Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Rentrée littéraire : Julian de Robert Charles Wilson

    julian.jpgEditions Denoël - 592 pages

    Présentation de l'éditeur : Il s'appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des Etats-Unis. Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu'il était innocent de ce crime). Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante Etats, tenue de main de maître par l'Eglise du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines. On le connaît désormais sous le nom de Julian l'agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant. Ceci est l'histoire de ce qu'il a cru bon et juste, l'histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques. Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à l'oeuvre de Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.

    Les plus frileux au genre science-fictionnel seront à n'en pas douter surpris par ce livre très original et profondément classique à la fois. Cette fresque post-apocalyptique se déroulant au XXIIe siècle prend la forme de la biographie épique d'un homme hors du commun, Julian, par son compagnon de route. Le monde créé par l'auteur donne matière à réflexion sur des sujets aussi fondamentaux que la politique, la religion, l'environnement, la liberté. Ce qui accroche particulièrement est le contexte : le monde dépeint est bien différent de celui que l'on connaît mais est le résultat de ce dernier : la vie dans un monde où il n'y a plus de pétrole et ravagé par des catastrophes sanitaires en tous genres. Critiques, idéaux, réflexions sur la société laissent la part belle à l'aventure, aux rebondissements et aux scènes de guerres navales, aériennes ou terriennes. Mais si l'action est permanente ou quasi, il subsiste malgré tout un effet de lenteur. Pas désagréable mais que l'on ne peut ne pas remarquer. Ce qui n'empêche nullement d'ériger le livre en véritable hommage à Mark Twain (tout le monde le dit alors je le répète mais je n'ai jamais lu le maître). Au final, c'est un livre très divertissant, qui change du commun et qui saura séduie largement je pense un public masculin.

  • Rentrée littéraire : Famille modèle d'Eric Puchner

    Editions Albin Michel - 523 pagesfamille modèle.jpg

    Présentation de l'éditeur : "Deux jours après que sa voiture - une Chrysler LeBaron avec sièges en cuir et options haut de gamme - eut disparu de l'allée du garage, Warren Ziller longeait discrètement les demeures cossues de ses voisins s'appliquant à boiter au même rythme que son chien." Après La musique des autres, recueil de nouvelles inventives et déroutantes, Eric Puchner réussit un premier roman saisissant de drôlerie et d'intelligence. Sur le ton de la tragi-comédie, il raconte la chute de la famille Ziller, et plus particulièrement du père, Warren, qui a délaissé le bonheur paisible du Wisconsin pour la Californie du rêve américain. Mais rien ne se passe comme prévu et Warren ne peut avouer à sa femme et ses trois enfants qu'il a investi toutes leurs économies dans un projet immobilier qui vient de tourner au désastre... Un mensonge qui ne sera pas sans conséquences... Au coeur de ce fiasco familial, entre hilarité et désespoir, Puchner fait preuve d'une parfaite maîtrise du récit. Caustique et brillant, Famille modèle nous offre un portrait original et émouvant de la condition humaine.

    Voici un livre qui laisse un sentiment très étrange. C'est triste, pour ne pas dire déprimant, c'est assez lent et pourtant, on n'en abandonne pas la lecture. Tel est le mystère de la littérature américaine : même quand elle ne vous envoûte pas, elle ne vous laisse pas indifférent. Ici, l'on aborde le sujet maintes fois traîté sans jamais s'user du rêve américain - ou plutôt, en l'occurence, de son cauchemar. Je crois que ce qui m'a réellement manqué ici - en plus d'un rythme un peu plus soutenu - est la fantaisie, le décalage que j'apprécie tant chez John Irving, Jonathan Tropper et que j'ai particulièrement appréciées dernièrement dans le Freedom de Jonathan Franzen, Mr. Peanut d'Adam Ross ou Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey. La lecture n'est pas désagrable mais je ne le compterai pas dans les incontournables de cette rentrée littéraire pour ce petit quelque chose manquant.

  • Rentrée littéraire : Les morues de Titiou Lecoq

    les morues.jpgEditions Au Diable Vauvert - 450 pages

    Présentation de l'éditeur : C'est l'histoire des Morues, trois filles et un garçon, trentenaires féministes pris dans leurs turpitudes amoureuses et professionnelles. Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, vous happe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation des services publics et s'achève finalement sur le roman de comment on s'aime et on se désire, en France, à l'ère de l'internet. C'est le roman d'une époque, la nôtre.

