17.03.2009

Les Contes de Beedle le Barde de J.K. Rowling

Editions Gallimard - 128 pagesbeedle.jpg

Quatrième de couv' : Les Contes de Beedle le Barde sont les cinq contes de fées qui bercent l'enfance des jeunes sorciers. Chacun de ces contes a sa magie particulière qui enchantera les lecteurs et les fera tour à tour rire ou frissonner. Les commentaires passionnants et malicieux du professeur Albus Dumbledore qui accompagnent chaque récit seront appréciés des sorciers comme des Moldus. Le professeur y donne de nombreuses clefs et dévoile, par la même occasion, maint détail de la vie de Poudlard. Un ouvrage magique à garder comme un trésor, enrichi des illustrations originales de J.K. Rowling.

Au commencement, un plaisir, celui de retrouver la plume de J.K. Rowling sur le thème apprécié du monde d'Harry Potter, et une bonne action, celle de faire l'acquisition d'un livre dont les recettes servent à soutenir le Children's High Level Group (health, education, welfare).

A l'arrivée, une déception. Une déception pour qui connaît la plume de l'auteur et ne peut manquer de remarquer le manque de précision, le caractère peu fouillé des explications des contes. J.K. Rowling nous avait habitués à plus de minutie et nous prouve ainsi, si besoin l'était encore, que le charity business reste plus que jamais un business avant d'être une véritable oeuvre de charité.

L'univers HP reste au demeurant plaisant et les inconditionnels passeront facilement outre le caractère bâclé de l'ouvrage pour compléter la collection et se replonger dans la fantasmagorie l'espace d'un instant.

Vacance de Cati Baur

vacance.jpgEditions Delcourt - 119 pages

Quatrième de couv' : "J'étais comme un enfant qui démonte soigneusement son jouet préféré, avec la conscience aiguë que jamais il ne pourra le reconstruire. Il fallait que j'aille jusqu'au bout pour me libérer de ma peur de les perdre."

La seule couverture pourrait laisser penser que la brunette, héroïne de l'histoire, va nous livrer un carnet de bord de ses derniers congés. Mais s'il s'agit bien de la narration d'une relâche, c'est celle d'une mère-épouse-institutrice qui, lasse de sa vie, décide de laisser son poste vacant. C'est donc sur une autoroute, sur le chemin du retour de vacances d'hiver, que Marie quitte sur un coup de tête époux et enfant.

Car qui ne s'est jamais dit : "c'est maintenant ou jamais" ? Qui n'a jamais ressenti l'envie de tout plaquer, de changer de vie ? Qui n'a jamais rêvé de vivre au jour le jour, sans compter, sans se soucier de rien ni de personne ?

Mais la dolce vita l'est-elle durablement ? Regrette-t-on forcément sa vie passée ? Faut-il nécessairement perdre ce que l'on aime pour l'apprécier à sa juste valeur ?

Ce road movie au graphisme très appréciable nous apporte quelques éléments de réponse qui, à n'en pas douter, tenteront les plus téméraires et refroidiront les plus raisonnables.

A lire absolument !

10.03.2009

Le pays des trois sourires de Lewis Trondheim

Editions L'Association - 34 pages

pays des trois sourires.jpg

Résumé : Parce que d'incessants séismes détruisent progressivement la planète, Maki le gentil naïf est chargé de partir à la recherche de Dieu. Il est accompagné dans sa quête par Sekelle, l'égoïste cynique. Le trouveront-ils ? Sous quelle forme ? Et sera-t-il ce Tout-Puissant que d'aucuns se plaisent à imaginer et qui pourra sauver le monde ?

Dans cet univers parallèle qui pourtant recoupe plus qu'on ne le pense le nôtre, la terre est plate. Comment pourrait-il en être autrement puisque rien ne tourne rond ?

