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90-20-32

"Mensurations atypiques", diront les plus délicats.

"C'est quoi ce boudin ?", oseront les plus cavaliers, quoique moins hypocrites.

Que tout le monde se rassure, si telles étaient mes mesures corporelles, j'aurais suffisament de complexes pour les taire ou assez d'audace et de sens des affaires pour aller faire fortune chez les Bouglione entre la femme à barbe et la Vénus Hottentote.

Mais alors, quelle est donc la signification de cette mystérieuse série numérique ?

Et bien il s'agit tout simplement de la réponse que je donnerais si l'on venait à m'interroger sur mon âge. Il serait en l'occurrence d'ailleurs plus exact de me demander : "Quels âges avez-vous ?".

Car si ma parentalité et l'état civil n'auraient pas complètement tort de s'accorder sur le fait que j'ai 32 ans, ils n'auraient toutefois pas entièrement raison. Me cantonner à cette estimation purement légale serait pour le moins réducteur.

Certes, entre le jour de ma naissance et aujourd'hui, il s'est écoulé, au sens calendaire grégorien, quelque trente-deux années (à la vérité d'ailleurs, nous nous approchons dangereusement des trente-trois...). Mais au-delà de cette unité de valeur commune, il en existe une plus subjective qui est l'âge mental. Je situe le mien à la vingtaine. Entendons-nous bien cependant : quatre lustres d'une personne née à la frontière des seventies et des eighties parce que de manière tout aussi partiale que je m'attribue une double décennie mentale, j'affirme de façon totalement autocratique que les jeunes d'aujourd'hui sont complètement cons. Hors de question donc de tenter une quelconque comparaison entre eux et moi.

Ne reste plus que le 90 et c'est là tout mon drame. Car si je suis encore jeune d'un point de vue légal et passablement attardée d'un point de vue mental, je suis excessivement précoce par ailleurs. Malheureusement pour moi, c'est moins le genre de précocité valorisante du type "ma fille pas son Bac cette année, elle a cinq ans" que le type péjoratif de prématurité accablante constituant le cauchemar numéro un de la gent masculine rapport à sa sexualité (ex-aequo avec le problème de la taille qui obnubile également ces messieurs).

Quatre-vingt dix, donc. C'est approximativement l'âge de ma carcasse. Voilà ce qui arrive quand on combine un patrimoine génétique quelque peu altéré (je pense sérieusement poursuivre mes parents pour malfaçon), un métier hautement physique (libraire) et un patronnat faisant non seulement fi de toutes les législations relatives à la sécurité et à la santé au travail mais pire, trouvant un malin plaisir à durcir et complexifier les tâches physiques de ses larbines. Résultats ? Discopathie dégénérative, lombo-fessalgie, probable hernie, sciatique potentielle, arthrose, ostéoporose, sténose foraminale, j'en passe et peut-être des pires puisque ni les radios, ni les IRM, ni les infiltrations (peut-être la toute prochaine discographie ?) ne permettent jusqu'à présent à mon neurochirurgien de déterminer précisément ce qui cloche dans mon squelette et, par extension, de me soulager, enfin.

Bientôt quatre mois que cela dure. Je ne pensais pas pouvoir penser ainsi un jour de la sorte mais à l'heure actuelle, je donnerais cher pour avoir quatre-vingt dix ans d'âge mental quitte à me faire traiter de vieille peau dix fois par jour et récupérer l'ossature et la musculature de mes vingt ans.

Commentaires

  • Aha ! Malheureusement, il faut s'y faire à ces physiques pourris avant l'âge, on a été livré en pièces détachées.
    Feue ma grand-mère me disait souvent : "Toutes les deux, on est pareille, enfin tu fatigues qd m avant moi". CQFD :D

  • Dur, dur (aïe ouille) de s'y faire malheureusement :( mais il est incontestable que nous sommes moins résistants que nos ancêtres. nous sommes une dégénération en somme !

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