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La moustache d'Emmanuel Carrère

la moustache.jpgEditions P.O.L. - 183 pages

Présentation de l'éditeur : Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portiez depuis dix ans. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de ne l'avoir pas remarqué, et c'est vous qui souriez jaune. Tellement jaune que, bientôt, vous ne souriez plus du tout. Vous insistez, on vous assure que vous n'avez jamais eu de moustache. Deviendriez-vous fou ? Voudrait-on vous le faire croire ? Ou quelque chose, dans l'ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens ? L'histoire, en tout cas, finit forcément très mal et, d'interprétations impossibles en fuite irraisonnée, ne vous laisse aucune porte de sortie. Ou bien si, une, qu'ouvrent les dernières pages et qu'il est fortement déconseillé d'emprunter pour entrer dans le livre. Vous voici prévenu.

A priori, le pitch est poilant. Mais très rapidement, c'est une histoire de fou que Carrère taille au millimètre.

D'abord convaincu d'être pris pour un blaireau, notre héros trouve tout cela un brin rasoir. Mais quand il se rend compte que sa métamorphose au nez et à la barbe de son entourage passe complètement inaperçue, il a passablement la sensation de se faire tondre la laine sur le dos. Forcément, s'enchaînent déception, ahurissement, révolte, j'en passe et des meilleurs. Et à force d'évoluer sur le fil des émotions, le personnage part dans un grand délire - mais est-ce bien lui ou les autres ? - qui ne peut que mal finir.

L'idée de départ est excellente et la psychologie du protagoniste est impérialement construite, mais plus que de n'être pas marrante, toute la situation vire carrément sordide. Et ce n'est pas tout à fait mon genre favori du moment. Si vous voulez du doux dingue, passez votre chemin, ici on parle de folie à l'état pur, dans les grandes largeurs. Quoiqu'il en soit, l'exercice est une réussite, le style est admirable et l'adaptation cinématographique doit être dérangeante à souhait. Brrr !

Extrait :

Tant qu'à faire le clown, il pouvait aussi s'arrêter à ce point, laisser sa lèvre supérieure ornée d'une végétation irrégulière, vivace ici, ratiboisée là. Enfant, il ne comprenait pas pourquoi les adultes mâles ne tiraient jamais de leur système pileux un parti comique, pourquoi par exemple un homme qui décidait de sacrifier sa barbe le faisait en général d'un seul coup au lieu de proposer à l'hilarité de ses amis et connaissances, ne serait-ce qu'un jour ou deux, d'une demi-moustache ou de rouflaquettes en forme de Mickey, bouffonneries qu'un coup de rasoir suffisait à effacer après s'en être diverti. Bizarre comme le goût de ce genre de caprice s'estompe avec l'âge, lorsque précisément il devient réalisable, (...).

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