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A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie d'Hervé Guibert

Editions Gallimard - 284 pagesguibert.jpg

Quatrième de couv' : J'ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. De même que je n'avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d'une main, que j'étais condamné, je n'avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j'allais m'en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable.

Quel étrange approche nous offre cet auteur, mort en 1991 et emportant avec lui une esthétique tant rédactionnelle que physique fort regrettable, sur ce fléau si moche qui trouve majoritairement sa source dans un acte si beau... Impénétrable...

Le style très particulier qui témoigne d'une indiscutable plume est parfois un peu fastidieux, faute de ponctutation, notamment au début. Comme pour donner la sensation que sous cette épée de Damoclès, il faut saisir chaque seconde qui passe et ne jamais se taire avant d'être terrassé. Et puis, au fur et à mesure de l'implacable installation de la maladie, les phrases - quoique que toujours longues - se raccourcissent ; les points se font de plus en plus fréquents, quasi elliptiques, jusqu'au Final.

Quelque trente années et des milliers de morts après l'apparition et la découverte de cette pandémie, les trop rares progrès de la science ne le sont que pour les plus chanceux, si l'on puit dire. Est-il réellement possible, à l'heure des avancées fantastiques, qu'aucun traitement curatif n'ait été élaboré ? Ou la dissimulation du remède à cette épidémie est-elle la "solution finale" des funestes décideurs d'aujourd'hui d'un point de vue économique et démographique alors que notre pauvre planète s'essoufle, malmenée par un trop grand nombre d'individus ?

Plusieurs questions, une seule réponse : sortez couverts ! N'en déplaise à Vatican...

Extrait :

(...) toutefois je restais le plus hésitant sur cette démarche, non que je n'avais pas une confiance absolue en Bill, que je craignais de voir bouleversé par un nouveau pacte avec le sort cet état progressif, plutôt apaisant en définitive, de mort inéluctable. Jules, à un moment où il ne croyait pas que nous étions infectés, m'avait dit que le sida était une maladie merveilleuse. Et c'est vrai que je découvrais quelque chose de suave et d'ébloui dans son atrocité, c'était certes une maladie inexorable, mais elle n'était pas foudroyante, c'était une maladie à paliers, un très long escalier qui menait assurément à la mort mais dont chaque marche représentait un apprentissage sans pareil, c'était une maladie qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre, le temps de découvrir le temps et de découvrir enfin la vie, c'était en quelque sorte une géniale invention moderne que nous avait transmis ces singes verts d'Afrique. Et le malheur, une fois qu'on était plongé dedans, était beaucoup plus vivable que son pressentiment, beaucoup moins cruel en définitive que ce qu'on aurait cru. Si la vie n'était que le pressentiment de la mort, en nous torturant sans relâche quant à l'incertitude de son échéance, le sida, en fixant un terme certifié à notre vie, six ans de séropositivité, plus deux ans dans le meilleur des cas avec l'AZT ou quelques mois sans, faisait de nous des hommes pleinement conscients de leur vie, nous délivrait de notre ignorance. Si Bill, avec son vaccin, remettait en cause ma condamnation, il me replongerait dans mon état d'ignorance antérieur. Le sida m'avait permis de faire un bond formidable dans ma vie.

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