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L'évangile selon Pilate d'Eric-Emmanuel Schmitt

Editions Albin Michel - 284 pagesl'évangile selon pilate.jpg

Présentation de l'éditeur : Première partie : Dans le jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon ? Deuxième partie: Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi. L'Evangile selon Pilate a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle 2001.

Je ne suis pas vraiment branchée religion. Mais ayant pour ambition de ne pas mourir complètement idiote, j'ai tenté de me cultiver en lisant "les textes". Pour la culture générale en somme. Péché d'orgueil ! Si je dis que j'ai tenté, cela induit bien évidemment que je n'ai pas réussi. Même la version bd de la Genèse de Crumb a eu raison de ma volonté. C'est dire à quel point la lecture de L'Evangile selon Pilate s'annonçait comme un véritable chemin de croix...

Croyez-le ou non, les miracles existent. J'ai été absolument absorbée par ce roman d'une originalité impressionnante, basé sur "l'histoire vraie" mais par le regard lumineux-illuminé de l'auteur qui interprète à sa façon les écritures et le vécu de chacun des protagonistes tels Jésus, Pilate ou Judas pour ne citer qu'eux. Une thèse théologique très personnelle, qui est bien la seule à avoir capté mon attention. Sans aucun doute par son côté apocryphe à n'en pas douter décrété par les dogmatiques.

La construction en deux parties, la première du point de vue de Yéchoua et la seconde de celui de Pilate, radicalement opposées sans pour autant être antagonistes, renforce la dynamique du texte en incitant le lecteur à faire sa tambouille personnelle, avoir sa propre conception. Immaculée. Et quelle que soit sa représentation, ce n'est que de l'amour.

Bref, c'est superbement pensé, admirablement écrit. Lisez-le, je vous en prie.

La petite cerise sur la gâteau est la genèse de ce texte en fin d'ouvrage. Et ses péripéties. Les confessions de l'auteur sont particulièrement intéressantes.

Extraits :

Je lui souris mais je ne saisis pas tout de suite ce que j'avais appris.

Je le sais maintenant : je venais de quitter l'enfance. Démêlant les fils des songes et de la réalité, je découvrais qu'il y avait d'un côté le rêve, où je planais mieux qu'un rapace, et d'un autre côté le monde vrai, dur comme ces pierres sur lesquelles j'avais failli m'écraser.

J'avais aussi entrevu que je pouvais mourir. Moi ! Yéchoua ! D'ordinaire, la mot ne me concernait pas. Oh, bien sûr, çà et là, je croisais des cadavres à la cuisine et dans les cours des fermes, mais quoi ? C'était des animaux ! De temps en temps, on m'annonçait qu'une tante, un oncle venaient de décéder, mais quoi ? Ils étaient des vieillards ! Ce que moi je n'étais et ne serais jamais. Ni bête, ni vieillard. Non, moi j'étais parti pour vivre toujours... Moi, je m'estimais impérissable, je ne trouvais la pourriture nulle part en moi... Je n'avais rien à voir avec la mort. Et pourtant, là, chat perché sur mon rocher, j'avais senti son souffle humide sur ma nuque. Dans les mois qui suivirent, j'ouvris des yeux que j'aurais préféré garder fermés. Non, je n'avais pas tous les pouvoirs. Non, je ne savais pas tout. Non, je ne m'avérais pas immortel. En un mot : je n'étais pas Dieu.

...

On ne voit jamais les autres tels qu'ils sont. On n'en a jamais qu'une des visions partielles, tronquées, à travers les intérêts du moment. On essaie de tenir son rôle dans la comédie humaine, rien que son rôle - c'est déjà si difficile.

...

- Qu'est-ce que la vérité ?

J'avais dit cela comme on hausse les épaules, pour me débarrasser d'un visiteur importun. Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, et celle des autres. En bon Romain formé au scepticisme grec, je relativisais. Toute vérité n'est que la vérité de celui qui la dit. Il y a autant de vérités que d'individus. Seule la force impose une vérité avec ses armes ; par le glaive, par le combat, par le meurtre, par la torture, par le chantage, par la peur, par le calcul des intérêts, elle oblige les esprits à s'entendre provisoirement sur une doctrine. La vérité au singulier, c'est une victoire, c'est la défaite des autres, au mieux un armistice. Mais la vérité n'est jamais une ; c'est pour cela qu'elle n'existe pas.

...

Cependant, si je joue avec la structure du roman policier, je ne la respecte pas. Un roman policier, dans la mesure où il ne pose qu'une question dont la réponse existe, s'achève par une réponse close, définitive. L'Evangile selon Pilate finit non pas par la résolution du mystère mais par son épaississement.

Un anti-roman policier, quelque sorte...

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