet instant là" qui décrit un Berlin pendant la guerre froide vécu de l’intérieur ainsi que cette histoire d'amour improbable entre un américain et une transfuge est Allemande.

Mon préféré reste "l'homme qui voulait vivre sa vie" qui une fois commencé se dévore en un rien de temps et ne laisse pas indifférent...

Écrit par : Jean-Francois | 29/05/2013

L'homme qui voulait vivre sa vie est le premier que j'ai lu mais ça date tellement que je ne m'en souviens que peu. Je n'ai pas encore eu le plaisir de découvrir Cet instant-là mais il est dans ma PAL puisque Douglas Kennedy est rentré dans mon panthéon d'auteurs de qualité que j'adore.
Merci pour votre visite, à bientôt j'espère. Au plaisir de nos tribulations littéraires...

Écrit par : charlotte à Jean-François | 30/05/2013

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