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  • Firmin de Sam Savage

    Editions Actes Sud - 202 pagesfirmin.jpg

    Présentation de l'éditeur : Autobiographie d'un grignoteur de livres, Firmin raconte l'histoire d'un rongeur érudit qui a vu le jour clans les sous-sols d'une librairie de Scollay Square, vieux quartier en péril du Boston des années 1960. Plein d'appétit pour les mots, épris de nourritures spirituelles autant que terrestres, Firmin ne peut communiquer tous ses coups de cœur ni exprimer ses détresses, et voit avec révolte se déliter sa race comme son quartier, cernés par l'incompréhension des hommes et par les mécanismes du profit. Mais la rencontre avec un romancier marginal le sauve du pessimisme ambiant. Superbe hommage aux valeurs de l'écrit et aux singularités de toutes espèces, l'aventure de Firmin est aussi un fabuleux trait d'union entre littérature, exclusion et résistance.

    Je pensais que Firmin était à la littérature ce que Ratatouille était à la gastronomie. Ce n'est pas complètement faux mais pour ce qui est de la tonalité, Sam Savage est bien loin de la légèreté des studios Pixar. Cela ne constitue pas en soi une déception même si je n'ai pu m'empêcher de nourrir quelques regrets quant au fait qu'un livre qui parle de la passion des livres soit assez triste.

    Certes, ce conte anthropomorphique exprime parfaitement ce que bien souvent les dévoreurs de livres ressentent, à savoir la solitude et le regret de ne pouvoir que trop rarement partager le fruit de leurs découvertes littéraires faute de trouver des alter ego bibliophages ou des lecteurs aux goûts similaires. (Même s'il existe désormais, grâce au web, des solutions. La meilleure selon moi : Babelio.) Cependant, à la lueur de l'existence de Firmin, l'on en viendrait presque à conclure de l'inutilité de la littérature. C'est là que pèche l'hommage.

    Le livre n'en est pas moins désagréable et son originalité vaut le détour, même s'il n'est pas indispensable et pourra décourager les allergiques aux descriptions et aux épanchements pour le moins geignards du rat grignoteur.

    Extraits :

    Jerry disait toujours que les gens ne voulaient pas publier ses livres parce qu'ils avaient peur du message qu'ils véhiculaient. Moi, il me parlait vraiment et correspondait bien à ma vision de l'existence : chaque jour qui passe nous rend un peu plus faibles, un peu plus fous.

    ...

    Pourtant, malgré ce fond de mélancolie, le vie continuait de nous offrir de bons moments que j'aime à me remémorer aujourd'hui. Je me les repasse de temps en temps en essayant d'en extirper la tristesse, la vieillesse et la solitude. (...)

    Je crois toujours que tout est éternel, mais rien ne dure jamais. En fait, rien n'existe jamais plus qu'un court instant, sauf ce que nous gardons en mémoire. C'est pourquoi j'essaie de me souvenir de tout - plutôt mourir que d'oublier - (...).

  • Walking dead de Robert Kirkman & Charlie Adlard

    Editions Delcourt

    Tome 1 - Passé décomposé - 142 pages

    Tome 2 - Cette vie derrière nous - 143 pages

    Tome 3 - Sains et saufs ? - 136 pages

    Tome 4 - Amour et mort - 136 pages

    Tome 5 - Monstrueux - 132 pages

    Tome 6 - Vengeance - 132 pages

    Tome 7 - Dans l'oeil du cyclone - 135 pages

    Présentation de l'éditeur : Le monde tel que nous le connaissions n’existe plus. La Terre, ravagée par une mystérieuse épidémie, est devenue un cimetière à ciel ouvert. Pire, les morts ne meurent plus et errent à la recherche des derniers humains pour s’en repaître. Parmi les survivants, Rick, policier, se réveille d’un long coma pour découvrir ce que son monde est devenu. Le choc passé, il doit désormais apprendre à survivre…

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    J'ai tendance à ne pas trop m'écouter. Et j'ai bien raison. De moi à moi, je serais plutôt encline à éviter les histoires d'horreur étant d'un naturel pétochard ascendant cauchemardeuse. Mais étant du genre à prendre mon propre contre-pied pour ne pas avoir d'oeillères, j'ai me suis lancé à moi-même le défi de tenter l'expérience d'une histoire de zombies. Moralité : la désobéissance a du bon puisque mon moi renégat a fait à mon moi flipette qui en est resté comme deux ronds de flan le cadeau d'une série exceptionnelle et pour le moins addictive.

