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05/06/2011

Chronique de l'effort # 32

Ou ma vie de brocanteuse (en fait, beaucoup moins classe, de vide-grenier-euse, mais ça ne se dit pas).

L'on pourra a priori légitimement croire que je suis contaminée par le virus du commerce depuis que je suis libraire et que je poursuis donc cette activité sur mon temps libre. Il n'en est évidemment rien. J'ai besoin de thunes voilà tout.

Sauf que.

S'il fut un temps où le vide-grenier permettait de se constituer un petit complément pécuniaire tout en se débarrassant de diverses saloperies encombrantes que - chose aussi incroyable qu'incompréhensible - des personnes sont prêtes à acheter, il n'en est plus rien.

Mais commençons par le commencement.

Faire un vide-grenier n'est pas une sinécure. La béotienne que j'étais ignorait totalement qu'on ne s'improvise pas vendeur sur un vide-grenier. Déjà, il faut faire du tri chez soi. Puis faire les cartons et les valises. Et bien sûr les transporter. Mais surtout, il faut se lever à quatre heures du mat' car les emplacements sont convoités.

Une fois sur place, tu te dis que tu vas t'installer tranquillement et mourir de froid en toute discrétion dans la rue déserte d'un village dont tu ignorais l'existence jusqu'à ce jour. Que nenni ! Tu ouvres à peine ton coffre de voiture que des vautours se jettent sur ton bric-à-brac, lampe de poche en main façon flic et fouillent sans ménagement. Tu te dis qu'il s'agit du comité de surveillance qui vérifie que tu ne recèles pas d'objets volés ou de contrefaçons, mais non, il s'agit bien d'acheteurs fous prêts à acquérir la meilleure bousasse avant tout le monde. Heureusement, ces chalands, une fois le bordel foutu dans tes affaires, te disent, bourrés de savoir-vivre, qu'ils vont te laisser t'installer. De la délicatesse du client de vide-grenier... Tu te répands donc enfin sur la voie publique et tu amorces stoïquement ton décès par hypothermie.

Puis le soleil se lève enfin et le preneur se multiplie. Evidemment, en bon marchand improvisé, tu n'as absolument pas pensé à venir les poches remplies de monnaie, de fait, tu rates des ventes, faute de pouvoir rendre la différence aux possesseurs de billets. Et là, alors que le froid plus-que-matinal fait place à un soleil de plomb qui te tanne le cuir faute d'avoir prévu le parasol que de toute manière tu ne possèdes pas, tu te rends compte que les poches de tes clients ne regorgent pas que de billets et non de pièces. Elles sont également pleines d'oursins. Tu vends un beau livre d'art cinq euros ? On t'en propose un. Tu envisages de céder des baskets trois bandes neuves à dix euros ? On t'en propose un. Les gens croient-ils que c'est la foire à un euro ? Qu'à cela ne tienne, tu acceptes de te défaire de tes cd honteux de jeunesse à un euro. On t'en propose... cinquante cents !

Au final, tu plies bagages à treize heures, terrassée, obligée de remballer et déménager en sens inverse quatre-vingts pourcent des merdes que tu préfères voir encombrer ton garage plutôt que de les brader à des radins désagréables, le visage cramoisi et la bourse alourdie de pas moins de trente-huit euros cinquante.

Moralité, tu repars enrichie. De la certitude que jamais plus on ne te reprendra à faire un vide-grenier.

11:41 Écrit par charlotte sapin dans Cinéma, Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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