Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les quatre morts de Jean de Dieu d'Andrée Chedid

les quatre morts de jean de dieu.jpgEditions Flammarion - 177 pages

Présentation de l'éditeur : « Elle aurait aimé crier, se battre, soustraire Jean à cette fin. Elle aurait tant voulu prolonger leurs âges, vivre jusqu'au bout. Qu'ils s'accompagnent mutuellement, longuement, le plus longuement possible et entrer dans la nuit ensemble en se tenant la main. Maintenant il fallait peu à peu envisager, admettre, accepter le poids de cette main froide, qui n'avait plus de vie, qui n'avait plus de sens. Admettre, accepter, se résigner. Non. Jamais. Ce serait comme trahir. » De la guerre d'Espagne à la chute du mur de Berlin, Andrée Chedid fait le portrait d'un enfant du siècle dans ce roman profond et émouvant qui est comme la quintessence de toute son oeuvre.

Andrée Chedid. Cette femme de lettres disparue l'an passée n'avait pas encore fait son entrée dans ma bibliothèque. Cette première me laisse assez mitigée. En qualité de libraire, j'ai entendu nombres de clients s'extasier sur cette célèbre plume et constaté que plusieurs enseignants décortiquaient en cours certains de ses écrits. C'est donc pleine d'attentes a priori comblées que je me suis lancée dans cette découverte. A posteriori, je suis une peu frustrée.

Certes, si l'on se réfère ci-dessous au nombre de citations que j'ai relevées dans ma lecture, l'on peut aisément constater que j'ai particulièrement apprécié le style de l'écrivain. Mais l'histoire en elle-même m'a un peu ennuyée. En fait, j'ai adorée quand la femme parle de l'homme, de l'amour, de la mort. En revanche, les souvenirs des épisodes historiques de l'existence du disparu m'ont un peu rebutée.

Il me faudra une autre lecture de cette grande dame reconnue des lettres pour me faire une opinion plus tranchée.

Extraits :

"Il n'y a jamais d'époque dans la vie où on puisse se reposer, que l'effort en dehors de soi et encore plus au-dedans de soi est aussi nécessaire lorsqu'on vieillit que dans la jeunesse. C'est surtout à cet âge qu'il n'est plus permis de vivre sur ce que l'on a déjà acquis, mais s'efforcer d'acquérir encore et ne pas se reposer sur des idées avec lesquelles on se trouverait bientôt comme endormi et enseveli."

Après quoi, imitant sa belle-mère, il ajoutait :

"La vie est foudroyant, émerveillante. Elle nous comble à tout moment. C'est triste de s'en défaire un jour, comme disait ta maman."

Vivre, c'est la foudre qui s'empare de vous et ne vous lâche plus, elle multiplie votre existence. Elle inquiète et calme à la fois.

Quel sens a le vieillissement ? Pourquoi ne pouvait-on pas rester éternellement jeune ? Quel sens à la mort ?

...

"C'est si peu de chose et pourtant si immense, si intense, une vie"

...

Ils avaient souvent l'un et l'autre parlé de la mort. L'âge avançant, ils savaient en être dangereusement proches. A l'époque de leurs parents, on pouvait espérer atteindre soixante-dix ans. Mais on était loin d'atteindre les quatre-vingts ou les cent ans comme aujourd'hui. La vie s'était allongée, mais le temps semblait se rétrécir mystérieusement et de plus en plus vite. Cette vie si précieuse, mais si négligée, dont les moments virevoltaient à la vitesse de la lumière vers l'obscurité de cette mort inéluctable qu'elle acceptait si mal. (...) Elle s'était demandé souvent ce qu'il pouvait y avoir derrière le rideau. La découverte d'une vie éternelle, une vie meilleure pleine de surprises où elle retrouverait Jean ? Ou bien serait-elle diluée dans l'espace où elle ne retrouverait plus rien ni personne ?

Cette mort-là comme sa propre mort, que voulaient-elles dire ? Avaient-elles un sens caché ? La mort n'était-elle vraiment qu'une fin ? Pour lui ? Pour moi ? Pour nous deux ? Mais à quoi bon réfléchir ?

...

Il avait une manière toute méditerranéenne de saluer, de recevoir, de tenir dans ses bras ou d'embrasser. Venaient ensuite les fameuses rages de Jean à propos de choses graves ou bénignes, brusquement suivies d'éclaircies. Cette façon de se mettre terriblement en colère, puis de tout oublier quelques minutes plus tard. Un simoun, un sirocco passionné qui dévaste tout sur son passage pour rebâtir aussitôt après la tempête avec la même passion. Cette sérénité de velours tapissé d'orages. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en y pensant.

Tout le début de leur vie lui revenait en mémoire dans un joli désordre. Cette union de leur nuits. Le plaisir qu'ils avaient à se regarder, bras dessus bras dessous, nus, devant la glace de leur grande armoire : cette peau tendue, le galbe de leurs corps.

En dépit de leurs différences, cette flamme n'avait pas seulement été préservée mais affermie. Une magie mystérieuse avait maintenu toute la verdeur de leurs liens. Ainsi coulèrent les jours malgré ce temps qui gommait leurs formes, effaçait, peu à peu, leur beauté de jeunes adultes pour le remplacer par la pure tendresse de visages vieillies retrouvant l'enfance. Ainsi se poursuivirent les années entres joies et problèmes, entre rires et chagrins, soleils et tempêtes.

Bien sûr, il y eut des scènes, des départs intempestifs, des menaces de divorce, mais quelque chose qui ressemblait à un fleuve souterrain, présent, obstiné, continuait assidûment à les greffer l'un à l'autre. Cette association miraculeuses de confrontations et alliances, ce don insigne d'avoir pu maintenir une fascination réciproque les accompagna toute leur vie.

Commentaires

  • J'ai beaucoup apprécié cette lecture et le style de Andrée Chedid. D'autres livres vont venir enrichir ma bibliothèque car je ne les emprunterai pas à la bibliothèque, je souhaite les garder près de moi

  • Que j'aime à entendre parler de fétichisme littéraire qui me font me sentir moins seule ;) je ne manquerai pas de vous faire signe dès que je me replonge dans cette auteur, en espérant pouvoir partager plus pleinement votre enthousiasme !

Les commentaires sont fermés.