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08/08/2010

Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra

Editions Julliard - 148 pageshirondelles kaboul.jpg

Présentation de l'éditeur : Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là un stade rempli pour des exécutions publiques. Les Taliban veillent. La joie et le rire sont devenus suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Toute fierté l'a quitté. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Quel espoir est-il permis ? Le printemps des hirondelles semble bien loin encore...

Je découvre, enfin, la plume de Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohamed Moulessehoul). Il semblerait d'ailleurs que nous soyons de nombreux lecteurs à avoir fait connaissance avec cet auteur cet été par le biais de ce titre ; merci l'opération Pocket.

C'est un livre puissant, qui nous plonge de façon quasi poétique dans un monde devenu fou. L'on suit la "normalité" quotidienne de différents Kaboulis. Le récit des événements les laisse presque passer pour anodins. Sauf que c'est l'horreur qui est évoquée. Et c'est sans doute cette narration ambivalente qui ne nous donne "que" la nausée.

Car la vérité, c'est que ce livre ne cesse de nous rappeler ce que l'on veut trop facilement oublier, qu'il est des réalités qui donnent encore et toujours envie de vomir et de pleurer sans s'arrêter. Il semble que cette évocation de la triste évidence de notre monde soit la marque de fabrique de l'auteur. C'est la raison pour laquelle, malgré son talent, je ne peux que conseiller de le lire au compte-gouttes sous peine de déprime sévère.

Ils en parlent aussi : Liyah, Mimi, Sophie...

Extrait :

- Mon épouse est malade. (...) Je l'accepte pleinement, avec une infinie dévotion, sauf que je suis seul et désemparé. Je n'ai personne pour m'assister.

- C'est pourtant simple : répudie-la.

- Elle n'a pas de famille, rétorque naïvement Atiq, loin de remarquer le mépris grandissant qui envahit le faciès de son ami visiblement horripilé de devoir s'attarder sur un sujet aussi dévalorisant. Ses parents sont morts, ses frères sont partis, chacun de son côté. Et puis, je ne peux pas lui faire ça.

- Et pourquoi pas ?

- Elle m'a sauvé la vie, rappelle-toi.

Mirza rejette le buste en arrière, comme pris au dépourvu par les arguments du gardien. Il avance les lèvres, penche la figure sur une épaule de manière à surveiller de biais son interlocuteur.

- Niaiseries ! s'écrit-t-il. Dieu seul dispose de la vie et de la mort. Tu as été blessé en combattant pour Sa gloire. Comme il ne pouvait pas envoyer Gabriel à ton secours, il a mis cette femme sur ton chemin. Elle t'a soigné par la volonté de Dieu. Elle n'a fait que se soumettre à Sa volonté. Toi, tu as fait cent fois plus pour elle : tu l'as épousée. Que pouvait-elle espérer de plus, elle, de trois ans ton aînée, à l'époque vieille fille sans enthousiasme et sans attrait ? Y a-t-il générosité plus grande, pour une femme, que de lui offrir un toit, une protection, un honneur et un nom ? Tu ne lui dois rien. C'est à elle de s'incliner devant ton geste, Atiq, de baiser un à un tes orteils chaque fois que tu te déchausses. Elle ne signifie pas grand chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n'est qu'une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu.

Soudain, il fronce les sourcils :

- Serais-tu fou au point de l'aimer ?

- Nous vivons ensemble depuis une vingtaine d'années. Ce n'est pas négligeable.

Mirza est scandalisé, mais il prend sur lui et essaye de ne pas brusquer son ami d'enfance.

- Je vis avec quatre femmes, mon pauvre Atiq. La première, je l'ai épousée il y a vingt-cinq ans ; la dernière il y a neuf mois. Pour l'une comme pour l'autre, je n'éprouve que méfiance car, à aucun moment, je n'ai eu l'impression de comprendre comment ça fonctionne, dans leur tête. Je suis persuadé que je ne saisirai jamais tout à fait la pensée des femmes. A croire que leur réflexion tourne dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. Que tu vives un an ou un siècle avec une concubine, une mère ou ta propre fille, tu auras toujours le sentiment d'un vide, comme un fossé sournois qui t'isoles progressivement pour mieux t'exposer aux aléas de ton inadvertance. Avec ces créatures viscéralement hypocrites et imprévisibles, plus tu crois les apprivoiser et moins tu as de chances de surmonter leurs maléfices. Tu réchaufferais une vipère contre ton sein que ça ne t'immuniserait pas contre leur venin.

13:30 Écrit par charlotte sapin dans Culture, Littérature algérienne, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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