    J'en ai jusqu'à présent lu sept tomes, il en existe quinze et la série n'est pas achevée. Je ne saurais dire si l'on finit par se lasser mais à mon stade de lecture, je ne suis absolument pas tannée, bien au contraire, je suis complètement galvanisée et je piaffe d'impatience de pouvoir me plonger dans la suite.

    Pour les réticents comme moi au registre effroi, le parti-pris du noir et blanc, même s'il ne dissipe pas la laideur des personnages zombifiés, permet de rendre l'ensemble supportable et de ne pas heurter ni la rétine ni la sensibilité. De plus, l'histoire est davantage centrée sur les personnages bien vivants qui cherchent à survivre en sécurité dans un monde post-apocalyptique où les règles ont changé. Il s'agit plus du récit de l'adaptation humaine que d'une guerre impitoyable et gratuite entre vivants et morts-vivants.

    Bien sûr, dans de telles conditions, les personnages, forts nombreux, ont tendance à tomber comme des mouches et les rebondissements, nombreux, vous tiennent particulièrement en haleine. Les auteurs ont superbement retranscrit les psychologies humaines face à des conditions extrêmes de danger et de stress. Les prouesses sont autant scénaristiques que graphiques.

    Si besoin était de le préciser, j'adore.

  • La fille américaine de Monika Fagerholm

    la fille américaine.jpgEditions Stock - 638 pages

    Présentation de l'éditeur : 1969, dans une presqu'île de Finlande. Une jeune fille américaine, Eddie de Wire, vient rendre visite à sa tante. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît soudainement, on retrouve l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du Mystère de la fille américaine qui va hanter les habitants du lieu. Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, se lient d'une amitié exclusive, qui se nourrit de leur fascination commune pour cette affaire… Un roman envoûtant qui nous plonge dans les affres de l'adolescence tout en décrivant la violence des rapports de classe.

    Si les débuts sont un peu laborieux du fait d'une succession de paragraphes abscons (mais qui bien évidemment ont vocation à s'éclaircir au fil de la lecture), d'un style que je qualifierai de typiquement nordique et d'une multitude de personnages et d'époques, on se laisse finalement happer par ce thriller étrange, premier volet d'un diptyque dont la seconde partie s'intitule La scène à paillettes.

    Au coeur des contrées scandinaves qui d'ici semblent propices à la sérénité, ce sont des existences troublées et désenchantées que façonne l'auteur. Le poids de l'enfance et les affres de l'adolescence sont au coeur de cette intrigue complexe où le mystère plane. L'atmosphère est assez inquiétante, les personnages, tous perturbés, errent, dans un cadre marécageux. C'est une sorte de monde hors du monde, bien réel mais au frontière de songe, de l'imaginaire cauchemardesque.

    L'ensemble aurait gagné à être un peu élagué. La trame alambiquée au style très particulier peut facilement décourager et une sensation de longueur se fait ressentir sur la fin. A cela s'ajoute une noirceur qui n'est pas forcément au goût de beaucoup de lecteurs. C'est une lecture radicalement atypique, difficile, qui s'adresse à un public plutôt exigent osant s'aventurer en dehors des sentiers battus.

    Pour ma part, j'ai été assez envoûtée par ce texte où foisonnent les thèmes sous-jacents et qui plante un décor et une ambiance vraiment surprenants mais dont il est difficile de parler. Dur dur de résumer une histoire aussi riche et ténébreuse, aux frontières de l'ésotérisme. Une expérience vraiment unique qui mérite que l'on passe outre sa réputation hermétique.

    Extraits :

    Mais souviens-toi de ceci. Ce n'est pas toujours merveilleux, ni même agréable, de voir à quoi ressemblent ses rêves dans la réalité.

    ...

