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  • Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

    le cas sneijder.jpgEditions de l'Olivier - 217 pages

    Présentation de l'éditeur : « Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie. » Victime d’un terrible – et rarissime – accident d’ascenseur dans une tour de Montréal, Paul Sneijder découvre, en sortant du coma, qu’il en est aussi l’unique rescapé. C’est le début d’une étrange retraite spirituelle qui va le conduire à remettre toute son existence en question. Sa femme, ses fils jumeaux, son travail, tout lui devient peu à peu indifférent. Jusqu’au jour où, à la recherche d’un emploi, il tombe sur la petite annonce qui va peut-être lui sauver la vie. Ce roman plein de mélancolie est aussi une comédie étincelante. L’auteur d’ Une vie française y affirme à nouveau avec éclat son goût pour l’humour noir.

    Très étrange d'achever la lecture de ce livre au moment où les nombreux accidents mettent un coup de projecteur sur la vétusté du parc d'ascenseurs français.

    L'auteur du Prix Femina 2004 Une vie française nous livre ici un texte unique en son genre. Avec une tonalité oscillant entre tragédie et dérision, Jean-Paul Dubois aborde de nombreux thèmes sans en négliger aucun : le trouble de stress post-traumatique, la mort, le couple, la famille, la trahison,...

    Sous des airs anodins, ce récit d'un quotidien tout à la fois classique et déjanté nous invite immanquablement à une réflexion au moins personnelle sur notre petite vie, au mieux philosophique sur l'existence et l'humain. D'un style choyé, l'écrivain multiplie sans en abuser les cocasseries et les absurdités pour nous faire oublier, autant que faire se peut, la cruauté de ses anecdotes qui, d'une façon ou d'une autre, nous revoit à celle qui jalonne notre quotidien à tous.

    Ca fait un peu froid dans le dos mais il serait dommage de s'en priver parce que peu de plumes auraient relevé le défi de baser leur récit sur la mécanique des ascenseurs et les crottes de chiens sans en faire un navet. Et au final, c'est bien plus qu'une gageure réussie, c'est un véritable phénomène littéraire.

    Extraits :

    "La partie rationnelle de notre cerveau savait que les accidents sont des accidents et qu'ils ne démontrent que le néant absurde de tout ce qui est, pourtant nous voulons plaquer des grilles de lecture sur ce qui nous entoure, nous entrecroisons des lignes vectorisées qui reviennent toujours à nous, au point de départ, en tout cas au point d'appui d'Archimède qui permet de hisser ce monde lourd, confus, encombré, jusqu'à une forme schématique qui nous pouvons traiter."

    John Updike

    ...

    Je pense à la mémoire, à son emprise accablante, à ces lests écrasants qu'elle dépose en nous avec une constance désarmante. Parfois lorsque je suis en haut, à ma table, ou dans mon lit, à attendre le sommeil, je la sens se glisser à mon côté, serpent à l'épiderme glacial, afin de m'infliger les films de ses archives, tout ce que je n'aurais pas dû voir, tout ce que je redoutais, (...).

    On ne devrait plus se rappeler d'où l'on vient ni où l'on va. J'aimerais appartenir à une espèce amnésique, conçue pour vivre au jour le jour, débarrassée de l'histoire, filant sa vie au gré des rythmes nycthéméraux. Sans aucun patrimoine. Ni passif. Ni génétique. Pas de lien, pas de cariotype. Une aube, un jour, et voilà tout. Chaque matin l'odeur du neuf. Et tout un monde à flairer. Je ne sais à quoi pourrait bien ressembler une pareille vie, mais elle ne pourrait être pire que celle que nous essayons de mener sous l'envahissant protectorat de la mémoire.

    ...

    On ne devrait pas avoir besoin de dormir. C'est trop de vie gâchée.

    ...

    La vie, ce sport individuel qui mériterait, pour peu que l'on considère l'absurdité de ses règles, d'avoir été inventé par un Anglais bipolaire, avait assez d'humour pour laisser à des chiens, dont je ramassais ce que l'on sait, le soin de m redonner une petite part de la confiance et de la douceur dont la plupart des miens m'avaient depuis longtemp privé.

