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11/03/2010

La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

vie d'une autre.jpgEditions Actes Sud - 252 pages

Quatrième de couv' :  Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre pour le beau Pablo, nuit d'amour et le lendemain... Elle se réveille à ses côtés, douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants, sans un seul souvenir de ces années écoulées. Comment faire pour donner le change à son entourage ? Et comment retrouver sa propre vie ? C'est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a écrit ce roman sur l'amour et le temps qui passe, sur les rêves de jeunes filles confrontés au quoitidien et à la force des choix qui déterminent l'existence.

Après Bonne à tout faire, Brel par Leloir, Tant que je serai noire, Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates et Les rois du crimes, Babelio m'a permis de me plonger dans le Prix des lecteurs sélection 2010. Décidément, j'ai du bol, je pourrais être obligée de me colter un gros navet - auquel cas, si je n'avais pas la manie de toujours laisser sa chance au produit jusqu'au dernier mot, je pourrais tout à fait m'arrêter au bout de quelques pages en déclarant "illisible" - mais non. Une fois encore, l'attribution semi-aléatoire m'a gâtée.

Derrière une simple histoire d'amnésie, c'est toute une réflexion sur l'amour, l'amitié, la vie qui est menée avec brio jusqu'au final. De quoi remettre en perspective le "travail de mémoire". C'est très agréablement écrit et le suspens, sans être insoutenable, oblige le lecteur à ne pas lâcher facilement son livre.

Extraits :

"Et alors, qu'est-ce que tu deviens ?" Une question qui m'a toujours donné envie de répondre : "Rien." Est-ce qu'il faut vraiment devenir quelque chose ou quelqu'un aux yeux de celui qui vous signifie ouvertement une sorte de mépris anticipé ? Ou simplement la question exprime-t-elle qu'il n'y a pas d'écoulement du temps sans devenir, pas de possibles retrouvailles sans évolution ?

...

Mais aujourd'hui, je ne sais plus où est l'amour. Est-ce que j'aime Pablo ? Ai-je cessé de l'aimer ? Ai-je voulu oublier que je ne l'aimais plus ou ai-je voulu l'oublier pour l'aimer à nouveau ?

...

Avant, il ya a douze ans ou quatre semaines, je n'étais pas un modèle de fidélité. Je pensais l'amour en termes de plaisir. Je n'avais aucun esprit de vengeance, aucune ardeur pour combler les manques de l'un avec la nouveauté de l'autre. Je regardais avec consternation le cirque des petits couples qui m'entouraient. J'avertissais mes amants : J'ai besoin de liberté. Je ne comble jamais les vides, j'accumule le bonheur. L'autre n'a rien que vous n'avez pas. Il est juste un autre, et en cela, il est irremplaçable. En face, c'était l'incrédulité ! Le principe affirmé de la jouissance à deux et sans la contrainte de l'exclusivité n'est pas facile à assumer pour une femme. Tout de suite, on me reprochait de fonctionner comme un homme, ce qui est un comble ! une hérésie totale !

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Vous connaissez sûrement l'histoire extrêment bourgeoise que l'on raconte sur la longévité des couples : c'est un petit vieux et une petite vieille de quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-huit ans qui demandent le divorce. Et l'avocat étonné leur demande : " Pourquoi divorcer après tant d'années de vie commune ?" Le plus sérieusement du monde, ils répondent : " On attendaient que les enfants soient morts." C'est terrible, dis-je tout en riant. Oui, c'est effectivement ce qu'on pense quand on nous la raconte. Et elle fait plus ou moins rire selon les personnes. Mais notez tout ce qu'il y a d'espoir sur la vie qui reste. Et c'est cela, Marie, que dit cette histoire plus philosophique qu'il n'y paraît : à tout âge, quelles que soient les convenances stupides d'un environnement ou d'une morale, on a encore droit au bonheur quand on s'est trompé.

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Quand nous ne pouvons plus rien maîtriser des sentiments, des émotions qui nous arrivent, quand des forces extérieurs rencontrent nos gouffres intérieurs, nous mourrons ou nous devenons fous. Votre personnage et moi n'avons pas su choisir. Nous avons suicidé l'intérieur et, vus de l'extérieur, nous sommes fous...

...

J'ouvre une année puis une autre, je parcours, je vais en diagonale ! A la fin de l'après-midi, j'ai retenu des perturbations du monde la guerre du Golfe, la guerre en Bosnie, le deux cent millième épisodes des conflits israëlo-palestiniens, une impressionnante avancée du sida, la chute du mur de Berlin, la mort du communisme, la France titulaire de la Coupe du monde de football, des guerres un peu partout, ethniques, affreuses... Et toutes les informations qui me semblent minimisées mais vont sans doute marquer les années à venir : le réchauffement de la planète, la percée de la couche d'ozone et la folie humaine de vouloir tout fabriquer, même ce qui est vivant ! Bref, le coup de théâtre du siècle n'a pas eu lieu pendant que je "dormais". Mais tout prendre ainsi en pleine face en un seul après-midi me cloue de peur. J'avais raison de ne pas me pencher sur tout ça. Ce n'est que du passé... A un détail près. Mes enfants vont vivre dans ce monde-là et le recul que me donne cette froide découverte est bien plus effrayant que les événements vécus au jour le jour. En sortant de la bibliothèque ce soir-là, je regarde autour de moi et il me semble voir le monde en sursis...

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"Les gens qui ne pleurent jamais sont pleins de larmes. Mais les gens qui ne rient jamais ne sont pas pleins de rires, ça se saurait !"

22:05 Écrit par charlotte sapin dans Blog, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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