    Qui lui manquait tellement, des fois, que c'était comme un coup de couteau dans le ventre. Un manque qui, puisqu'on ne pouvait le faire cesser, devait s'enrober d'une histoire afin d'être maîtrisé tant bien que mal. Et elle s'en était fabriqué une, d'histoire, où elle se vautrait en solitaire quand l'humeur l'en prenait.

    ...

    Alors, BOUM. Elle était arrivée, comme une explosion, la Bombe. Et tout à fait comme par un pur hasard. Comme s'il n'était pas plus ou moins écrit sur son front (et sur celui de l'Ålandais aussi d'ailleurs) que cette rencontre était un pur hasard du genre de ceux dont on convient à l'avance.

    ...

    Le coeur est un chasseur au coeur dur, Pinky.

    L'amour n'est pas avare d'humiliations, Pinky.

    Voilà ce qu'il en est de lui.

    ...

    "Le temps n'attend pas. (...) Il y a les petits instants décisifs. Le temps de te retourner, tu les as déjà vécus. Le temps de te retourner, ils sont passés. Le temps de te retourner, ils t'ont été enlevés. Si tu ne t'y agrippes pas. C'est ainsi Sandra. Le temps de te... Tu ne dois pas gaspiller ton temps."

    ...

    Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, à la fin des fins : pas de savoir si on voulait, oui ou non, marcher en rang, mais si on voulait croire en un changement possible.

  • L'évangile selon Pilate d'Eric-Emmanuel Schmitt

    Editions Albin Michel - 284 pagesl'évangile selon pilate.jpg

    Présentation de l'éditeur : Première partie : Dans le jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon ? Deuxième partie: Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi. L'Evangile selon Pilate a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle 2001.

    Je ne suis pas vraiment branchée religion. Mais ayant pour ambition de ne pas mourir complètement idiote, j'ai tenté de me cultiver en lisant "les textes". Pour la culture générale en somme. Péché d'orgueil ! Si je dis que j'ai tenté, cela induit bien évidemment que je n'ai pas réussi. Même la version bd de la Genèse de Crumb a eu raison de ma volonté. C'est dire à quel point la lecture de L'Evangile selon Pilate s'annonçait comme un véritable chemin de croix...

    Croyez-le ou non, les miracles existent. J'ai été absolument absorbée par ce roman d'une originalité impressionnante, basé sur "l'histoire vraie" mais par le regard lumineux-illuminé de l'auteur qui interprète à sa façon les écritures et le vécu de chacun des protagonistes tels Jésus, Pilate ou Judas pour ne citer qu'eux. Une thèse théologique très personnelle, qui est bien la seule à avoir capté mon attention. Sans aucun doute par son côté apocryphe à n'en pas douter décrété par les dogmatiques.

    La construction en deux parties, la première du point de vue de Yéchoua et la seconde de celui de Pilate, radicalement opposées sans pour autant être antagonistes, renforce la dynamique du texte en incitant le lecteur à faire sa tambouille personnelle, avoir sa propre conception. Immaculée. Et quelle que soit sa représentation, ce n'est que de l'amour.

    Bref, c'est superbement pensé, admirablement écrit. Lisez-le, je vous en prie.

    La petite cerise sur la gâteau est la genèse de ce texte en fin d'ouvrage. Et ses péripéties. Les confessions de l'auteur sont particulièrement intéressantes.

    Extraits :

    Je lui souris mais je ne saisis pas tout de suite ce que j'avais appris.

    Je le sais maintenant : je venais de quitter l'enfance. Démêlant les fils des songes et de la réalité, je découvrais qu'il y avait d'un côté le rêve, où je planais mieux qu'un rapace, et d'un autre côté le monde vrai, dur comme ces pierres sur lesquelles j'avais failli m'écraser.

    J'avais aussi entrevu que je pouvais mourir. Moi ! Yéchoua ! D'ordinaire, la mot ne me concernait pas. Oh, bien sûr, çà et là, je croisais des cadavres à la cuisine et dans les cours des fermes, mais quoi ? C'était des animaux ! De temps en temps, on m'annonçait qu'une tante, un oncle venaient de décéder, mais quoi ? Ils étaient des vieillards ! Ce que moi je n'étais et ne serais jamais. Ni bête, ni vieillard. Non, moi j'étais parti pour vivre toujours... Moi, je m'estimais impérissable, je ne trouvais la pourriture nulle part en moi... Je n'avais rien à voir avec la mort. Et pourtant, là, chat perché sur mon rocher, j'avais senti son souffle humide sur ma nuque. Dans les mois qui suivirent, j'ouvris des yeux que j'aurais préféré garder fermés. Non, je n'avais pas tous les pouvoirs. Non, je ne savais pas tout. Non, je ne m'avérais pas immortel. En un mot : je n'étais pas Dieu.

