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18/03/2011

La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt

Editions Actes Sud - 282 pagesla grand_mère de jade.jpg

Présentation de l'éditeur : "Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune." Quand Jade, une jeune femme moderne, "enlève" sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite et fait habiter à Paris celle qui n'a jamais quitté la campagne, beaucoup de choses en sont bouleversées. A commencer par l'image que Jade avait de sa Mamoune, si bonne, si discrète... Une histoire d'amour entre deux femmes, deux générations, au dénouement troublant...

Après La vie d'une autre qui m'avait particulièrement émue, il me tardait de découvrir une second roman de Frédérique Deghelt. Les différents prix (Solidarité, Chronos, des lycéens et apprentis de Bourgogne 2010) et la sortie poche de La grand-mère de Jade ont achevé de me convaincre (puisque besoin n'était pas). Et bien il est encore plus génial que ma première approche de l'auteur. L'on y parle d'amour filial, d'amour charnel, d'amour des lettres, bref d'amour tout court sous toutes ses formes. C'est beau, c'est bien imaginé, c'est bien écrit et ça vous fout une énorme claque à la fin tant le dénouement est inattendu. Bref, c'est un roman qui mérite qu'on parle de lui mais surtout qu'on le lise. Alors voilà, j'en parle : lisez-le !

Extraits :

Et comment pourrait-elle comprendre que lire, à mon époque, c'était avant tout dépenser de la lumière, perdre son temps à ne rien faire ?

...

Ah ces romans ! Ces diableries de phrases qui vous emportent et ne vous lâchent plus ! Dès que la lecture m'a enlevée, j'ai eu besoin de conserver des mots, besoin de les recopier dans un cahier, comme si je mettais mes pas dans ceux des écrivains que j'aimais. (...) Quand j'ai rédigé mon premier cahier, je croyais que j'allais me mettre à recopier l'intégralité de certains ouvrages tant j'étais persuadée que tout y était important et se tenait d'une traite dans une écriture de lumière. Avec le temps, je suis arrivée à me modérer, à choisir l'extrait qui me disait ce que j'étais venue chercher ce jour-là. Quand il m'arrive de relire un livre quelques mois ou quelques années plus tard, ce n'est jamais la même phrase qui attire mon attention... Comme si la lecture d'autrefois était venue ce jour-là avec d'autres désirs, d'autres intentions.

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Toute révélation contient un acte d'amour mais est-ce bien ce que voit celui qui connaît désormais notre secret ?

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Tu vois, dans la vien on ne dit pas tout ce qu'on pense, on ne pense pas tout ce qu'on dit et l'on ne fait pas non plus tout ce qu'on croit.

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Elle y serait bien retournée pour y mourir aussi tant la mort de ce frère chéri lui fut insupportable. Fine mouche, sa mère l'avait rattrapée par le col de sa veste et recrutée d'office pour l'aider à accoucher une femme. Avec les yeux pleins de larmes, elle lui avait dit en lui collant le nourrisson à peine né dans les bras : La mort, c'est la vie aussi. La guerre t'a pris ton frère qui était mon seul fils. La vie est une salope qu'il faut chérir de toutes tes forces. Vis ma fille, prends le bonheur dans chaque instant et pleure les morts sans les rejoindre si ce n'est pas encore ton heure, c'est la moindre des dignités.

...

Dès l'emballage, pas de doute sur le contenu : un livre, épais. Oui, mais lequel ? me disais-je en le glissant hors du papier tandis qu'elle guettait ma réaction. Orgueil et préjugés, suivi de Raison et sentiments de Jane Austen, dans une magnifique collection en cuir. Je ne me souvenais plus d'avoir dit que j'avais envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais pas. Tu as de la chance de ne pas les avoir encore lus, m'a lancé Jade avec cette envie impossible qu'à toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu'elle a déjà aimé.

...

Vivre dans la peur, c'est vivre à moitié, prendre la rue du plus tard, c'est arriver à la place du jamais. Dire non à ses désirs profonds de vie, c'est dire oui à ses aspirations de mort. On ne regrette jamais qye ce qu'on n'a pas choisi. On regrette la chance qu'on a laissée passer...

11:44 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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