Après le très introspectif Moins d'un quart de seconde pour vivre, Trondheim nous propose avec Le pays des trois sourires une métaphore de l'humanité pour le moins désenchantée. Individualisme, lâcheté, méchanceté gratuite, injustice et remise en question de toute Supériorité supposée sont au programme de ces cent strips en noir et blanc ne formant qu'une histoire et mêlant savamment loufoquerie et questions existentielles. Quand l'ontologie et la métaphysique rencontrent un graphisme très enfantin, le rapport de l'homme au monde semble moins noir.

Et pourtant...

09.03.2009

Lady Susan de Jane Austen

lady susan.jpgEditions Gallimard - 116 pages

Quatième de couv' : Une veuve spirituelle et jolie, mais sans un sou, trouve refuge chez son beau-frère, un riche banquier. Est-elle dénuée de scrupules, prête à tout pour faire un beau mariage, ou juste une coquette qui veut s'amuser ? Le jeune Reginald risque de payer cher la réponse à cette question...

Après Raison et sentiments, Orgueil et préjugés, Northanger abbey et Emma, Jane Austen reste définitivement une valeur sûre de la littérature. Au travers d'un chassé-croisé de correspondances entre les différents protagonistes, l'auteur dépeint ici plus que dans tout autre de ses romans l'hypocrisie et la manipulation. Le verbe et les usages sont certes d'époque, mais les thématiques n'en sont pas moins d'actualité.

Si d'aucuns peuvent reprocher à Jane Austen une oeuvre quelque peu réitérative, Lady Susan est à n'en pas douter le roman épistolaire qui leur donnera tort.

It's exactly my cup of tea !

08.03.2009

Rumeurs de Anna Godbersen

Editions Albin Michel - 461 pagesrumeurs.jpg

Quatrième de couv' : Rien n'est plus dangereux qu'un secret... Les amies d'hier sont devenues les rivales d'aujourd'hui. Coups bas à l'heure du thé, trahison au coeur de la nuit, les bals somptueux bruissent des plus folles rumeurs. Retour à Manhattan... en 1899.

Après le premier opus Rebelles, les gossip girls sont de retour, plus machiavéliques que jamais. Et contrairement au premier tome où tout est un peu prévisible, le second volet est riche en rebondissements inattendus malgré un indéniable ancrage dans les clichés relativement inhérents aux sagas romantiques.

Qu'importe ! La détente est au rendez-vous et une lecture un peu facile vaut toujours mieux que l'absorption passive d'un mauvais feuilleton. Les inconditionnel(le)s de séries - comme moi - ne pourront que se réjouir du fait qu'un troisième tome a déjà paru en anglais et qu'un quatrième est à prévoir.

http://www.rebelles-lelivre.fr/

http://www.theluxebooks.com/

Rebelles de Anna Godbersen

rebelles.jpgEditions Albin Michel - 453 pages

Quatrième de couv' : Des filles rebelles dans des robes sublimes font la fête jusqu'à l'aube. Des garçons irrésistibles aux sourires machiavéliques ont des intentions suspectes. Mensonges, secrets et scandales. Nous sommes à Manhattan... en 1899.

Soyons honnêtes et disons-le clairement : si ce livre ne m'avait pas été généreusement offert par le service de presse des éditions Albin Michel, la jaquette à la photo, au titre et à la typo dans le plus pur "Steel" des romans d'amour mièvrissimes, m'aurait convaincue de ne pas en faire l'acquisition. Et grand mal m'en eut prise !

Certes, il ne s'agit nullement de grande littérature, mais qui a dit qu'un livre facile à lire n'avait pas droit de cité dans quelque bibliothèque que ce soit ? Et même si, malgré le désir palpable de l'auteur de ménager le suspens, il est aisé de deviner une grande partie de ce qui va se passer, les personnages n'en sont pas moins attachants et l'effet nullement amoindri : l'on est véritablement happé dans les aventures de la jeunesse dorée de la fin du XIXe siècle américain et l'on attend qu'une chose ; la suite !