    L'auteur du blog girlsandgeeks.com nous offre avec Les morues un roman résolument moderne, entre chick'litt' pas noeunoeud, polar politique et portrait de société. Alors certes, il y a plein d'histoires en une et l'on peut avoir l'impression que ça part dans tous les sens sans vraiment qu'aucune des intrigues ne soient abouties mais je trouve personnellement que c'est ce qui donne à ce texte un tel ancrage dans la réalité et qui pousse l'identification à son paroxysme. C'est de la vraie vie, ça n'a rien de caricatural et ce sont des qualités rares chez ces auteurs qui se veulent témoins de leur époque mais bien souvent à côté de la plaque. Le tout est dynamique, émouvant, original et vraiment divertissant. Un très agréable premier roman.

  • Homo erectus de Tonino Benacquista

    Editions Gallimard - 269 pageshomo erectus.jpg

    Présentation de l'éditeur : Imaginez une confrérie informelle qui réunit exclusivement des hommes, venus se raconter, en quelques mots ou en quelques heures, leurs histoires d’amour, sentimentales ou sexuelles. Des
    histoires qui, ainsi racontées, accèdent au rang de fictions. Des témoignages bruts, aussi, puisque l’histoire de chacun ne donne lieu à aucun débat, à aucune remarque : on raconte et on s’en va, tandis que les autres écoutent et se taisent. De la brève rencontre à l’attachement sentimental, ces récits viennent ponctuer trois histoires particulières qui illustrent chacune un aspect paradoxal des relations homme-femme. Il y a ainsi l’homme qui est devenu « invisible » aux yeux des femmes, enfermé dans une douloureuse solitude qui vire à la dépression, lorsqu’une inconnue fait intrusion chez lui et décide de s’y installer sans lui demander son avis. A tout prendre, cette compagnie forcée vaut-elle vraiment mieux que la solitude ? Autre récit, celui du mari trompé, dont l’infortune conjugale est le drame de sa vie. Pour se venger de l’infidèle, il décide de ne fréquenter que des prostituées, de manière tout à fait rationnelle et organisée, d’ailleurs, puisqu’il y consacre un budget mensuel bien établi. Va-t-il parvenir à s’accomplir à travers cette diversité de femmes ? Autre histoire complexe que celle de l’intellectuel quelque peu médiatique qui se passionne pour les « people », au point de tomber amoureux d’une top-model. Quelles extravagances spectaculaires vont-elles bien pouvoir sortir de ce choc culturel entre le paraître et l’intériorité ? Un roman aussi drôle que tendre, qui décortique avec brio les cas de figure les plus épineux, et les plus inédits de la relation amoureuse.

    Comme à son habitude quoique dans un style et un rythme tout autres, Tonino Benacquista nous entraîne dans une histoire extrêment originale d'une plume habile, magnifique, captivante. Contraitement au titre un poil racoleur, l'auteur aborde de belles et tristes amours du point de vue des hommes avec une infinie finesse, beaucoup de poésie, de philosophie, d'humanité. De quoi opérer un enrichissant retour sur ses propres affres amoureuses et observer, si besoin était, qu'aucune histoire ne se ressemble et que toutes sont à la fois identiques dans leur absence de vérité préétablie. Un texte vraiment profond qui prend aux tripes.

    Extraits :

    Après plusieurs semaines de soins palliatifs à l'hôpital de Villejuif, sa femme venait de mourir dans ses bras. Il raconta l'événement comme s'il s'agissait d'une adolescence inversée, à cette époque de la vie où tout est une "première fois" : la première cigarette, la première lettre d'amour, le premier baiser. Dans cette chambre aseptisée, sa femme et lui venaient de vivre une douce et belle série de dernières fois, le dernier rire à deux, le dernier verre d'alcool, le dernier baiser. Il lui avait lu in extenso le roman d'un auteur qu'elle appréciait : le tout dernier livre de sa longue vie d'ardente lectrice.

    ...

    Il était curieux de cette thérapie de groupe sans thérapeute, cet étonnant bureau des pleurs masculins, cette occulte et mâle congrégation à laquelle on pouvait accéder sans rite d'intronisation, sans cooptation, sans enquête préalable. Il s'était présenter, prêt à dégainer son sens critique ou à colporter de savoureux sarcasmes auprès de son entourage. En fait, il venait de partager un rare moment de tolérance, échappant à toute grille de lecture, aux dogmes les plus fumeux.

    ...

