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Sunset Park de Paul Auster

Editions Actes Sud - 316 pagessunset park.jpg

Présentation de l'éditeur : Parce qu'il s'est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s'est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d'une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l'objet d'un chantage et est obligé - encore une fois - de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l'impossibilité d'exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d'édition et de préserver son couple. Confronté à l'écroulement des certitudes de toute une génération, il n'attend qu'une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu'elles sont inguérissables... Avec ce roman sur l'extinction des possibles dans une société aussi pathétiquement désorientée qu'elle est démissionnaire, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l'espoir.

Une lecture trop précoce de La trilogie New Yorkaise (j'avais 15 ou 16 ans) m'avait détournée de l'auteur. C'est une amie avec qui je partage de nombreuses impressions sur de nombreux livres et qui aime Paul Auster comme j'aime John Irving qui m'a convaincue de retenter l'expérience. Grand bien lui en a pris !

J'ai dévoré ce texte sans reprendre mon souffle et j'y ai pris un plaisir non dissimulé. Je n'ose imaginer ce qu'il en est pour ceux qui, contrairement à moi, connaissent New York ! Alors certes, c'est un roman américain type qui parle extrêmement (exclusivement) de l'Amérique, de ses travers, ses crises, ses aspirations. Cela dit, j'y vois davantage un récit gigogne de personnages complexes mais dont on comprend profondément les cheminements tant l'auteur est exact dans la psychologie relative à leurs vécus de ses protagonistes comme de ses personnages secondaires. Car il faut bien le dire, Paul Auster ne néglige rien dans son écriture. Les relations familiales, amicales, amoureuses et même celles avec ses ennemis sont fouillées à la perfection.

La sensation globale est incontestablement la mélancolie, le remords, la nostalgie. Mais il y a aussi beaucoup d'espoir et c'est ce qui fait que ce texte vous marque. Me voilà une fois de plus avec un nouvel assaut à mener : une oeuvre à (re)découvrir.

Extraits :

C'est le chevalier de l'indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sui les ruines d'un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidants de son espèce, il ne croit pas à l'action politique. Il n'adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n'a jamais pris la parole en public et n'a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements. Sa position est purement personnelle, mais s'il mène sa vie selon le principe qu'il s'est fixé, il est certain que d'utres suivront son exemple.

Et donc, quand il parle du monde, il se refère à son monde à lui, à la petite sphère limitée de sa propre vie et pas au monde en général qui est trop vaste et trop délabré pour que Bing ait le moindre effet sur lui. Par conséquent, il concentre ses efforts sur des choses locales, particulières, sur les détails presque invisibles du quotidien. Nécessairement, il ne prend que de petites décisions, mais petites ne signifie pas toujours sans importance, et, jour après jour, il se démène pour se conformer à la règle fondamentale de son mécontentement : maintenir son opposition à l'état actuel des choses, résister au statu quo sur tous les fronts. Il soutient volontiers que depuis la guerre du Viêtnam - laquelle a débuté presque vingt ans avant sa naissance - le concept connu sous le nom d'Amérique a fait long feu, que le principe même de ce pays n'est plus viable, mais s'il y a bien quelque chose qui continue à unir les masses fractuées de cette nation défunte, si l'opinion publique américaine est encore unanime sur une idée, c'est sur sa croyance en la notion de progrès. Il prétend que cette opinion se trompe, que les avancées technologiques des dernières décennies n'ont en réalité fait que diminuer les possibilités de vie. Dans une culture du jetable engendrée par la cupidité de sociétés commerciales mues par la recherche du profit, le paysage global est de plus en plus miteux, de plus en plus aliénant, de plus en plus vide de sens et de dessein unificateur.

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Telle est l'idée avec laquelle il joue, dit Renzo, celle d'écrire un essai sur les choses qui ne se produisent pas, sur les vies non vécues, les guerres qui n'ont pas été livrées, sur ce monde d'ombre qui s'étend parallèlement au monde qui nous prenons pour le monde réel, le non-dit et le non-fait, le non-remémoré.

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Si vous avez appris d'expérience que tout corps est appelé à trahir celui à qui il appartient et ne manquera pas de le faire, pourquoi ne croieriez-vous pas qu'une petite douleur à l'estomac est le prélude à un cancer, qu'un mal de tête signale une tumeur au cerveau, qu'un mot ou un nom propre oublié préfigure la démence sénile ?

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Elle travaille avec une sorte de ferveur nourrie par le sentiment d'agir selon la morale, parce qu'elle sait que des hommes tels que Liu Xiaobo sont le socle de l'humanité, que peu d'hommes ou de femmes sont assez courageux pour se dresser et risquer leur vie pour autrui, et qu'à côté d'eux nous autres ne sommes rien, nous déambulons dans les chaînes de notre faiblesse, de notre indifférence et de notre morne conformisme, et quand un homme de cette enverure est sur le point d'être sacrifié à cause de la foi dont il fait preuve envers les autres, ces autres doivent faire tout ce qu'ils peuvent pour le sauver, (...).

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