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L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

culture,littérature,livre,citation,biographie,roman,amourEditions Plon - 127 pages

Présentation de l'éditeur : L'amour reste le plus sûr moyen de guérir quelqu'un de ses démons ou, inversement, de le détruire. Quand l'immense écrivain Colette, si moderne et si classique à la fois, s'éprend du fils de son second mari, tout s'écroule. Elle a 47 ans et lui 17. Vivre cet amour ou le fuir ? Elle cherche la réponse dans son passé A 20 ans, elle avait épousé Willy, un séducteur compulsif qui signait de son nom les livres qu'elle écrivait. Pour pouvoir le quitter, elle devra gagner sa vie en prenant des risques : danser nue, porter le costume et montrer un sein, se muer en chroniqueuse judiciaire ou en critique de théâtre. Delphine de Malherbe fait entrer comme personne le lecteur dans le coeur et la tête de cette femme fascinante, à l'instant où sa vie bascule.

Ah, Colette. Une femme réputée pour ses oeuvres et ses choix de vie pour le moins audacieux à son époque. Une femme de chez moi : Bourgogne-Yonne represent.

Dans ce livre, Delphine de Malherbe nous fait passer une journée dans la tête et le coeur d'une Colette amoureuse - fut-elle autre ? - qui livre ses réflexions à l'oreille de son psy d'un jour. L'amour du moment est interdit : elle, a 47 ans, lui, 30 de moins et de surcroît est le fils de son mari. Que faire ? Ménager l'époux et la société au risque de manquer l'âme soeur ou tout fracasser sur son passage, comme d'habitude, pour peut-être une passade sans lendemain ?

Si le scénario s'inspire fidèlement de la biographie de Sidonie-Gabrielle alias Colette, le style et le ton sont la libre interprétation de l'auteur. Mais sa vision personnelle semble être le fruit d'une vraie rencontre tant la gouaille, le talent, la pensée semblent justes et proches de l'héroïne. Le personnage est représenté tel que l'on peut se l'imaginer et c'est bien ce qui fait toute la profondeur de ce roman.

Plus que de redécouvrir une existence fascinante, ce livre nous entraîne dans une réflexion sur les sentiments qui fera réagir les partisans de tout bord mais ne laissera certainement pas indifférent. Un très beau texte.

L'auteur en parle.

Extraits :

Bertrand la veut absolument. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir à ses fins au mépris de leur santé mentale ou même de leurs vies à tous deux. Bertrand est un killer vierge qui a trouvé sa première victime. Il l'ignore, mais Machiavel fait figure d'ange à côté de lui, car il sait. Il sait qu'il a dix-sept ans. Il sait qu'à son âge on ne recule pas, si l'on est ambitieux. On ne fait pas son entrée dans l'existence par un échec retentissant. On préserve un instinct de loup sous une peau d'agnelet. Et si l'on décide de commettre une faute, on s'y applique avec panache.

...

Alors, je suis devenue amie des maîtresses de Willy. Non, je ne suis ni malsaine, ni perverse, je souffrais, docteur, et votre émotion me touche, mais il y a des fois où, quitte à pardonner, il faut choisir à qui l'on pardonne. Des femmes peuvent être réunies par l'amour d'un même homme, on peut comprendre une femme qui a été séduite par les mêmes subterfuges et stratégèmes d'un homme redoutable, et la chérir. C'est l'homme qu'il faut juger. Je déteste les femmes qui préfèrent haïr leur rivale plutôt que de mépriser l'homme qui les trompe. On doit condamner l'homme qui se joue de l'alternance avec régularité, quels que soient son enfance, ses raisons, ses besoins, ses explications. On ne peut lui pardonner, si l'on se respecte soi-même un minimum, que beaucoup plus tard pour sa paix personnelle. C'est dans la difficulté de ce choix que réside la faculté d'être... une vraie femme.

...

J'ignore aussi s'il est vrai que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ou si l'on encaisse le coup à terre telle une bête blessée, fragilisée, contrainte de se fuir plus froidement à chaque pas, d'éviter de s'émouvoir, d'aimer, tenue de prendre les armes et l'armure quoique les coques d'acier grincent, mais continuant vaille que vaille le chemin, parce qu'il faut bien y croire un peu, si peu, et mendier quelques miettes à la vie pour satisfaire son estomac. Je ne sais plus si l'on peut se réinventer. Autrefois j'y croyais. Pour plein de gens, c'est le challenge suprême de toute une existence de se réinventer. De s'imaginer s'être trouvé une identité débarrassée des déterminismes sociaux et familiaux qui nous ont mis au monde. De changer. Je ne cesse de répéter que toute ma vie je chercherai à éclore, éclore encore ou je mourrai. Mais à cette heure, je me demande si, de notre premier cri à notre dernier soupir, nous ne sommes pas toujours les mêmes, les mêmes personnes très exactement, mais beaucoup plus entièrement, précisément, profondément. On ajuste, on cisaille, on creuse. Oui, c'est cela. Je me demande si le destin humain n'est pas de changer mais d'affiner sa vraie nature et de l'imposer.

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