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  • Les témoins de la mariée de Dider Van Cauwelaert

    les témoins de la mariée.jpgEditions Albin Michel - 248 pages

    Présentation de l'éditeur : « Nous étions ses meilleurs amis : il nous avait demandé d'être ses témoins. Trois jours avant le mariage, il est mort dans un accident de voiture. Ce matin, à l'aéroport, nous attendons sa fiancée. Elle arrive de Shanghai, elle n'est au courant de rien et nous, tout ce que nous savons d'elle, c'est son prénom et le numéro de son vol. Comment lui dire la vérité ? Nous nous apprêtions à briser son rêve ; c'est elle qui, en moins de vingt-quatre heures, va bouleverser nos vies. Mais cette jeune Chinoise est-elle la femme idéale ou bien la pire des manipulatrices ?" Avec son humour implacable, l'auteur d'Un aller simple et de L'éducation d'une fée nous entraîne, entre suspense et sensualité, dans un grand roman d'amitié où le machiavélisme amoureux agit comme un révélateur.

    Des Van Cauwelaert, j'en ai lu des tonnes il y a une éternité. Et puis j'ai abandonné l'auteur comme une vieille chaussette sans qu'il m'ait déçue. Peut-être avant qu'il me déçoive. Mais là, je n'ai pas eu le choix, l'on m'en a fait cadeau.

    Quel délice de redécouvrir cet auteur qui m'avait fascinée mais qui n'avait pas eu l'heur - pourquoi ? mystère... - comme John Irving de décrocher ma fidélité inconditionnelle. Pour dire mon ingratitude, j'ai même eu des a priori, je trouvais le titre bof et n'avait qu'à peine pris le temps de lire la jaquette qui, si on lui accorde un tant soit peu d'attention il faut le reconnaître, a le don d'intriguer, de capter quasi immédiatement.

    Quant au contenu en lui-même, parce que bien sûr une quatrième de couv' ce n'est pas le tout (combien sont en-deçà de la qualité de l'ouvrage ?!), comment dire : époustouflant, haletant... Bref, énorme, un page-turner de plus. Pas moins.

    Les personnages sont géniaux, chacun à leur façon très particulière et l'intrigue... Ben l'intrigue, c'est le summum. Où l'auteur va nous mener ? C'est ce qui nous fait cavaler tout du long et cerise sur le gâteau, l'on n'est aucunement déçu par le dénouement. La recette parfaite pour faire un excellent roman. Tout est dit.

    Evidemment, les quêteurs de textes hautement intellectuels ne seront pas de cet avis et trouveront à n'en pas douter l'ensemble léger. Mais qui a dit que légèreté était incompatible avec qualité ? Et puis Van Cauwelaert nous offre avec beaucoup d'intelligence, beaucoup d'esprit, une bonne tranche d'humanité et de nos jours, c'est carrément du luxe.

    Sur ce et sans transition, je vous tire ma révérence. Au moment de la parution de cette note, je serai hospitalisée depuis dix jours et j'en aurai pour encore au moins trois semaines. Mais là en vrai au moment où j'écris ces mots, je suis sur le point de partir à la clinique et je n'ai pas eu le courage de pré-enregistrer plus de notes. Vous ne m'en tiendrez pas rigueur. En vous remerciant. Commencez à vous faire du souci à partir disons du 1er mars. See ya !

