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Rentrée littéraire : L'équation africaine de Yasmina Khadra

A paraître le 18 août 2011

Editions Julliard - 327 pagesl'équation africaine.jpg

Présentation de l'éditeur : A la suite d'un terrible drame familial, et afin de surmonter son chagrin, le docteur Kurt Krausmann accepte d'accompagner son ami aux Comores. Leur voilier est attaqué par des pirates au larges des côtes somaliennes, et le voyage "thérapeutique" du médecin se transforme en cauchemar. Pris en otage, battu, humilié, Kurt va découvrir une Afrique de violence et de misère insoutenables où "les dieux n'ont plus de peau aux doigts à force de s'en laver les mains". Avec son ami Hans et un compagnon d'infortune français, Kurt trouvera-t-il la force de surmonter cette épreuve ? En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale tour à tour sauvage, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d'un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s'ouvrir à la réalité d'un monde jusqu'alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d'un continent livré aux prédateurs et aux tyrans génocidaires.

Parmi les nombreux romans annoncés de la rentrée littéraire de septembre, celui-ci est assurément l'un, si ce n'est le premier de ceux qui se vendront tout seuls sans que l'on ait besoin d'en parler. Seulement quand on l'a lu, comment ne pas en parler ? C'est là tout l'art de Yasmina Khadra, probablement le plus grand conteur du réel de notre époque. Après sa trilogie du Grand malentendu (Les hirondelles de Kaboul, L'attentat et Les sirènes de Bagdad), ce roman s'inscrit dans la continuité de cette littérature reflet de notre époque défigurée par le choc des cultures et des mentalités. Khadra n'a pas son pareil pour nous plonger dans l'horreur des hommes sans tomber dans le voyeurisme, le sordide, le glauque. Mieux encore, il arrive, malgré sa connaissance profonde des âmes humaines à trouver en chacune d'elles le joyau qui s'y cache. Ces romans sont de véritables témoignages de la tragédie quotidienne, de terribles constats mais surtout, surtout, de formidables messages d'espoir. Merci Monsieur Khadra.

Extraits :

Lorsque j'ai rencontré l'amour, je m'étais dit, ça y est, je passe de l'existence à la vie et je m'étais promis de veiller à ce que ma joie demeure à jamais. Ma présence sur terre se découvrit un sens et une vocation, et moi une singularité... (...) En rencontrant Jessica, j'ai rencontré le monde, je dirais même que j'ai accédé à la quintessence du monde. Je voulais compter pour elle autant qu'elle comptait pour moi, mériter la moindre de ses pensées, occuper jusqu'au cadet de ses soucis ; je voulais qu'elle devienne ma groupie, mon égérie, mon ambition ; je voulais tant de choses, et Jessica les incarnait toutes. En vérité, c'était elle la star et elle illuminait mon ciel en entier. J'étais au comble du bonheur. Il me semblait que les été précoces naissaient dans le creux de ma main. Mon coeur battait la mesure des moments de grâce. Chaque baiser posé sur lèvres avait valeur de serment. Jessica était mon sismographe et ma religion, une religion où le côté obscur des choses n'avait pas sa place, où la prophétie se résumait à un seul verset : je t'aime...

...

Quelqu'un me souffla : "Je suis de tout coeur avec vous, docvteur." C'était gentil mais improbable. Que savait-il de ma solitude ? Ma douleur était trop personnelle pour être partagée ; elle me rendait insensible aux témoignages de sympathie, à ces usages qui ne reposent sur rien de concret. C'est un univers parallèle, le chagrin, un monde abominable où les mots les plus doux, les gestes les plus nobles s'avèrent dérisoires, inappropriés, gauches, mortels d'inanité. J'étais excédé par ces petites tapes compatissantes que l'on m'assenait et qui résonnaient en moi comme des coups de massue. Je suis de tout coeur avec vous, docteur... Pour combien de temps ?

...

Je pense à ma vie d'autrefois, si captivante et facile qu'elle ressemble à une farce ; une vie aseptisée, chronométrée, réglée comme du papier à musique, qui commençait et se terminait tous les jours de la même façon : un baiser au réveil, un autre au retour du travail, un autre avant d'éteindre dans la chambre à coucher, avec des je t'aime au bout de chaque appel téléphoniques et à la fin de chaque SMS - bref, le bonheur ordinaire que l'on croit définitivement acquis, aussi incontestable que le fait accompli... Ah ! ce bonheur-là, la pierre philosophale, le rêve domestiqué, le paradis terrestre dont on est à la fois le dieu délétère et le démon privilégié... ce sacré bonheur qui repose sur pas grand-chose et qui, pourtant, supplante toutes les ambitions et tous les fantasmes... ce bonheur qui, en fin de compte, n'a que son illusion pour abri et que sa candeur pour alibi... Avais-je douté de sa vulnérabilité ? Pas un instant... Puis, un soir, un soir ordinaire, un soir qui ne fait que se substituer aux milliers de soirs qui l'ont précédé, tout bascule. Ce que l'on a bâti, ce que l'on comptait conquérir, pfuit ! s'évanouit d'un claquement de doigts. On s'aperçoit que l'on marchait sur un fil, en somnambule.

...

- Aucune race n'est supérieure à une autre. Depuis la préhistoire, c'est toujours le rapport de force qui décide de qui est la maître et de qui est le sujet. Aujourd'hui, la force est de mon côté. Et même si je ne suis à tes yeux qu'un taré de nègre, c'est moi qui mène la danse. Aucun savoir, aucun rang social, aucune couleur de peau ne pèse devant une vulgaire pétoire. Tu te croyais sorti de la cuisse de Jupiter ? Je vais te prouver que tu n'es qu'un avorton comme nous tous, sorti d'un trou du cul. Tes titres universitaires comme ton arrogance de Blanc n'ont pas cours là où une simple balle suffit à confisquer l'ensemble des privilèges. Tu es né en Occident ? T'as de la chance. Maintenant, tu vas renaître en Afrique et tu vas comprendre ce que ça signifie.