04.03.2009

De Marquette à Veracruz de Jim Harrison

Editions 10/18 - 486 pagesmarquette.jpg

Quatrième de couv' : C'est pour régler de vieux comptes avec sa famille fortunée que David Burckett décide de s'exiler dans un chalet de la Péninsule Nord. Son père est une sorte d'obsédé sexuel, un prédateur qui s'attaque à de toutes jeunes filles, tandis que sa mère se réfugie dans l'alcool et les médicaments. Au cours de son passage à l'âge adulte - car il s'agit bel et bien d'un roman d'éducation contemporain -, David fera la connaissance d'un inoubliable triumvirat de jeunes femmes : Riva la Noire, qui a décidé de consacrer sa vie aux enfants miséreux, Vernice, la poétesse affranchie des conventions, et Vera, la jeune Mexicaine violée par le père de David alors que le jeune homme en était amoureux. "De tous les talents qui peuvent susciter l'admiration chez un écrivain, il en est un auquel on pense rarement, le plus évident et le plus étonnant peut-être : son aptitude à nous embarquer dans un univers qui n'est pas le nôtre et sa manière, parfois, de forcer notre indifférence jusqu'à faire naître l'émotion." Raphaëlle Rérolle, Le Monde

Je ne connaissais de Jim Harrison que l'adaptation cinématographique de son roman Légendes d'automne et les quelques papiers lui étant consacrés que j'avais pu parcourir dans mon cher magazine Lire. Je crois bien que ce qui m'a définitivement convaincue de me pencher, enfin, sur cet énième incontournable auteur est l'entretien remarquablement grinçant qu'il avait accordé au Journal du Dimanche à quelques jours des dernières élections américaines. Le style y était si percutant, si juste, si cru, que je ne pouvais manquer de m'en sustenter le temps de quelques centaines de pages.

Au sortir de ce premier roman - dans l'ordre de mes lectures et non de la bibliographie de l'auteur -, je suis quelque peu déconcertée. Parce que si le style y est bien unique, il ne m'a pas autant marquée que dans l'interview précédemment évoquée, voire même, à certains moments, rebutée. Et pourtant, impossible de me défaire du livre. Probablement parce que l'auteur commence par la presque fin détonante de l'histoire et que, coûte que coûte, même au prix d'une lecture parfois fastidieuse, il est impératif de savoir : pourquoi ? comment ? Une littérature dont la fin justifie les moyens en quelque sorte. Mais parce qu'il faut rendre à César ce qui est à César, j'insiste, malgré donc certaines longueurs, sur la plume exceptionnelle qui, à nulle autre pareille, sait nous transporter dans des contrées lointaines que l'on veut dès lors impérativement découvrir mais surtout, dans les tourments et les noirceurs de l'âme humaine. C'est cela, au final, qui, pour moi, l'emporte : cette lucidité sur l'humanité, aussi fascinante que dégoûtante, qui fait des écorchés mes auteurs préférés.

Extraits :

Glacé jusqu'aux os et épuisé, j'ai rejoint ma chambre de motel, j'ai installé un fauteuil près de la fenêtre, puis je me suis endormi en regardant la blancheur effrayante du monde. Il s'agissait de toute évidence d'une toile vierge sur laquelle on pouvait peindre son existence si l'envie vous en prenait. Juste avant de sombrer, je me suis imaginé assis à la fenêtre du chalet et j'ai peint ce qui l'intérieur de ce qui serait mon chalet, y compris la fenêtre de devant d'où les seules choses visibles était le lac Supérieur et la ligne d'horizon, mais me tracassait cette idée de Fred selon laquelle en tant que chrétien putatif je devais apprendre à fonctionner dans le monde avant d'avoir le droit de m'en absenter.

...

Au printemps, après ma séparation d'avec Polly, je suis entré dans ce qu'on qualifie de dépression clinique, alors que je considérais moi-même mon état comme une sorte de perpléxité générale concernant l'espèce humaine.

...