    Jadis, il avait développé toute une théorie sur l'adultère dans les classes populaires, bien plus délicat et complexe que dans les autres. Dans les milieux culturellement forts, comme le sien, on le cinsidérait comme une dimension inhérente au couple, une sorte de dérivatif inévitable, que le discours savait commenter et relativiser ; on y croisait des Emma Bovary, des Don Juan, et l'on comptait souvent sur la littérature pour légitimer un coup tiré en douce. Chez les grands bourgeois, on prenait l'adultère pour un mal nécessaire, à ranger dans le même tiroir que les maladies vénériennes : ça tombait tôt ou tard, mais ça se soignait. En revanche, pour ceux qui n'avaient recours ni au luxe ni au romanesque, la chose se compliquait de modalités pratiques, recherche d'un lieu pour abriter les ébats, jonglerie avec un emploi du temps souvent réglé au quart d'heure. Plus que d'adultère, il s'agissait de cocufiage, vécu dans la honte et la trahison. Le cinq à sept sombrait dans la tragédie grecque, et la liaison durable dans le crime de bigamie.

    ...

    Comment avait-il pu être si radical, si impitoyable avec une femme qu'il aimait tendrement jusqu'alors ? Une telle intransigeance paraissait démésurée, injuste. Quel noir sentiment était assez fort pour détruire le bonheur manifeste ? Philippe l'imaginait si bien, cette Pauline, reine d'un soir, perdant le contrôle de ses émotions. Comment ne pas comprendre que l'écart de cette nuit-là ne s'était pas produit par hasard mais au moment où, dans son tout nouveau foyer, elle allait fonder une famille. Et cette aventure-là se déroulerait si vite que, sans s'annoncer, l'âge mûr viendrait la relever de sa mission. Comment ne pas deviner que le symbole de cette incartade comptait bien plus que le frisson ? Comment ne pas admettre que cette folie d'une nuit était sans doute la dernière audace d'une jeune femme sur le point de tout donner, et avec bonheur, au quotidien des siens ? Comment refuser le pardon à une femme aimée quand on reconnaît le droit à l'erreur à ceux qui jamais ne devraient en commettre ? Quand on accorde des circonstances atténuantes à des meurtres de sang chaud ?

    ...

    - Il y a pourtant une ombre au tableau. Emilie et moi ne nous aimons pas à la même vitesse. Il ne s'agit pas d'une différence d'intensité mais de style. Je suis passionnée, Emilie est réfléchie. J'anticipe le moment à venir, elle goûte l'instant présent. Je l'appelle dix fois par jour, elle pense que les mots se vident à force d'être répétés. J'aime savoir tout ce qu'elle fait, Emilie ne me pose aucune question. Je veux connaître ses amis, elle m'encourage à faire la fête avec les miens. Toutes mes phrases sont pleines de jamais et de toujours, elle pense que l'absolu n'existe pas. Au fil des mois, je me suis demandé si tant de disparités ne révélaient pas quelque chose de plus profond. N'allaient-elles pas se cristalliser à la longue et s'insinuer entre nous au point de contredire ce qui nous avait réunis ? J'étais bien conscient de créer le problème rien qu'en le formulant mais, au lieu de me sentir rassuré par le confiance d'Emilie, qui prône le droit à la différence, qui a le don de relativiser ce qui doit l'être, je me suis mis à guetter les fausses notes, parfois à les provoquer afin d'en tirer des conclusions. Je lui ai reprochée de n'être pas aussi empressée que moi, de rester maîtresse en toutes circonstances, de ne jamais lâcher prise. Il m'est arrivé d'être impatient, irritable, injuste, et de plus en plus fréquemment. Jusqu'à ce qu'Emilie, un matin où j'avais passé les bornes, cesse de croire en notre avenir commun. Vous me direz, je l'avais bien cherché...

    ...

    Ce qu'on dit appartient aux autres. Ce qu'on tait est un bien éternel.

    ...

    - Seuls ceux qui s'aiment vraiment peuvent décréter quand ils le souhaitent la non-existence du monde extérieur, ajouta-t-il.

  • Rentrée littéraire : Clèves de Marie Darrieussecq

    clèves.jpgEditions P.O.L - 344 pages

    Présentation de l'éditeur : Solange se demande s'il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là.

