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  • Sur la route de Jack Kerouac

    kerouac.jpgEditions Gallimard - 437 pages

    Quatrième de couv' : Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j'aurais avec lui, j'allais entendre l'appel d'une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d'hôpital, qu'est-ce que cela pouvait me foutre ?... Quelque part, sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.

    En bref, c'est l'histoire d'allers et de retours incessants d'Est en Ouest américain puis du Nord au Sud, direction le Mexique. Absolument déconseillé donc aux férus d'action allergiques aux descriptions qui ne sauraient apprécier les nombreux tableaux de l'immense territoire arpenté, aussi différents, interminables et parfois monotones que le sont les axes routiers américains.

    Je ne saurais dire dans quelle mesure ce roman est autobiographique, mais si l'on considère que le chef de file de la Beat Generation, vivant avec sa mère, est décédé en 1969 à l'âge de quarante-sept ans, miné par la solitude et l'alcool, l'on peut penser que l'émancipation conventionnelle, le rejet révolté de l'Amérique conformiste et bien-pensante, la poursuite de la liberté semblent brûler les ailes... Mais n'est-il pas dit dans Et au milieu coule une rivière : "brûlons la chandelle par les deux bouts ; elle peut bien fondre et brûler vite, pourvu qu'elle éclaire bien" ? Et entre des études à Columbia, une expérience de marin durant la Seconde Guerre mondiale, une vie de bohème à Greenwich Village, des nuits sans sommeil, les drogues et l'alcool, le sexe, les délires poétiques et jazz bop ou cool, les vagabondages sans argent à travers les Etats-Unis et jusqu'à Mexico, la vie collective trépidante ou la quête solitaire au lisières de la folie ou de la sagesse, l'on peut dire que la chandelle de Kerouac a brûlé bien plus intensément que bon nombre de celles d'aspirants centenaires.

    Captivée par ce récit, je n'en reste pas moins quelque peu sur ma fin. Mais finalement, n'est-ce pas exactement cela, la poursuite de la différence, de l'intensité, de la liberté ?

  • Le temps de chien de Manu Larcenet

    Une aventure rocambolesque de Sigmund Freudlarcenet.jpg

    Editions Dargaud - 48 pages

    Présentation de l'éditeur : Une page mal connue de la vie de Sigmund Freud. Celle où en compagnie de son fidèle assistant, le fondateur de la psychanalyse visita le Far West et aida, après moult péripéties, un chien, en quête de son âme, à accomplir la totalité de son destin.

    Quand on a lu de Larcenet la série Le retour à la terre et plus encore celle intitulée Le combat ordinaire, l'on peut légitimement supposer de l'intérêt de l'auteur pour les sciences de l'esprit. Quand à cela s'ajoute la faculté de l'écrivain-dessinateur, que dis-je, le talent de ne rien prendre au sérieux car tout est grave, l'on en arrive tout naturellement à cette aventure rocambolesque du Dr Freud.

    L'un est peut-être arrivé, d'un point de vue de la création, avant les autres mais qu'importe. Je ne me situe pas en historienne de la bande dessinée pas plus qu'en biographe de Larcenet mais du point de vue du fil de mes lectures au gré de mes découvertes.

    Naturel donc de se pencher sur la vie de l'éminence, version délirante d'un patient qu'elle aurait à n'en pas douter adorer psychanaliser. Résumé.

    Las des "vieilles peaux viennoises hystériques", le pionnier de la psychanalyse décide de partir à la conquête de l'Amérique, "un continent presque neuf à psychanalyser", qu'il ambitionne de sortir de la barbarie. Accompagné de son fidèle second Igor, tel Watson pour Holmes ou Panza pour Quichotte, ils découvrent le pays des garçons vachers : un wild wild west remplis de bourreaux dangereux et de victimes résignées, où les chiens parlent et sont à la recherche du chaman qui pourra les doter d'une âme...

    Cette étonnante approche au soixante-douzième degré, potentiellement critique de l'analyse ou encore du système américain, est avant tout follement drôle, franchement divertissante et bigrement pertinente. Comme à son habitude, Larcenet parvient à combiner les high level graphique et rédactionnel. Respect.

