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22/06/2012

Les nuits blanches de Dostoïevski

les nuits blanches.jpgEditions Actes Sud - 86 pages

Présentation de l'éditeur : Les Nuits blanches, c'est d'abord un vrai roman d'amour. Un jeune homme solitaire et romanesque rencontre, une nuit, dans Pétersbourg désert, une jeune fille éplorée. Désespérée par un chagrin d'amour, Nastenka se laisse aller au fantasme du jeune homme, amoureux depuis le premier instant, le berce - et se berce - dans l'illusion d'une flamme naissante. La nouvelle traduction d'André Markowicz tire de ce roman un parti stylistique étonnant. Discordante, ironique, la voix que l'on entend ici est bien celle du grand écrivain russe, qui n'a cessé sa vie durant de se battre, au nom de la vérité, contre l'élégance trompeuse, celle des mots et celle des sentiments.

Dernière escale du côté de Piter, pour faire suite à Sashenka et au Roman de Saint-Pétersbourg.

Dans cette courte oeuvre de jeunesse, Dostoïevski livre de manière assez cruelle et saisissante le contraste entre le rêve et la réalité. Entre un jeune homme fantasque et une jeune fille amoureuse de l'amour qu'elle inspire, c'est la chronique d'un coeur brisé annoncée. Mais Dostoïevski sait nous entraîner dans la rêverie et nous donner envie d'y croire. Une espérance illusoire mais que l'on entretient envers et contre tout jusqu'à l'inévitable déception qui arrive, malgré tout, à nous surprendre, nous couper le souffle, nous désoler. Une vraie performance d'écriture.

Extraits :

Ou bien n'est-il venu au monde

Que pour rester près de ton coeur

Le temps d'un souffle, une seconde

Ivan Tourgueniev

...

C'était une nuit de conte, ami lecteur, une de ces nuits qui ne peuvent guère survenir que dans notre jeunesse. Le ciel était si étoilé, le ciel était si clair que lorsque vous leviez les yeux vers lui, vous ne pouviez, sans même le vouloir, que vous demander : Est-il possible que, sous un ciel pareil, vivent toutes sortes de gens méchants et capricieux ? Cela aussi, c'est une question bien jeune, ami lecteur, mais puisse Dieu vous l'inspirer le plus souvent possible !...

...

Et cette vie est un mélange d'on ne sait quoi de purement fantastique, de violemment idéal avec quelque chose d'autre (hélas, ma bonne Nastenka !) de morne, de prosaïque et d'ordinaire, pour ne pas dire : d'invraisemblablement vulgaire.

...

C'est en vain que le rêveur fouille, comme la cendre, ses rêves anciens, cherchant dans cette cendre ne fût-ce qu'une braise, pour lui souffler dessus et, par un feu renouvelé, réchauffer un coeur qui s'éteint, ressusciter en lui ce qui lui fut si cher, ce qui l'émouvait tant, ce qui faisait bouillir son sang, lui arrachait des larmes, et l'abusait si somptueusement !

...

Et vous vous demandez vous-même : Où sont passés tes rêves ? Et vous hochez la tête et vous vous dites : Comme les années s'envolent vite ! Et vous vous demandez encore : Qu'as-tu fait de tes années ? Où as-tu enterré la meilleure part de toi ? As-tu vécu ou non ? Attention, vous dites-vous, attention, tout sur terre s'éteint. Les années passeront, elles seront suivies par une solitude lugubre, et la vieillesse branlante avec sa canne, la souffrance et l'ennui. Ton monde fantastique pâlira, tes rêves mourront, se faneront, ils tomberont comme les feuilles jaunes de l'automne...

...

Je vous comparais tous les deux. Pourquoi n'est-il pas vous ? Pourquoi n'est-il pas comme vous ? Il est moins bien que vous, même si je l'aime plus que vous.

...

Mon Dieu ! Une pleine minute de béatitude ! N'est-ce pas assez pour toute une vie d'homme ?...

22:35 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature russe, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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