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- Qu'est-ce qui t'autorise à nous traiter de sauvages ? Nous aurais-tu décrochés d'une liane ou d'un baobab ? J'aimerais bien savoir ce qui fait de nous des sauvages ? La guerre ? Les vôtres sont pires que les cataclysmes. La misère ? C'est à vous que nous la devons. L'ignorance ? Qui te fais croire que tu es plus cultivé que moi ? Je suis certain d'avoir lu plus de bouquins que toute ta famille réunie, et toi en tête. Je connais à la virgule près Lermontov, Blake, Hölderlin, Byron, Rabelais, Shakespeare, Lamarck, Neruda, Goethe, Pouchkine, s'enflamme-t-il en les énumérant sur ses doigts tandis que son ton gagne en crescendo... Alors, docteur Kurt Krausmann, qu'est-ce qui fait de moi un sauvage et de toi un civilisé ?

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Après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, il se hisse sur un coude, se tourne vers moi et me montre ses dents abîmées dans un sourire aussi tragique qu'une capitulation.

- Dieu ! que ça fait du bien de s'attendrir sur son sort de temps en temps.

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- Je n'ai pas choisi la violence. C'est la violence qui m'a recruté. De mon plein gré ou à mon insu, peu importe. Chacun fait avec ce qu'il a. Je n'en veux à personne en particulier et, par conséquent, je ne vois pas comment ne pas loger tout le monde à la même enseigne. Pour moi, Blanc ou Noir, innocent ou coupable, victime ou bourreau, c'est du pareil au même. Je suis trop daltonien pour distinguer le bon grain de l'ivraie. Et puis, c'est quoi le bon grain, et c'est quoi l'ivraie ? Ce qui est bon pour les uns est mauvais pour les autres. Tout dépend de quel côté on se trouve. Nul besoin d'éprouver du regret ou du remords. Qu'est-ce que ça change lorsque le mal est fait ? Petit, j'avais peut-être un coeur, aujourd'hui il est calcifié. Quand je porte ma main à ma poitrine, je ne perçois que la colère en train de sourdre en moi. Je ne sais pas m'émouvoir puisque personne n'a eut pitié de moi. Je ne suis que le support de mon fusil, et j'ignore qui, de moi ou de mon fusil, commande l'autre.

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Comment ai-je pu croire que certaines choses étaient sans importance, qu'il m'était permis de n'en avoir cure ?... Que ne donnerais-je pour retrouver les gestes simples de tous les jours, les petits plaisirs et les petits soucis qui conféraient à mon existence un relierf singulier ? Que ne donnerais-je pour retrouver ma boîte aux lettres, les factures qui m'indisposaient, les prospectus que je balançais à la poubelle sans daigner regarder ce qu'ils contenaient ? Les esplanades me manquent, les berges du Main me manquent, le brouhaha des bistros me manque ; tout me manque : le déferlement placide des foules sur les grands boulevards, les files d'attente devant les salles de cinéma, le vendeur à la sauvette sur les places bourrées de touristes, mon cabinet, mes patients, mon voisin, le chien de mon voisin dont les jappement perturbaient mes lectures, mon canapé où reposent tant de merveilleux souvenirs, ma canette de bière transpirant de fraîcheur, mon ordinateur ouveur sur des mails en suspens, jusqu'aux spams récurrents que je n'ai jamais réussi à déjouern - enfin tous ces fragments de vie qui, emboîtés les uns aux autres, faisaient de mon existence une fête insoupçonnée... Désormais, le jour se lève par pure formalité.

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- Vous n'êtes qu'un monstre.

- C'est à votre honneur, monsieur le civilisé. Nous avons tout appris des vôtres. Et dans ce genre de pratiques, je ne pense pas que l'élève puisse surpasser le maître.

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pages 216 à 220

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La vie est une succession d'ambiguïtés et de bravades. On y apprend tous les jours, et tous les jours on efface son ardoise pour un nouvel exercice. En réalité, il n'y a pas de vérité irréfutable, il n'y a que des certitudes. Lorsque l'une s'avère être infondée, on s'en forge une autre et on s'y verrouille contre vents et marées. La survivance est un naufrage dont le salut repose sur l'entêtement et non sur la providence.

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"Pour qu'un coeur continue de battre la mesure des défis, il lui faut pomper dans l'échec la sève de sa survivance."

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"Qu'a-t-on vraiment appris de ce que nous croyons savoir ? Des habitudes ? Des automatismes ? Le travail pendant la semaine, et la trève pendant les jours de congè ? Que connaît-on des gens que nous saluons le matin et qui sortent de notre quotidien dès qu'il disparaîssent au coin de la rue ? Si vivre se limitait à exister pour soi, qu'aurais-je de plus que les arbres qui se dénudent en hiver et se couvrent au printemps tandis que je fais l'inverse ?"

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Ah ! l'Homme, ce prodige réfractaire à ses chances et fasciné par l'échafaud de ses vanités, sans cesse écartelé entre ce qu'il croit être et ce qu'il voudrait être, oubliant que la plus simple façon d'exister est de demeurer soi-même, tout simplement.

Commentaires

  • je ne lis plus cet auteur; Yasmina Khadra est un spécialiste du plagiat, le Macé-Scaron algérien

    http://www.lepost.fr/article/2010/04/12/2029721_yasmina-khadra-epingle-pour-un-nouveau-plagiat-par-karim-sarroub.html

  • je n'étais pas au courant mais disons qu'il a, en plus de son talent naturel, celui de savoir choisir ses sources ;)

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