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Celles qui attendent de Fatou Diome

celles qui attendent.jpgEditions Flammarion - 327 pages

Présentation de l'éditeur : Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l'Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune étaient la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l'absence. Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoifées d'amour, d'avenir et de modernité, elles s'étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix. La vie n'attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu'on retrouve n'est pas forcément celui qu'on attendait...

La célèbre auteur du Ventre de l'Atlantique dépeint d'une façon à nulle autre pareille l'Afrique, dans sa tradition, dans son histoire et son rapport à l'Occident. Les voix de ses personnages sont profondes et résonnent longtempts tant elles sont sincères, justes.

Ici, plus qu'un portrait de la triste réalité de l'émigration de ses compatriotes (les difficultés à l'arrivée, les mensonges entretenus au retour...), c'est un véritable éloge à la femme africaine, forte et courageuse. Et résignée. Le rythme narratif est aussi lent - sans jamais être lourd - que l'attente de ces mères, ces épouses, qui s'érigent en patience incarnée. Seul l'achèvement de cette histoire nous rappelle qu'il ne s'agit que d'un roman.

Extraits :

- Attention hein ! Si tu ne sais pas qui tu es, prends-toi pour qui tu veux, mais reste humble : on ne dédaigne pas le son quand on n'a pas de mil !

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Supporter, son expérience l'avait persuadée que sa colonne vertébrale ne devait servir qu'à cela. Comment aurait-elle pu imaginer autre chose ? Supporter, sans supputer d'issue, elle ne connaissait que cela. Alors, elle courait, titubait, trébuchait, tombait, se relevait et poursuivait son chemin, sans jamais se débarrasser de son fardeau. Il y a tant d'Hercule hors de l'arène. Tous ces gens qui savent qu'ils ne seront jamais honorés pour les prouesses qu'ils accomplissent au quotidien et qui ne réclament rien, Arame étaient de ceux-là.

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L'inquiètude planait, la tristesse aussi, mais l'urgence de joindre les deux bouts maintenait le cycle habituel des activités. Le blues au fond de l'oreiller, la déprime passive, c'est un luxe offert à ceux qui peuvent compter sur leurs réserves. Les autres, qui savent leur grenier vide, n'ont pas le temps de couver leurs états d'âme sous une couette, ils les transportent au fond d'eux pour négocier les virages.

...

Quand l'hiver faisait regretter aux Sahéliens les chaudes caresses de l'harmattan, ils se regroupaient chez lui, prolongeait les séances de thé et les débat rebondissaient. "L'immigration choisie", même les analphabètes parmi eux avaient leur idée sur la question : les immigrés, cheptel de l'Occident ! disaient-ils, une idée qu'un honnête énarque ne pouvait contredire. Et quand, à la télé, les barons de l'extrême-droite éructaient, pestaient, tempêtaient, pêle-mêle contre les immigrés, les banlieues et les aides sociales supposées engraisser les étrangers, le petit groupe, qui ne comptait pas d'analyste parmi ses membres, n'était pas pour autant à court de répliques. Ils se référaient tous à leur situation réelle et à la sagesse de leur village pour évaluer leur place sur l'échiquier de l'économie mondiale.

Ces hordes d'affamés qui arrivent en rafiot, si l'Europe de Schengen, avec ses navires de guerre, ses radars et ses avions de chasse les laisse fouler son sol, c'est qu'elle en tire parti : plus ils sont nombreux, plus il est aisé de les asservir. On reconnaît la fortune du Peulh au nombre de ses bêtes. (...) Alors, quand on entend "immigration choisie", on ne peut que se demander : qui choisit qui, comment et pour quoi faire ?

Commentaires

  • Ce livre est magnifique et vous en parlez très bien.

  • Merci pour l'auteur, merci pour la blogueuse :)

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