    ...

    Les faillites aiment les week-ends. Et la vie est pleine de dimanches.

  • Petit précis de numérologie

    Cette pseudo-science est un ensemble de croyances et de pratiques fondées sur l'attribution de propriétés à des nombres. Egalement appelée arithmancie (comme à Poudlard, l'école de notre cher Harry Potter international), cette discipline à tendance kabbalistique (pour plus de précisions, appeler Madonna ou Demi Moore future ex-Kutcher) a obtenu ses lettres de noblesse grâce à la ô combien profonde presse féminine aux contenus de référence incontestable. Pas un titre de chick'mag' ne peut renier avoir eu, à un moment donné et peut-être même encore, une page numérologie aux côtés du sacro-saint horoscope. De Jeune & Jolie à Elle, en passant par 20 ans, Biba et autres Cosmo, par un ne manque à l'appel, ils ont tous commis l'impair.

    Parce que.

    Si l'on considère que j'ai attribué une valeur affective à certains chiffres que je joue régulièrement au Loto ou à l'Euromillion sans jamais, JAMAIS, gagner plus de 5,6 €.

    Si l'on s'attarde sur le fait que mon numéro fétiche est le 9, que j'avais emménagé il y a peu dans un appartement qui portait ce chiffre chouchou, que la cave allouée avec ce bien portait le numéro 3 (dans ma VIN* list parce que 3 x 3 = 9), que le tout constituait le lot n°18 (VIN too because 9 x 2 = 18, logique !) de la résidence et qu'au bout d'à peine 48 h après avoir investi les lieux, j'ai déposé mon préavis du fait de voisins indélicats (terme retenu par la rédaction plutôt que l'expression "gros connards" initialement choisie par l'auteur).

    Attendu donc ces deux simples mais parlant exemples, la conclusion qui s'impose est bel et bien la suivante : arrête de croire à ces conneries, c'est de la pure foutaise cré nom de diou !

    *very important number

  • Les revenants de Laura Kasischke

    Christian Bourgois Editeur - 588 pagesles revenants.jpg

    Présentation de l'éditeur : Élève brillante, Nicole était douce et sociable (cheftaine scout, membre de plusieurs associations d’étudiantes). Elle meurt subitement dans un accident terrible. À l’automne suivant, tandis qu’un nouveau semestre commence, Craig, l’ancien petit ami de Nicole est renvoyé de l’université médiocre où il était entré par relations. Tenu pour responsable de la mort de Nicole mais relâché faute de preuves, il ne parvient pas à surmonter le drame, ne cesse d’y repenser et a l’impression de voir Nicole partout. Perry, son colocataire, était dans le même lycée que Nicole. Lors d’un séminaire sur la mort par Mira Polson, professeur d’anthropologie, il fait part de ses interrogations et de ses doutes quant à la disparition de la jeune fille. Il dit avoir connu la vraie Nicole : une personne manipulatrice, malhonnête, et séductrice. De son côté, Shelly Lockes, unique témoin de l’accident, conteste la version officielle, selon laquelle Nicole, baignant dans une mare de sang, n’aurait pu être identifiée que grâce à ses bijoux. Selon elle, la jeune fille était inconsciente mais ne présentait aucune lésion. D’étranges événements surviennent alors: mystérieux appels téléphoniques, cartes postales énigmatiques, apparitions de Nicole… ou d’une fille qui lui ressemble. La rumeur enfle à Godwin Hall, précipitant Craig, Perry, Mira et Shelly au coeur d’un ténébreux mystère qui va transformer leurs vies pour toujours : se pourrait-il que, trop jeune pour mourir, Nicole soit revenue ?

    Les Revenants est une perle rare : un roman littéraire servi par une prose splendide, aussi efficace que les grandes fresques que l'on dévore d'une traite, un défilé de créatures et de situations angoissantes. C'est comme si Les raisins de la colère avaient été réécrits par H.P. Lovecraft.

