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Chronique écolière #5

Ah les proverbes !ciseaux.jpg

Il me souvient de ce temps où je fréquentais davantage les bancs de la cafét' (plus underground que celle d'Hélène et les garçons) que ceux de l'amphithéâtre et où un camarade de promo et moi bataillions sévère à celui qui aurait le dernier dicton. Ce programme d'entraînement cérébral, certes moins complet mais aussi moins onéreux (dictionnaire vs console + jeux) et bien plus louable que celui du Docteur Kawashima, pouvait nous occuper des heures durant. Parce qu'il faut bien le dire, notre magnifique idiome regorge d'aphorismes, quoiqu'il ne s'agisse aucunement d'une spécialité régionale : l'adage n'est pas une denrée rare dans ce monde de moralisateurs.

Sauf que moi, ça me fait quand même bien marrer cette manie de ne jamais appliquer dans la réalité les censément vérités énoncées. L'on peut nous rebattre les oreilles du fait que l'habit ne fait pas le moine, l'évidence est que nous sommes constamment jugés sur notre apparrence.

C'est là que j'en arrive à mon propos du jour. Une maxime nous propose le principe selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants. Mais à y regarder de plus près, personne n'écoute les petits d'Homme. Ou plus exactement, personne ne donne l'occasion aux bambins de s'exprimer - quoique là, en fait, je parle plutôt de mon époque car aujourd'hui, il faudrait plutôt apprendre à certains à la fermer, mais passons, là n'est pas le thème.

Ainsi, alors que j'étais à la maternelle, la maîtresse nous proposa l'activité découpage. Et moi, j'adorais ça. Enfin jusque-là. Parce que ce jour-là, la maîtresse a demandé aux gauchers de lever la main. Ce que je fis, docile gauchère que je suis. Et de me retrouver avec une paire de ciseaux adaptée. Génial. Sauf que moi, j'écris de la main gauche mais je découpe de la main droite. J'ai essayé de le dire mais la maîtresse ne voulait pas m'écouter parce que "tu n'es pas toute seule ma petite Charlotte". J'ai essayé de le pleurer mais la maîtresse ne voulait toujours pas m'écouter parce que "tu fais des caprices ma petite Charlotte !". Et moi, d'exécuter de maladroits zigzags faute d'adéquate dextérité et de me faire houspiller pour mon travail de cochon. C'est trop injuste.

Voilà comment on apprend aux enfants qu'ils n'ont pas leur mot à dire et que tout n'est que cases dans lesquelles il faut rentrer.

Si un jour j'ai des enfants, j'espère avoir la justesse de leur apprendre à créer leur propre case.

Ndlr : nous avertissons nos lecteurs que certaines phrases sans fondement peuvent prendre l'apparence de devises mais qu'il ne s'agit aucunement de vérités. Exemple : travailler plus pour gagner plus.

Commentaires

  • Excellent !!!

    Mais les cases et les tiroirs sont un combat de tous les jours, même adulte (ou surtout adulte)...

    Le jugement des autres, c'est comme le reste, il n'a d'importance que si on lui laisse en avoir !

  • Même adulte, on est ligoté, pour ne pas blesser, pour ne pas abimer notre image...on est jamais totalement libre!

  • Comment te faire comprendre que je ne suis définitivement pas d'accord avec ta théorie du tout est un choix ?
    Avoir une vie qui permette de penser ça, c'est génial, tant mieux... mais les existences et les personnes sont différentes...

  • Je suis loin d'être aussi sartrienne que TheFreeboxer mais je suis d'accord sur sa conception selon laquelle "l'enfer, c'est les autres".

  • l'adulte a un espace temps, des repères..
    pas l'enfant

    dommage d'avoir toujours ces reperes une fois adulte..ce serait tellement plus simple sans

    non ?

  • "D'avoir toujours" ? Mais l'enfant ne les a pas, non ?
    Je pense personnellement que les repères temporels ou autres sont nécessaires pour réprimer l'angoisse.
    Mais pourquoi cette digression ?

  • histoire d'ouvrir le sujet..
    l'enfance est ce qui pourrait arriver de mieux à l'adulte. !

  • Dans un sens oui et dans un sens non (très constructif n'est-ce pas ?)
    Mais je ne peux m'empêcher de penser à Sa Majesté des Mouches de William Golding qui nous prouve, si besoin était, que l'enfance est aussi un état de cruauté.

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