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03/06/2012

La double vie d'Irina de Lionel Shriver

Editions J'ai lu - 670 pagesla douvle vie.jpg

Présentation de l'éditeur : Le jour où Irina accepte de dîner seule avec Ramsey Acton, célèbre joueur de snooker et ami de son mari, elle ne se doute pas que sa vie va basculer. Qu'un instant d'hésitation va mettre son couple en question. Et que sa routine londonienne va voler en éclats. Qu'advient-il si on cède à la tentation ? Et que se passe-t-il si on n'y cède pas ? La passion amoureuse est-elle un dérivatif à une vie de couple un peu terne ? Ou bien l'homme séduisant qu'Irina a eu, l'espace d'un moment, une envie folle d'embrasser est-il l'amour de toute une vie ?

En un mot comme en cent : pépite. Ce roman vaut de l'or. L'idée est simple : Irina est en couple et elle est tentée par un autre homme. Deux solutions : soit elle résiste, elle opte pour la fidélité et sauve son couple, soit elle succombe, elle trompe, son couple est détruit et elle va peut-être vivre une nouvelle passion.

Sauf que. En amour, rien n'est jamais simple. Et Lionel Shriver le démontre avec maestria en développant les deux vies qui s'offrent à Irina. Mais le vécu qui découle des choix n'est jamais celui que l'on s'imagine.

D'un postulat convenu, l'auteur nous emmène dans des détours insoupçonnés qui amènent à réfléchir sur le sentiment, la tromperie (de l'autre ou de soi-même) et de la possible inexorabilité du destin.

Ce livre est tout simplement un grand morceau de littérature et une très profonde réflexion sur les affres de l'amour. Un sacré page turner qui ne cesse de surprendre de page en page !

Extraits :

Pourtant, elle riait beaucoup, s'esclaffait à chaque phrase ; sa voix montait dans les aigus tandis qu'elle se laissait gagner par une hilarité débridée alors qu'elle n'avait rien dit de drôle. C'était un rire compulsif, décalé, dû à la nervosité et non à l'humour, un rire destiné à faire écran, et donc un peu malhonnête. Mais son désir de faire bonne figure pour cacher un profond mal-être éveillait la sympathie.

...

Méthodiquement, ils retirèrent leurs vêtements et les suspendirent à des cintres. Irina ne se souvenait pas de la dernière fois où ils avaient arraché leurs habits pour les jeter à terre dans la frénésie du désir. Ce n'était plus nécessaire quand on partageait le même lit depuis des années, et il eût été très déraisonnable de se morfondre à ce sujet. Tout le monde le savait : c'était ce qu'on faisait "au début", et son couple avait atteitn l'étape du milieu. Ou bien elle le croyait depuis des lustres, mais on ne pouvait lire sa propre vis comme un livre, ni évaluer la longueur des chapitres restants en les feuilletant. Rien ne vous empêchait de tourner une page ordinaire un soir ordinaire et de vous apercevoir que nous n'étiez plus au milieu mais à la fin.

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Par habitude, au bout de deux minutes il se mit discrètement en quête de ses parties intimes, tournant les doigts pour atteindre le point sensible. Empreintes de sérieux, qzq manipulations n'étaient jamais tout à fait adéquates, bien sûr - et manquaient leur objectif de justesse. Certes, ce repli de chair tortueux était difficile d'accès, ne fût-ce qu'à cause de l'échelle minuscule du clitoris. Faire jouir une femme avec le bout du doigt exigeait d'un homme le talent spécial de ces surprenants marchands ambulants du centre de Las Vegas capables d'inscrire votre nom sur un grain de riz.

Car un millimètre à gauche ou à droite équivalait géographiquement à la distance entre le Zimbabwe et le pôle Nord. Rien d'étonnant à ce que, dans sa jeunesse, plus d'un amoureux, croyant approcher les chutes de lac Victoria, eût, sans commettre la moindre erreur, pataugé dans l'océan Arctique de sa glaciale indifférence. Pour aggraver les choses (et il suffisait d'une cheveu pour retourner la situation), l'ignoble bout de chair avait le pouvoir de provoquer non seulement le plaisir mais aussi une douleur atroce - retour à la case départ, descente aux enfers -, et comment quelqu'un pouvait-il négocier ce noeud périlleux avec succès s'il en était lui-même dépourvu ? Elle s'était parfois réjouie de ne pas être un homme confronté à cet organe fébrile et mystérieux d'à peine soixante millimètres de large, et dont les femmes étaient le plus souvent incapables d'expliquer le fonctionnement. Il eût été déraisonnable de se formaliser d'une erreur infime dans un sens ou dans l'autre et, considérant que l'entreprise tout entière était impossible à la base, Lawrence se montrait étonnamment doué dans ce domaine.

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Curieusement, plus on connaissait quelqu'un, plus on se rendait compte qu'on ne savait presque rien de lui - comme si l'intimité graduelle, au lieu de vous rendre plus perspicace, aggravait encore votre ignorance. (...) Vivre auprès de quelqu'un revenait à comprendre à quel point il était différent de vous (...).

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Irina avait établi un jour, elle ne savait plus quand ni pourquoi, que le bonheur était par définition un bien-être dont on n'avait pas conscience sur le moment. L'habiter exigeait d'être totalement présent, sans satellite en orbite pour procéder à des relevés sur l'état de la planète. On prend conscience de ce bonheur à l'instant précis où il commence à nous échapper. Lorsqu'on ne l'emploie pas dans un sens impropre pour se persuader de quelque chose - ou se mentir -, ce mot est un constat a posteriori, une étiquette collée après coup sur une époque.

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Malgré une chasteté symbolique, ils avaient déjà adopté les longs silences chargés des amants - ces temps morts caractéristiques qui portent tout ce que les mots ne disent pas. Les amants ne communiquent pas par des phrases. La passion se cache dans les interstices. Elle s'insinue dans les joints, et non dans les briques.

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A supposer que vous échouiez à vous conduire en fonction de ce que vous croyez être votre personnalité, votre idée de vous-même est certainement inexacte (et optimiste de surcroît).

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C'est ce qui se passe quand les gens vous donnent des conseils dont vous ne voulez pas : leur voix devient ténue et lointaine, comme une radio allumée dans une autre pièce.

23:06 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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