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Peste de Chuck Palahniuk

Editions Denoël - 433 pagesculture,littérature,livre,citation,sf,etats-unis,usa

Présentation de l'éditeur : Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant ? Dans un futur où une partie de la population est " diurne " et l'autre " nocturne " selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d'une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux moeurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d'autres, le véritable Buster Casey semble, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe... Évangile subversif et grotesque où le rire donne la réplique à l'horreur, Peste décrit un monde qui marche sur la tête, où la vie est à mourir d'ennui et la mort positive et créatrice. Chuck Palahniuk explore, encore et toujours, les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d'une Amérique en mal de repères.

Ce livre m'a été prêté par un bon client de la librairie avec qui j'ai en commun une véritable passion pour John Irving. Un peu étonnée de cette recommandation, j'ai mis un temps fou à me plonger dans ce livre de l'auteur du célèbre Fight Club, peu férue du registre littéraire. Et puis, je me suis fait un peu violence et quelle surprise ! J'ai adoré.

D'abord le style est génial. Si je ne suis pas adepte de la biographie, celle-ci - aussi fictive soit-elle - est présentée sous forme de micro-interviews qui rendent le genre bien plus vivant que le schéma habituel.

Par ailleurs, je suis souvent peu séduite voire dérangée par le trop grand écart entre les mondes proposés par la fiction ou la fantasy et la réalité. Or, ici, l'on est vraiment ancré dans un monde très proche du nôtre, si ce n'est quelques détails qui passent presque inaperçus au début ou qui ne gênent pas la compréhension mais qui s'éclaircissent au fur et à mesure de la lecture.

Enfin, je me suis régalée de la documentation de l'auteur (cf extraits) qui donnent follement envie d'en savoir plus sur le manque d'éthique scientifique, particulièrement américain.

En bref, de grosses réserves a priori, une excellente expérience a posteriori. Atypique, intrigante, cynique, cette fiction vaut vraiment le détour.

Extraits :

Echo Lawrence (chauffarde) : Ecoutez, un truc que Rant disait aux gens : "Tu es un être dfférent pour chaque personne que tu rencontres." Et parfois, Rant disait : "Tu n'existes jamais que dans le regard des autres." Et si vous voulez graver une inscription sur sa tombe, sa phrase préférée était : "Ton avenir de demain ne sera pas le même que ton avenir d'hier."

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Dr Phoebe Truffeau : Alors même que le virus commence de se multiplier et de se répandre par les nerfs sensoriels et moteurs, le sujet contaminé peut ne développer aucun symptôme pendant des mois, alors qu'il abrite la maladie et contamine d'autres sujets. Ce scénario du porteur sain semble être le cas en ce qui concerne le supposé superagent contaminant Buster Casey.

Non, les épidémiologistes n'utilisent pas le terme de "sujet zéro". Tous sujets reponsables de dix contaminations ou plus sera à présent appelé superagent contaminant. Ce que Mary Mallon, "Mary Typhoïde", était à la typhoïde, ce que Gaétan Dugas était au sida, Liu Jian-lun au SRAS, Buster Casey l'est devenu pour la rage.

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Dr Phoebe Truffeau (épidémiologiste) : Il existe un précédent dans l'Histoire. En 1763, durant la guerre qui opposa les Britanniques aux Français pour la possession de territoires sur le continent nord-américain, l'immense population des indigènes américains se rangea en majorité du côté des Français. Dans un geste d'apaisement, en apparence, les Britanniques leur fournirent des couvertures utilisées précédemment dans les hôpitaux pour soigner les malades atteints de variole. Sans aucune défence naturelle contre la Variola major, d'innombrables Indiens d'Amérique moururent ainsi.

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Dr Phoebe Truffeau : En 1932, une étude gouvernementale identifiait à peu près quatre cents Afro-Américains comme porteurs de la syphilis. Plutôt que de les traiter, les responsables ont laissé l'épidémie se propager pendant quarante ans, afin d'étudier les différents schémas de contamination et d'autopsier les victimes au fur et à mesure. Connue sous le nom de "l'expérience de Tuskegee", cette étude menée par le ministère de la Santé publique américain ne prit fin qu'en 1972, quand un protagoniste, scandalisé, passa l'information au Washington Evening Star.

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Dr Phoebe Truffeau : En 1940, on inocula en secret la malaria à quatre cents prisonniers incarcérés dans la région de Chicago, pour que les officiels de la Santé publique puissent tester de nouveaux traitements contre cette maladie.

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Dr Phoebe Truffeau : Au milieu des années 60, l'anthropologiste américain James Neel inoculait aux membres de la tribu Yanomani, au Venezuela, le virus de la rougeole, sous une forme particulièrement virulente. Neel et son équipe de chercheurs, au lieu de traiter les malades, étudièrent la manière dont évoluait le mal dans la population, parmi laquelle des milliers d'individus moururent, afin de tester une théorie eugéniste controversée.

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Neddy Nelson : Savez-vous qu'avant ces abominables expérimentations à Auschwitz, le Dr Joseph Mengele était un anthropologiste extrêmement respecté ? Savez-vous que Mengele avait voyagé en Afrique pour y collecter du sang humain et des échantillons de virus ? Que le rêve de sa vie était d'identifier des facteurs prouvant qu'il existe une différence entre les races humaines ? Et ensuite, de créer un épidémie ciblée, raciale ?

Savez-vous que nombre des découvertes de Mengele sont parvenues aux Etats-Unis sous le nom "d'Opération paperclip", sur quoi la CIA a blanchi et donné une nouvelle identité aux scientifiques nazis s'ils acceptaient de poursuivre les recherches.

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Neddy Nelson : Avez-vous lu le rapport Kissinger, censé avoir été remis au Conseil national de sécurité en 1974 ? Celui dans lequel Henry Kissinger prévient que la plus grande menace pour les Américains est la surpopulation dans les pays du tiers-monde ? Qu'est-ce que ça dit, déjà ? Qu'on a besoin des ressources minérales et naturelles de l'Afrique ? Que ces républiques bananières vont bientôt se casser la figure au fur et à mesure que leur population augmente ? Que le seul moyen qu'aura l'Amérique pour assurer sa prospérité et sa stabilité sociale, ce sera de dépeupler le tiers-monde ?

Et il faudrait être surpris que le sida soit apparu vers 1975 ?

Comprenez-vous bien ce qu'implique le mot de "dépeupler" ?

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Neddy Nelson : Ca ne vous semble pas bizarre, qu'un rapport gouvernemental prône le dépeuplement de l'Afrique, et qu'en l'espace de vingt-cinq ans des générations entières soient décimées ? Ca ne vous semble pas suspect, que d'anciennes colonies européennes possédant d'immenses richesses naturelles telles que l'or et les diamants, des pays comme le Botswana, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, aient été les plus violemment touchés par l'épidémie de sida ?

Commentaires

  • J'an ai un en cours, j'arrive pas à le finir !!!

  • Faut pas insister ! ;)

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