  • Mansfield Park de Jane Austen

    mansfield park.jpgEditions 10/18 - 510 pages

    Quatrième de couv' : "On ne sait pratiquemment rien d'elle, sinon quelques dates et les lieux où elle a vécu. Son iconographie est réduite à un portrait que fit d'elle sa soeur. Jane Austen (1775-1817) serait tombée dans l'oubli le plus total, n'étaient les six romans qu'elle écrivit, et qui sont parmi les plus étonnants du domaine romanesque anglais... Il ne s'y passe littéralement rien. Ils racontent principalement les rapports qui se tissent entre des demoiselles à marier et des épouseurs en puissance. Ils sont faits de dialogues et d'évocations brèves : mondanités, jardins, maisons de campagne, voilà pour le cadre. La cérémonie du thé, la préparation et le déroulement des bals, voilà pour les événements majeurs. Et pourtant, avec une matière d'une apparence si mince, Jane Austen a fasciné des lecteurs de la qualité de Virginia Woolf et Henry James et continue de fasciner un public important." Hubert Juin, Le Monde

    Rares sont les jaquettes pertinentes à mon goût, mais s'il en est une incarnant la justesse, elle est bien celle-ci. Tout est dit.

    D'Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments et Lady Susan, Mansfield Park est sans doute mon préféré.

    Ce qui me désespère : il ne me reste plus que Juvenilia et autres textes et Persuasion de cette auteur qui compte parmi mes favoris. Ce qui me réjouit : j'adore relire et la plupart sont des pavés.

    Et puis, je pourrais toujours me rabattre sur Un portrait de Jane Austen de David Cecil, Le club Jane Austen de Karen-Joy Fowler, Jane Austen, passions discrètes de Tomalin ou encore Jane Austen et moi de Emma Campbell Webster et Pénélope Bagieu.

  • Rats et chiens de Conrad Botes

    Editions Cornélius - 72  pagesbotes.jpg

    Présentation de l'éditeur : Né dans une Afrique du Sud livrée aux délires ségrégationnistes de l'apartheid, dans un territoire entièrement dominé par le national-christianisme alors en vigueur, Conrad Botes s'est retrouvé, comme bon nombre de ses compatriotes, à devoir se débrouiller d'un pays schizophrène où s'affrontaient deux peuples, deux cultures, deux histoires, où la violence et l'oppression faisaient partie intégrante du quotidien. Refusant d'être le complice des bourreaux de circonstances, refusant tout autant de devenir l'otage des bonnes consciences tardives, de porter son choix sur Caïn ou Abel, Conrad Botes réclame avant tout le droit, non à la différence, mais à l'indifférence. Alors même que ses compatriotes préfèrent la culpabilité au désespoir, il se moque de l'idée d'un métissage rédempteur, d'une fraternité utopique et s'attache à dépeindre sans humeur les blessures et la mauvaise conscience qui dévore encore les âmes de son pays natal. Le Verbe s'est fait chair, mais aussi merde. Dans le charnier qu'est la vie, Botes n'oublie pas surtout que le mot "rat" est l'anagramme du mot "art". Son petit théâtre médico-légal taille dans le vif et met à jour la cruauté tapie au cœur de la culture, comme au sein de la nature. Dans son travail de peintre comme dans ses bandes dessinées s'invente donc un nouveau pop-art qui entretisse des lignes entre Goya et Disney, Borges et Hergé, Warhol et Posada, les comics et le vaudou, et retrouve la poésie surréaliste du livre de l'apocalypse. Dieu est haine, Dieu est meurtre, Dieu est vengeance. Pourtant, l'homme l'a bel et bien fabriqué à son image, alors pleurer ne sert à rien. Très loin de la vulgarité de la mauvaise conscience et de la pitié, Conrad Botes nous apprend en effet à rire de la mort et à répondre à son rictus osseux par notre plus beau sourire dentu.

    Angoulême ayant mis cette année la bd sud-africaine à l'honneur, tout le monde en a parlé et a décrété que c'était génial puisque l'élite en avait décidé ainsi.

    Sauf que.

    L'élite peut se tromper.

    Et si Conrad Botes a été encensé par tous ceux qui souhaitaient se mettre du côté des décideurs de tendances, j'ai quand même réussi à trouver une critique objective disant ce qui est : Rats et chiens de Conrad Botes, c'est à chier ! Le graphisme écorche la rétine et les scénarios (puisque tel est le pluriel préconisé par l'Académie française et non celui de scenarii), quand ils ne sont pas incompréhensibles, sont inintéressants mais surtout, dépourvus de tous les messages politico-existentialistes prêtés à l'auteur.