Le fil aisément perceptible de nos existences aboutit à un malentendu fondamental quand nous cédons à la tentation d'accorder le même poids aux années, aux mois et aux jours. Les instants les plus brefs ont parfois un pouvoir explosif qui anéantit le temps autour d'eux, y compris tout le passé qui les a précédés.

...

Malgré la plénitude de tous ces plaisirs, nous avons été un peu lents et déprimés le lendemain matin, sans doute parce que nous partagions cette triste conviction que, malgré nos instincts humains les meilleurs, nous allions écarter cet épisode sans pitié afin de suivre nos trajectoires individuelles, ces destinées profondément enfouies en chacun de nous, cette solitude volontaire que l'éventualité, voire la probabilité, d'un amour réciproque n'aurait pu annuler. Les gens tombent peut-être amoureux malgré l'invention de telles barrières intérieures. Notre culture a peut-être commencé à nous apprendre subtilement que cette soumission absolue à l'ambition constitue notre plus haut espoir. Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu.

...

(...) après quoi elle a cité René Char : "La lucidité est la plaie la plus proche du soleil."

...

(...) pour faire bonne mesure, j'ai ajouté qu'elle voyait peut-être ce qui n'allait pas dans la prose et la poésie, mais que moi je voyais ce qui clochait dans le monde naturel.

"Je n'exclue pas les gens comme tu le fais", riposta-t-elle, avant de dire : "Et puis je suis ravue d'avoir ce regard innocent qui me permet d'être bouleversée par la beauté d'un paysage.

- D'accord, mais si nous n'identifions pas le mal que nous avons fait, nous sommes condamnés à le refaire.

- Je ne veux pas que le mal qui a été fait dévore toute ton existence. Sinon, tu risques seulement d'être un esprit critique réagissant aux seuls méfaits d'autrui. Et ta vie sera complètement déséquilibrée.

02.03.2009

Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Editions Gallimard - 4 albums parus

aya1.jpgaya2.jpg
aya3.jpgaya4.jpg

Marguerite Abouet : « Dans les années 1970, la vie était douce en Côte d'Ivoire. Il y avait du travail, les hôpitaux étaient équipés et l'école était obligatoire. J'ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n'avaient pas à choisir leur camp trop vite et ne se préoccupaient que de la vie courante : les études, les parents, les amours… Et c'est cela que je veux raconter dans Aya, une Afrique sans les clichés de la guerre et de la famine, cette Afrique qui subsiste malgré tout car, comme on dit chez nous, "la vie continue"...»

Nous présenter une autre Afrique que celle de tous les rapports et autres informations catastrophiques, tel est le pari réussi de l'auteur Marguerite Abouet et de l'illustrateur Clément Oubrerie.

L'histoire commence en 1979, dans le quartier populaire d'Abidjan Yopougon, également appelé Yop City. L'on y découvre l'héroïne Aya, sa famille, ses amis et de nombreux personnages hauts en couleurs. Au travers des existences de ces multiples protagonistes, la culture, ivoirienne en particulier et africaine en général, nous est présentée avec beaucoup d'humour, parfois de gravité et appréhende des sujets aussi incontournables que le fossé croissant entre les pauvres et les riches, la condition de la femme, la polygamie, la famille, la sexualité, les espoirs d'un Eldorado français, etc. Tout ceci au coeur d'intrigues qui font la part belle au suspens et dans un langage imagé à mourir de rire qui mêle l'argot ivoirien (le nouchi) et le français, les langues locales et le langage de la rue.

Non seulement les quatre albums font quelque cent pages chacun mais sont en outre dotés du "bonus ivoirien" qui offre un petit lexique de nouchi, des recettes de plats traditionnels (kédjénou de poulet, soukouya, allocos...) ainsi que des astuces pour bien nouer son pagne ou rouler son tassaba (remuer son popotin) pour faire tomber les hommes à ses pieds.

Ce n'est pas pour rien que le premier tome s'est vu décerner le prix du 1er album au festival d'Angoulême en 2006 !

Toutes les notes