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23.06.2009
Un Américain bien tranquille de Graham Greene
Editions 10/18 - 254 pages
Quatrième de couv' : Graham Greene n'est pas seulement le grand écrivain catholique consacré par le succès de son fameux roman La Puissance et la Gloire. Entré par effraction dans le royaume de la Grâce (selon le mot de François Mauriac), cet ancien membre du Foreign Office a su, même au travers des divertissements que sont des livres comme Notre agent à La Havane et Un Américain bien tranquille, dénoncer la guerre, les dictatures et ce vice suprême : l'imbécillité. Voilà pourquoi Graham Greene compte, avec George Orwell et Evelyn Waugh, parmi les géants de la littérature anglaise du XXe siècle.
Ma première approche d'avec Graham Greene, au travers du roman La fin d'une liaison, ne fut pas à proprement parler convaincante. Mais étant de ceux sachant donner sa chance au produit - et surtout, étant en possession de deux autres romans de l'auteur -, j'ai décidé de retenter l'expérience ; quelque trois années plus tard.
Si l'enthousiasme survolté n'est toujours pas au rendez-vous, la déception ne l'est pas davantage. Comme pour La fin d'une liaison, l'on n'est pas transporté et pour autant, impossible de se défaire de l'ouvrage. Pour ces deux oeuvres, j'éprouve la sensation étrange à la fois qu'il manque quelque chose et à la fois qu'ils renferment quelque chose en plus, qui fait de Greene un auteur incontournable.
Comme lors de l'expérience précédente, l'amour est très présent dans ce livre. Il est traité ici au coeur d'un trio amoureux sur fond de guerre coloniale (Vietnam). L'opposition des mondes, des hommes entres eux, l'opposition de l'homme et de la femme, des jeunes et des vieux... Introspection et désillusion semblent être les maîtres de mot de l'oeuvre singulière mais pas anodine de Greene.
Adaptation cinématographique réalisée par Phillip Noyce, avec Michaël Cayne, Brendan Fraser, Do Thi Hai Yen...
Extraits :
Une occasion de me faire tuer ? Pourquoi aurais-je envie de mourir puisque Phuong dormait à mes côtés toutes les nuits ? Mais je connaissais la réponse à cette question. Depuis mon enfance, je n'ai jamais cru à la permanence et pourtant je n'ai jamais cessé d'y aspirer. J'avais toujours peur de perdre mon bonheur. Ce mois-ci, l'année prochaine, Phuong me quitterait. Si ce n'était pas l'année prochaine, ce serait dans trois ans. La mort était la seule valeur absolue de mon univers. Quand on a perdu la vie, on ne peut plus rien perdre à jamais. J'enviais ceux qui peuvent croie en un Dieu et ils m'inspiraient de la méfiance. J'avais le sentiment qu'ils entretenaient leur courage à l'aide d'une fable concernant l'immuable et le permanent. La mort est beaucoup plus indéniable que Dieu, et avec la mort disparaît la possibilité quotidienne de voir mourir l'amour. Le cauchemar d'un avenir d'ennui et d'indifférence se dissipe.
...
(...) ; nous ne tenions pas à ce qu'on nous rappelât que nous sommes si peu de chose et combien la mort vient vite, simplement, anonymement. Quoique ma raison aspirât à la mort, en tant qu'état, j'en avait peur comme une vierge redoute l'acte sexuel. Je souhaitais être averti d'avance de l'approche de la mort, afin d'avoir le temps de me préparer. Me préparer à quoi ? Je ne le savais pas, je ne savais pas non plus comment me préparer, en dehors d'un examen rapide de ce que j'allais quitter.
...
Le temps prend sa revanche, mais les revanches sentent bien souvent l'aigre : ne ferions-nous pas mieux, les uns et les autres, de renoncer à comprendre, d'accepter le fait qu'aucun être humain n'en comprendra jamais un autre, la femme son mari, l'amant sa maîtresse, les parents leurs enfants ? Peut-être est-ce pour cela que les hommes ont inventé Dieu... un être capable de comprendre.
...
J'étais destiné à revoir fréquemment cet air de souffrance déçue passer dans ses yeux et sur sa bouche quand la réalité ne correspondait pas aux idées romanesques qu'il nourrissait, ou quand un être qu'il aimait ou admirait n'atteignait pas l'impossible niveau idéal qu'il lui avait fixé.
09:36 Publié dans Citation, Culture, Littérature anglaise, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, littérature, livre, citation, cinéma, angleterre, roman







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