    A éviter absolument !

  • Chronique familiale #2

    Et puis des fois, tu te dis que c'est pas possible, que tu as été adoptée.

    Non parce que quand tu célèbres ta première année de professionnelle sobriété et te vois piteusement intronisée chômeuse longue durée - un 1er avril, c'est bien plus cocasse !

    Qu'à huit jours de cette peu reluisante commémoration, tu te dois de remettre les "réjouissances" pour "célébrer" le jour de ta naissance, placé cette année sous le funeste signe du changement fatidique de dizaine.

    Qu'il se trouve qu'accessoirement cet anniversaire est concomitant à celui de ta maman - ce qui, accessoirement bis repetita, fait de toi le définitivement plus beau cadeau de circonstance et ça, tout le monde peut pas en dire autant.

    Que ta maman parce que c'est une maman "t'interdit formellement" de lui offrir d'autre présent que ta présence - sponsorisée par elle-même (et la Seuneuceufeu) - parce qu'elle "exige" que tu gardes les sous que tu n'as pas, "et pis que toute façon, elle n'ouvrira aucun paquet des fois que tu t'entêtes".

    Que pile-poilement, tu avais été contactée précédemment par le gentil William de l'agence Wellcom qui, si tu consultes la rubrique Clients actifs du site, travaille pour BoD (Books on Demand), leader européen du marché de la publication numérique de livres proposant aux auteurs, aux éditeurs et à d'autres professionnels des prestations de publication, d'impression et de distribution.

    Que cet éditeur online basé en Allemagne souhaite développer son marché en France, que, pour se faire, il a confié son budget à l'agence précédemment évoquée et que dans ce cadre, le gentil William doit convaincre des personnes de se faire publier, de préférences des personnes pouvant relayer à moindre coût le concept et donc des blogueurs.

    Et que grâce aux heureux hasards de la prospection du gentil William, le blogueur, c'était moi.

    J'ai pu recevoir quelques tirages de mon livre, juste à temps pour les festivités et n'avoir pas les mains vides pour ma M'man adorée.

    Sauf que là. Là ! LÀ !

    J'insiste sur l'adverbe de lieu parce que c'est le moment crucial. D'ailleurs, c'est étonnant non, que le langage commun ait une fois de plus assimilé une aberration, bien qu'il soit vrai qu'il n'est plus tout à fait à un galvaudage près ?! Non parce que quand on dit "là" dans ce sens-là, en vérité vraie, l'on souhaite exprimer l'idée d'un moment précis. Lors donc, pourquoi un adverbe de lieu et pas une locution de temps, palsembleu ? Mais je digresse...

    Là, donc.

    Et bien, c'est "à cet instant précis" de l'histoire que je m'interroge sur mes liens de sang - puisque telle était la lointaine introduction.

    Parce que quand tu arrives dans ton fond de province de faits divers (Emile Louis, Docteur Petiot, Michel Fourniret et les autres) avec dans ta valise le cadeau inespéré en lieu et place du nouillesque collier.

    Qu'avant de festoyer - modérément si besoin est de le rappeler puisqu'il s'agit de la célébration d'un cap générationnel... -, tu passes rendre visite à la fratrie.

    Que tu constates chez cette fratrie une certaine solidarité matérialisée par le manifeste achat de ton bouquin.

    Que la fratie t'interroge sur le présent que tu as destiné à ta chère mère.

    Que tu réponds qu'attendu que tu as reçu des consignes strictes d'économie, tu as, d'une façon moins narcissique qu'obéissante, décidé d'offrir ton recueil avec une mièvre dédicace d'une fifille à sa manman.

    Que la fratrie soupire d'une mine contrite en te disant que, ah, merde, elle avait eu la même idée, que bon, elle va changer.

    Qu'a priori tu vis dans le même monde que ta fratrie, que de surcroît tu as reçu la même éducation, que de fait tu trouves complètement hallucinant qu'il puisse être envisagé que ce ne soit pas toi-même qui offre ton propre livre à ta maternelle, mais que tu ne trouves rien à dire, sauf limite t'excuser de causer des désagréments de dernière minute, parce que manifestement ton interlocuteur ne mesure aucunement son toupet.

    Ben tu te dis que t'as pas les mêmes gènes.