    Il y a quelques années, j'ai lu White de Marie Darrieussecq qui, sans m'avoir transportée outre mesure, ne m'avait pas déplu. J'étais pourtant bourrée d'a priori du fait des nombreuses mauvaises critiques que l'on m'avait faites de son Truismes sélectionné comme finaliste du Goncourt 1996. Depuis, je ne m'étais plus intéressée à cette auteur dont j'avais vaguement entendu parler pour une sombre histoire de plagiat. Cette année, dans ma grande (re)découverte des auteurs à succès, je me laisse tenter par ce titre qui me renvoie à un autre que j'avais adoré : La princesse de Clèves.

    Au-se-cours. Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi, comme cela m'a démangé dès la vingt-cinquième page, je n'ai pas abandonné ma lecture. Outre ce style impersonnel descriptif pseudo-stylisé que j'exècre, c'est atrocement vulgaire. La seule possibilité pour ce texte d'obtenir, selon moi, une récompense, est que l'on invente le Prix du livre qui comporte le plus grand nombre de fois les mots b-i-t-e et c-h-a-t-t-e. Tout ceci pour se faire le reflet de cette jeunesse décadente, cette génération X élevé au porno, qui consomme jeune et abondamment et ignorant tout du sentiment. Sauf que Marie Darrieussecq semble vraiment tout ignorer de cette jeunesse dont elle dresse un portrait peu crédible, exaspérant, profondément inutile et totalement inintéressant. C'est vraiment le livre le plus nul que j'ai lu depuis longtemps. Pour dire, le Mr d'Emma Becker est de la très grande littérature à côté. Un exemple supplémentaire qui illustre la manifeste réalité selon laquelle avec un nom, on peut publier n'importe quoi. Ca me débecte.

    Extraits :

    "Il y a une maladie", lui dit son père.

    Et il s'arrête comme pour se dire à lui-même ce qu'il va dire.

    Il est en uniforme, il sent l'odeur de toujours, l'odeur de l'air.

    Et on dirait soudain qu'il invente, qu'il invente la maladie.

    "C'est une maladie qui tue les gens en H. Les Homosexuels, les Haïtiens, les Hémophiles et les Héroïnomanes."

    Elle ne connaît pas la moitié des mots. Homosexuel elle sait, ça veut dire pédé. Pour les filles on dit gouine, mais il n'y en a pas ici (sauf la coiffeuse avec les cheveux très courts et la chaînette à la cheville).

    "La vérité, c'est que cette maladie se transmet en baisant. Et tout le monde baise. Tu comprends ? Donc : interdit de baiser."

    Elle a peur qu'il se mette à hurler. Qu'il lui interdise en hurlant.

    "Tu m'entends ?"

    Oui.

    Il allume une cigarette. Il est très beau. Très grand, avec son uniforme orné d'un badge en forme d'ailes. Les cheveux très courts, gris aux tempes, et le menton (dit sa mère) volontaire.

    "Tu me crois ?"

    Ben oui.

    "C'est idiot. Aiguise un peu ton sens critique. Tu crois vraiment que je peux t'interdire de baiser ? Il n'y a que ta mère pour croire des trucs pareils. Tout le monde baise? Je baise, tu baises, nous baiserons. Tu sais ce que c'est, ça ?"

    Il sort un emballage carré de sa poche, un carré sous lequel on distingue un rond.

    "Le premier connard qui te dit que ça ne sert à rien, tu me l'envoies et je lui pètes la gueule.Tu l'obliges à mettre ça. Tu l'OBLIGES, tu m'entends ? Cette maladie, si tu l'attrapes, c'est la mort dans deux ans. J'ai vu des fosses à ciel ouvert. Pour l'hécatombe. On ne peut les voir que d'avion. Et on a ordre de fermer les volets des hublots. Tu comprends ce que ça veut dire ? Tu vas à la pharmacie, et elle t'en donnera. De ma part. Autant que tu voudras."

    Il lui reprend le carré des mains, et déchire l'enveloppe.

    Il se ravise et le lui rend. Ca sent très fort le caoutchouc.

    "Tu t'entraînes sur une banane. Et tu l'OBLIGES, tu m'entends ? Interdit de mourir. Compris ?"

    ...

    "Oui. Mais parfois ne rien faire comme les autres c'est devenu tellement répandu que ça en devient conventionnel. Tu vois ce que je veux dire ? Moi je m'imagine comme j'imagine que les autres m'imaginent et je prends le contre-pied. Je n'essaie pas d'être différente, je le suis, parce qu'être comme les autres pensent que tu es, ou vouloir être comme tu penses qu'ils pensent que tu es, c'est carrément frivole, futile."