    ...

    On ne voit jamais les autres tels qu'ils sont. On n'en a jamais qu'une des visions partielles, tronquées, à travers les intérêts du moment. On essaie de tenir son rôle dans la comédie humaine, rien que son rôle - c'est déjà si difficile.

    ...

    - Qu'est-ce que la vérité ?

    J'avais dit cela comme on hausse les épaules, pour me débarrasser d'un visiteur importun. Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, et celle des autres. En bon Romain formé au scepticisme grec, je relativisais. Toute vérité n'est que la vérité de celui qui la dit. Il y a autant de vérités que d'individus. Seule la force impose une vérité avec ses armes ; par le glaive, par le combat, par le meurtre, par la torture, par le chantage, par la peur, par le calcul des intérêts, elle oblige les esprits à s'entendre provisoirement sur une doctrine. La vérité au singulier, c'est une victoire, c'est la défaite des autres, au mieux un armistice. Mais la vérité n'est jamais une ; c'est pour cela qu'elle n'existe pas.

    ...

    Cependant, si je joue avec la structure du roman policier, je ne la respecte pas. Un roman policier, dans la mesure où il ne pose qu'une question dont la réponse existe, s'achève par une réponse close, définitive. L'Evangile selon Pilate finit non pas par la résolution du mystère mais par son épaississement.

    Un anti-roman policier, quelque sorte...

  • Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

    culture,littérature,livre,roman,citation,etats-unis,usaEditions J'ai lu - 126 pages

    Présentation de l'éditeur : Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow. Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture ! Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires... un drame se noue. En son centre, l'épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.

    Après une première déception à la lecture de Fille noire, fille blanche, j'ai laissé sa seconde chance à la célèbre et plébiscitée Joyce Carol Oates. Le verdict n'est pas plus glorieux que le premier.

    J'aurais tendance à dire qu'Oates est une sorte de Nothomb version américaine dans le sens où elle est productive mais peu prolixe et ces multiples romans courts s'appuient sur des ressorts assez convenus, sans grande originalité bien que le verbe soit riche et la formule précise. Je ne suis pas très fan de notre Amélie nationale mais Joyce Carol Oates est - selon mes critères totalement subjectifs - encore plus désagréable à lire du fait d'un recours systématique au machiavélisme, à la perversion, au sulfureux.

    Ici encore donc l'atmosphère créée est détestable. Débauche, dépravation, déviance se tirent la bourre et cette avalanche de pourritures n'a rien de délicieuse. Si j'osais, j'irais même jusqu'à dire que cette littérature est nauséabonde.

    Extraits :

    NOUS SOMMES DES BÊTES ET C'EST NOTRE CONSOLATION

    ...

    NE VOUS FIEZ PAS AUX APPARENCES NI A CE QU'IL Y A DERRIERE

    ...

    "Lawrence est la poète suprême du l'Eros. Pa de récrimination, pas de reproche, pas de culpabilité, pas de "moralité". Car qu'est-ce que la "moralité" sinon une laisse autour du cou ? Une corde ? Qu'est-ce que la "moralité" sinon ce que les autres veulent que vous fassiez pour leurs propres raisons égoïstes et informulées ? (...) Lawrence nous enseigne que l'amour - l'amour sensuel, sexuel, charnel - est notre raison d'exister. Il détestait l'amour de "devoir"... pour les parents, la famille, la patrie, Dieu. Il nous dit que l'amour devrait être intense, individuel. Pas illimité. Cet amour illimité sent mauvais."

    ...

    Les aphorismes de Nietzsche, déclamés staccato : "Ce qui est fait par amour se fait toujours par-delà le bien et le mal" ; "Il n'y a pas de phénomènes moraux, seulement une interprétation morale des phénomènes."