    Chicago Tribune

    L'écriture de Kasischke agit comme celle d'un bon poème : elle nous laisse entrevoir la possibilité d'un autre monde et nous y transporte... Ses mots nous projettent sur une autre facette de l'existence, tout en reflets.

    New York Times Book Review

    La menace plane sur chacune de ses histoires, sans que l'issue soit jamais celle que l'on pressentait. A coups de symboles discrets, de descriptions à l'acuité troublante, Laura Kasischke épand du rouge sang sur la blancheur immaculée des apparences, et la tension monte, sans que l'on puisse jamais la conjurer.

    Sabine Audrerie, La Croix

    A la croisée des chemins de la pure littérature, du roman noir et du fantastique, ce livre est de ces page-turner qui ne bénéficient pas d'un plan média à la mesure de leur excellence. Heureusement, les libraires et/ou blogueurs littéraires sont là pour parler haut et fort de ces textes qu'il serait dommage de manquer.

    Les revenants nous plonge dans cet univers aussi fascinant que décrié des campus américains, nous épouvante avec des histoires de morts-vivants, nous envoûte à coups de psychologies aussi affûtées que border-line. L'écriture est précise, le scénario est absolument maîtrisé et jamais ô grand jamais, si l'on est un tant soit peu de bonne foi, l'on ne peut dire "je le savais".

    Bref, Laura Kasischke, inconnue de mon panthéon littéraire, m'a subjuguée, presque-traumatisée (il est important de le préciser pour les âmes les plus sensibles : le sommeil n'est pas perturbé à la lecture de ce roman) et hallucinée avec ce livre que l'on qualifie comme étant son meilleur. Ce qui ne m'empêchera pas d'aller à la découverte de ses textes précédents. S'il est des livres de la rentrée littéraire cru 2011 qu'il serait dommage de rater, celui de cette auteur américaine (ils sont vraiment trop balaises ces écrivains made in USA !) compte parmi ceux-ci : un vrai délice qui est loin mais très très loin d'être de la guimauve.

    Télérama en parle

    Le Monde en parle

  • Dégénération

       Un criminel en puissance de 17 ans (un certain Mathieu), déjà impliqué dans une affaire de viol en 2010, peut s'inscrire dans un établissement scolaire (le collège Cévenol de Chambon-sur-Lignon) où il détecte sa prochaine proie (Agnès Marin), la viole et la tue dans des conditions déclarées atroces par les légistes, sans qu'a priori personne dans la commune ne soit informé du danger rôdant à proximité.

       Un parti politique français (le PS), en pleine période pré-électorale et non des moindres puisqu'il s'agit de la présidentielle, ne prononce pas catégoriquement le renvoi pur et simple d'un de ses plus célèbres représentants (Dominique Strauss-Kahn alias DSK) qui, après la tourmente de l'affaire Nafissatou Dialo aux Etats-Unis, a été non condamné grâce à la prescription pour tentative d'agression sexuelle avérée sur la personne de Tristane Banon.

       Un président de la République française (Nicolas Sarkozy Ier) peut prendre une chambre d'hôtel à 37 000 euros la nuit (selon le sensationnaliste The Sun) qui n'en vaudrait "que 3 500" (!) (selon Franck Louvrier, conseiller en communication - à n'en pas douter honnête et impartial - de l'Elysée) pendant un G20 consacré à la crise mondiale et au naufrage de la zone euro, alors même qu'il demande aux Français, surtout les plus modestes comme toujours, de se serrer la ceinture très fort, de perdre leur emploi (plan social annoncé de la BNP pour n'en citer qu'un) et de payer plus d'impôts pour payer la dette des Grecs qui, eux, n'en payent pas et ne comptent pas changer cet état de fait, et malgré tout, gagner des points dans les sondages.