  • Elena et le roi détrôné de Claudia Piñeiro

    Editions Actes Sud - 172 pageselena et le roi détrôné.jpg

    Présentation de l'éditeur : Pour Elena, atteinte de la maladie de Parkinson, le temps se mesure en cachets de dopamine. Son cerveau n'est plus qu'un roi détrôné, incapable de se faire obéir sans ce capricieux émissaire. Quand on lui annonce l'invraisemblable suicide de sa fille, Rita, elle sait qu'il lui faut mener sa propre enquête, et qu'elle a besoin d'aide. Vingt ans plus tôt, elle a sauvé des griffes d'une faiseuse d'anges une jeune femme qui lui envoie chaque année un émouvant gage de bonheur familial. Alors, au prix d'un effort titanesque rythmé par ses pilules, elle traverse Buenos Aires pour demander à Isabel, qu'elle n'a jamais revue, d'acquitter sa dette : prêter son corps valide pour retrouver le meurtrier supposé. Mais le malentendu est abyssal entre les deux femmes. Qui doit payer et pour quoi ? Condition féminine, vulnérabilité, préjugés, ce roman utilise les ressorts de la littérature policière pour livrer une subtile réflexion sur la construction de l'identité et une troublante interrogation sur l'obstination à vouloir vivre, à tout prix.

    Dans une ambiance polar, l'auteur nous conduit dans les pensées et le quotidien d'une mère éplorée qui veut comprendre la mort de sa fille et qui pour mener son enquête doit lutter contre la maladie qui la gouverne : Parkinson.

    Entre ces deux combats, l'un affectif, l'autre corporel, l'on découvre une petite bonne femme aux allures vulnérables - bien que passablement acariâtre - mais dont la puissance, malgré les douleurs physiques et psychiques, est celle d'une mère pour son enfant, d'une vivante contre la Grande Faucheuse.

    Le résultat est une agréable mise en scène des ressorts que l'on peut puiser au fond de soi et des représentations que l'on peut avoir sur les autres comme sur soi-même. Le tout dans une atmosphère, des moeurs qui semblent à dix mille lieues de celles d'aujourd'hui. Cette austérité, cette dureté sont aussi dépaysantes qu'intrigantes, mais le chemin de croix d'Elena est avant tout une ode à la vie.

  • La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert

    la mauvaise rencontre.jpgEditions Grasset - 213 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans la vie de Loup, le narrateur, trois personnages comptent plus que tout : Nina, la mère qu’il s’est choisie, Gaby, amie de Nina, fantasque et rebelle et Mando, avec lequel, depuis la petite enfance, s’est nouée une amitié indestructible. Les deux garçons se complètent, Loup est indécis, Mando plus entier. Aux jeux d’enfants succèdent les premières conquêtes. Mando note tous les événements de « leur » vie dans un carnet, inscrivant, au fil des mois et des années leur histoire commune, telle qu’il la perçoit. Etudiants, ils vont choisir des voies différentes. Loup découvre la psychanalyse et se trouve un mentor en la personne du Professeur, personnage qui ressemble beaucoup à Lacan. Mando vit cela comme une trahison. C’est seulement à la fin de cette histoire, au moment où tout basculera dans une conclusion tragique, que Loup en comprendra les ressorts cachés. Quels abîmes cette amitié à la vie à la mort recouvrait-elle ? Loup, peu à peu, le découvrira et cette révélation fera vaciller son existence. Il connaîtra la blessure inguérissable des promesses non tenues, cette lourde chaîne qui, à jamais, nous attache à nos fantômes.

    Une fois de plus, je découvre un auteur réputé qui n'avait pas encore ses entrées dans mes étagères. Une très bonne rencontre malgré les critiques mitigées que l'on peut trouver de-ci de-là. Peut-être cet enthousiasme est-il plus marqué du fait que j'ai retrouvé dans ce texte un pan de ma vie d'une certaine façon.

    Le sujet ici est l'amitié profonde de deux petits garçons qui se rencontrent dans le bac à sable et qui poursuivent leur amitié jusqu'à leur âge d'homme et jusqu'à l'ultime "trahison". Dans cette amitié comme on le dit souvent de l'amour, l'un est souvent plus attaché que l'autre. Mais les raisons en sont-elles pures ? C'est ce que nous propose de découvrir l'auteur de façon aussi mystérieuse que pesante au sens psychologique du terme. Une réussite pour ma part même si cela remue des souvenirs douloureux ; parce que, justement.

  • Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

    Editions des Arènes - 305 pagesculture,littérature,livre,biographie,guerre,allemagne,france

    Présentation de l'éditeur : Elles s'appelaient Marthe et Mathilde. Elles sont nées la même année. L'une était française et l'autre allemande. Elles ont grandi en Alsace, avant la Première Guerre mondiale. Très vite, elles sont devenues inséparables. Premiers émois, mariage, épreuves, enfants... Deux guerres ont tenté de les diviser. Quand l'une était dans le camp des vainqueurs, l'autre était rejetée dans celui des vaincus. Leur amitié a survécu à tout. L'âge venant, elles ont trouvé la paix. Devenue journaliste, leur petite-fille raconte. Marthe et Mathilde est le récit exceptionnel d'une amitié au long cours, qui nous plonge dans l'Histoire de l'Alsace, et des grandes déchirures entre la France et l'Allemagne. Un livre qui montre qu'il est toujours possible de dépasser la haine entre les peuples.

    Quand une magnifique histoire d'amitié nous en apprend sur l'Histoire d'une Alsace particulièrement affectée par les conflits entre l'Allemagne et la France de la fin du XIXe à la Seconde Guerre Mondiale, on obtient un livre passionnant et instructif. Si l'on garde à l'esprit qu'il s'agit tout de même moins d'un ouvrage historique que d'un témoignage émouvant d'une petite-fille à propos de ses deux grands-mères qui se sont connues de l'aube jusqu'au soir de leurs existences, l'on ne peut qu'être enchanté et quelque peu envieux d'une si belle amitié. La vie de ses deux femmes aussi différentes que complices sont un témoignage fascinant sur le concept d'âme soeur au sens le plus noble et le plus inébranlable du terme mais également sur l'évolution des moeurs au fil du XXe siècle. L'auteur peut être fière de la matière et des valeurs fournies par ses ancêtres, qui elles-mêmes, où qu'elles soient désormais, peuvent se réjouir d'avoir laissé une telle empreinte dans leur famille. Une lecture définitivement enrichissante à bien des points de vue.

  • Les quatre morts de Jean de Dieu d'Andrée Chedid

    les quatre morts de jean de dieu.jpgEditions Flammarion - 177 pages

    Présentation de l'éditeur : « Elle aurait aimé crier, se battre, soustraire Jean à cette fin. Elle aurait tant voulu prolonger leurs âges, vivre jusqu'au bout. Qu'ils s'accompagnent mutuellement, longuement, le plus longuement possible et entrer dans la nuit ensemble en se tenant la main. Maintenant il fallait peu à peu envisager, admettre, accepter le poids de cette main froide, qui n'avait plus de vie, qui n'avait plus de sens. Admettre, accepter, se résigner. Non. Jamais. Ce serait comme trahir. » De la guerre d'Espagne à la chute du mur de Berlin, Andrée Chedid fait le portrait d'un enfant du siècle dans ce roman profond et émouvant qui est comme la quintessence de toute son oeuvre.

    Andrée Chedid. Cette femme de lettres disparue l'an passée n'avait pas encore fait son entrée dans ma bibliothèque. Cette première me laisse assez mitigée. En qualité de libraire, j'ai entendu nombres de clients s'extasier sur cette célèbre plume et constaté que plusieurs enseignants décortiquaient en cours certains de ses écrits. C'est donc pleine d'attentes a priori comblées que je me suis lancée dans cette découverte. A posteriori, je suis une peu frustrée.

    Certes, si l'on se réfère ci-dessous au nombre de citations que j'ai relevées dans ma lecture, l'on peut aisément constater que j'ai particulièrement apprécié le style de l'écrivain. Mais l'histoire en elle-même m'a un peu ennuyée. En fait, j'ai adorée quand la femme parle de l'homme, de l'amour, de la mort. En revanche, les souvenirs des épisodes historiques de l'existence du disparu m'ont un peu rebutée.

    Il me faudra une autre lecture de cette grande dame reconnue des lettres pour me faire une opinion plus tranchée.

