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Le livre de Joe de Jonathan Tropper

livre de joe.jpgEditions Fleuve Noir - 412 pages

Présentation de l'éditeur : A première vue, Joe Goffman a tout pour lui : un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du Connecticut, ce best-seller ridiculise les moeurs provinciales des ses ex-contitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d'esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d'urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu'il croyait enfouis à jamais. Face à l'hostilité d'une ville entière, rattrapé par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place...

Je me suis poilée, j'ai versé ma larmichette, j'ai été tenue en haleine par le suspens. Inutile de chercher telle sensation dans un bouquin, telle autre dans le suivant, toutes les émotions sont réunies dans celui-ci. Ce livre est tellement génial que je me suis précipitée pour acheter un autre livre de cet auteur que je découvre pour m'assurer que, digne d'un John Irving, il a le succès régulier.

L'écriture alterne la narration du héros dans son présent et celle de son passé à travers les pages de son succès littéraire qui a déclenché la rancune de sa famille, de ses anciens amis, voisins, professeurs, etc., pour ne pas dire la haine. L'on découvre ainsi progressivement le pourquoi de ce livre qui est le pourquoi de cette rancoeur.

Validation plus plus plus pour cet opus, consécration lors de la prochaine critique dédiée à cet écrivain.

Extraits :

Le temps ne guérit pas tant les blessures qu'il se contente de les enfouir au plus profond de votre cerveau, où elles restent tapies en attendant de vous piéger lorsque vous vous y attendez le moins. (...) A ceux qui veulent toujours savoir à quoi l'on reconnaît le véritable amour, voilà la réponse : c'est lorsque ni la douleur ni les blessures ne s'effacent, et qu'il est déjà trop tard.

Les larmes menacent de me submerger à nouveau. Je décide de faire le vide dans mon esprit et de respirer à fond. J'ai soudain la tête qui tourne, conséquence de ma crise de panique, et j'appuie mon front contre le cuir douillet du volant en fermant les paupières. La solitude est une chose qui n'existe à aucun niveau de la conscience. C'est le plus souvent un battement sourd, à peine perceptible, comme le ronron d'un moteur de Mercedes arrêtée sur le bas-côté. Mais lorsque les vicissitudes de la route l'appellent, une accélération brutale transforme le bourdonnement en un rugissement tonitruant, viscéral, et l'on se souvient alors de ce que la bête avait sous le capot.

...

"Il n'a rien à faire dehors à traîner comme ça, dit-elle en fronçant les sourcils.

- Il voulait juste prendre un peu l'air.

- Prendre l'air, répète-t-elle avec mépris. (Elle remarque le livre que je tiens à la main.) Alors comme ça, vous êtes un écrivain célèbre, maintenant, ajoute-t-elle sur le même ton que si elle avait déclaré : Alors comme ça, vous êtes un pédophile notoire.

- Il faut croire.

- En tout cas, crache-t-elle avec dédain, vous ne me ferez jamais lire un torchon pareil.

- Comment pouvez-vous savoir que c'est un torchon si vous ne l'avez pas lu ?

- J'en ai entendu parler, répond-elle d'un ton solennel. Et croyez-moi, c'est déjà bien assez.

- Bien, conclus-je en reposant le livre à sa place et en me dirigeant vers la porte. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps."

Je descends l'escalier, notant au passage le crucifix et autres bondieuseries assorties qui recouvrent la moindre parcelle de mur. La mère de Wayne m'emboîte le pas en marmonnant dans sa barbe. Arrivée à la porte d'entrée, je l'entends qui appelle mon nom à voix basse.

"Oui ? dis-je.

- Je prie pour votre père, me glisse-t-elle.

- Et pour votre fils ?"

Son visage s'assombrit, elle lève les yeux vers le ciel.

"Je prie pour le salut de son âme.

- Il n'est pas encore mort, répliqué-je. Il aurait peut-être besoin d'un peu moins de prières et d'un peu plus de compassion.

- Il a offensé le Seigneur. Il en paie le prix.

- Et je suis sûr que la Bible applaudit à deux mains la femme qui prive son enfant mourant de l'amour d'une mère."

Elle me foudroie du regard, avec cette lueur de défiance et de droiture des dévots à la piété dogmatique.

"Quand avez-vous lu la Bible pour la dernière fois, Joe ?

- Vous ne me ferez jamais lire un torchon pareil, dis-je. J'en ai entendu parler, et croyez-moi, c'est déjà bien assez."

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