       Deux connards (un certain Jacquard et un certain Saïdi) peuvent empêcher leur voisinage (dont moi) de dormir pour cause de tapage récurrent, peuvent menacer verbalement et physiquement, injurier racialement (mon compagnon doudou des îles) et harceler par des déménagements nocturnes, des martèlements au sol (les voisins du dessous étant évidemment ma moitié et bibi) et des coups de pieds violents tout au long de la nuit dans la porte d'entrée des deux seuls voisins (mézigue et mon conjoint), terrorisés commes les autres, mais qui sont les seuls à contacter les pseudo-forces de l'ordre et le syndic, sans que rien ne puisse être fait contre eux. Parce que tant qu'il n'y a pas de sang, les flics ne peuvent rien faire. Dura lex, sed lex. Parce que le syndic-bailleur se contente de courriers "de plus en plus fermes" (sic) pour résoudre le problème. Parce que la loi précise que la seule chose à faire est de ne pas renouveler le bail de ces individus ; bail de 3 ans donc et individus arrivés depuis trois mois à peine.

       Un homme (Frédéric Matwies) peut battre, brûler avec des cigarettes et faire manger des crottes de lapin à sa compagne et mère de ses deux filles pendant dix ans, finir par tenter de la poignarder et s'en sortir avec trois mois de sursis, une obligation de soins, la garde de ses filles et la possibilité de gagner de l'argent en écrivant un livre sur sa vie de malade (minable). Il y avait un monstre en moi aux Editions Michalon.

       Des millions de gens sont copains commes cochons, s'embrassent à qui mieux mieux quand l'équipe de France gagne un match de foot (la finale de la Coupe du Monde 1998) mais personne n'est assez solidaire pour partager ne serait-ce que sa bouffe pour régler le problème de la faim dans le monde alors que les ressources sont suffisantes.

    Une liste non exhaustive du monde dans lequel on vit. Un pays, des représentants, une justice, des hommes qui marchent cul par-dessus tête, où l'honnête citoyen n'est plus protégé et n'a aucun moyen de se défendre. Je suis la seule à être fed up ou quoi ?

  • Les années douces vol.1 de Jirô Taniguchi

    les années douces.jpgEditions Casterman - 200 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans le café où elle a ses habitudes, Tsukiko, âgée de trente-sept ans, fait la connaissance d'un homme solitaire et élégant, de plus de trente ans son aîné. Elle réalise qu'elle le connaît : il fut autrefois son professeur de japonais. Elle est célibataire, il vit seul. Complices, ils prennent l'habitude de se retrouver, au hasard de leur emploi du temps, puis, bientôt, d'improviser des sorties ensemble. Insensiblement, à petites touches légères, une connivence s'établit, puis une véritable affection. En adaptant le roman de Hiromi Kawakami, Les Années douces, Jirô Taniguchi s'essaie avec brio au thème de la rencontre amoureuse. Un récit intimiste et délicat, tissé de bonheurs fugaces et d'enchantements saisis au vol.

    Raaaaahhhhh ! Pourquoi faut-il toujours que les auteurs que j'admire profondément me prouvent qu'ils ne sont que des hommes, par conséquent faillibles. J'ai connu cette déception avec chacune de mes perles littéraires (roman ou bd) mais cela reste à chaque fois le même déchirement.

    J'avais donc complètement vénéré Quartier lointain, j'avais littéralement adoré Le journal de mon père et là, BAM ! Je me suis tellement ennuyée à la lecture du premier volume de Les années douces que je ne chercherai même pas à connaître la suite et fin en empruntant (hors de question évidemment de l'acquérir, c'est la crise, le plan de rigueur, nous dit-on) le second volet. C'est lentissime, l'on ne sait vraiment pas où l'auteur veut nous amener et ce jusqu'à la dernière case. Pas même un brin de suspens qui nous pousserait à nous ruer sur le deuxième opus. L'on se contente d'observer le morne croisement de deux existences ennuyeuses. Je n'ai vraiment pas retrouvé le Taniguchi qui m'a séduite par la finesse de ses personnages et des émotions. Bouh !