    Extraits :

    "Il n'y a jamais d'époque dans la vie où on puisse se reposer, que l'effort en dehors de soi et encore plus au-dedans de soi est aussi nécessaire lorsqu'on vieillit que dans la jeunesse. C'est surtout à cet âge qu'il n'est plus permis de vivre sur ce que l'on a déjà acquis, mais s'efforcer d'acquérir encore et ne pas se reposer sur des idées avec lesquelles on se trouverait bientôt comme endormi et enseveli."

    Après quoi, imitant sa belle-mère, il ajoutait :

    "La vie est foudroyant, émerveillante. Elle nous comble à tout moment. C'est triste de s'en défaire un jour, comme disait ta maman."

    Vivre, c'est la foudre qui s'empare de vous et ne vous lâche plus, elle multiplie votre existence. Elle inquiète et calme à la fois.

    Quel sens a le vieillissement ? Pourquoi ne pouvait-on pas rester éternellement jeune ? Quel sens à la mort ?

    ...

    "C'est si peu de chose et pourtant si immense, si intense, une vie"

    ...

    Ils avaient souvent l'un et l'autre parlé de la mort. L'âge avançant, ils savaient en être dangereusement proches. A l'époque de leurs parents, on pouvait espérer atteindre soixante-dix ans. Mais on était loin d'atteindre les quatre-vingts ou les cent ans comme aujourd'hui. La vie s'était allongée, mais le temps semblait se rétrécir mystérieusement et de plus en plus vite. Cette vie si précieuse, mais si négligée, dont les moments virevoltaient à la vitesse de la lumière vers l'obscurité de cette mort inéluctable qu'elle acceptait si mal. (...) Elle s'était demandé souvent ce qu'il pouvait y avoir derrière le rideau. La découverte d'une vie éternelle, une vie meilleure pleine de surprises où elle retrouverait Jean ? Ou bien serait-elle diluée dans l'espace où elle ne retrouverait plus rien ni personne ?

    Cette mort-là comme sa propre mort, que voulaient-elles dire ? Avaient-elles un sens caché ? La mort n'était-elle vraiment qu'une fin ? Pour lui ? Pour moi ? Pour nous deux ? Mais à quoi bon réfléchir ?

    ...

    Il avait une manière toute méditerranéenne de saluer, de recevoir, de tenir dans ses bras ou d'embrasser. Venaient ensuite les fameuses rages de Jean à propos de choses graves ou bénignes, brusquement suivies d'éclaircies. Cette façon de se mettre terriblement en colère, puis de tout oublier quelques minutes plus tard. Un simoun, un sirocco passionné qui dévaste tout sur son passage pour rebâtir aussitôt après la tempête avec la même passion. Cette sérénité de velours tapissé d'orages. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en y pensant.

    Tout le début de leur vie lui revenait en mémoire dans un joli désordre. Cette union de leur nuits. Le plaisir qu'ils avaient à se regarder, bras dessus bras dessous, nus, devant la glace de leur grande armoire : cette peau tendue, le galbe de leurs corps.

    En dépit de leurs différences, cette flamme n'avait pas seulement été préservée mais affermie. Une magie mystérieuse avait maintenu toute la verdeur de leurs liens. Ainsi coulèrent les jours malgré ce temps qui gommait leurs formes, effaçait, peu à peu, leur beauté de jeunes adultes pour le remplacer par la pure tendresse de visages vieillies retrouvant l'enfance. Ainsi se poursuivirent les années entres joies et problèmes, entre rires et chagrins, soleils et tempêtes.

    Bien sûr, il y eut des scènes, des départs intempestifs, des menaces de divorce, mais quelque chose qui ressemblait à un fleuve souterrain, présent, obstiné, continuait assidûment à les greffer l'un à l'autre. Cette association miraculeuses de confrontations et alliances, ce don insigne d'avoir pu maintenir une fascination réciproque les accompagna toute leur vie.