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La valse lente des tortues de Katherine Pancol

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Quatrième de couv' : Ce livre est une bourrasque de vie... Un baiser brûlant du seul qu'on ne doit pas embrasser. Deux bras qui enlacent ou qui tuent. Un homme inquiétant, mais si charmant. Une femme qui tremble et qui espère ardemment... Un homme qui ment si savamment. Une femme qui croit mener la danse, mais passe son tour. Des adolescents plus avertis que les grands... Un homme qui joue les revenants. Un père, là-haut dans les étoiles, qui murmure à l'oreille de sa fille... Un chien si laid qu'on s'écarte sur son passage. Des personnages qui avancent obstinément comme des petites tortues entêtées qui apprendraient à danser lentement, lentement dans un monde trop rapide, trop violent...

Suite de Les yeux jaunes des crocodiles, ce roman peut néanmoins être lu indépendamment du premier tome. Comme pour toute oeuvre reposant sur ce concept - à l'instar de la tribu Malaussène de Pennac -, je ne saurais trop conseiller de s'en tenir à l'ordre de la série. Non seulement pour éviter les inévitables "pertes" malgré l'indépendance des opus mais du surcroît parce qu'en la matière, le numéro deux de Katherine Pancol pâtit quelque peu du syndrôme de la suite. En conclusion, soit on lit tout dans l'ordre et on ne rate rien, soit on se contente d'un seul volet mais de préférence le premier. A noter l'incroyable faculté de l'auteur à coller à la réalité, à pousser l'identification du lecteur jusqu'à son paroxysme grâce à un style hyper-réaliste extrêmement fluide.

Extraits :

Et qu'est-ce qu'on fait quand l'amour creuse un trou dans le coeur, un trou tellement gros qu'on dirait un trou d'obus, tellement énorme qu'on pourrait voir le ciel à travers ? se demandait Joséphine en allant retrouver Luca. Qui pourra me dire ce qu'il ressent pour moi ? Je n'ose pas lui dire "je vous aime", j'ai peur que ce ne soit un trop grand mot. Je sais bien que dans mes "je vous aime", il y a un "m'aimez-vous ?", que je n'ose pas prononcer de peur qu'il ne s'éloigne les mains dans les poches de son duffle-coat. Une femme amoureuse est-elle forcément une femme inquiète, douloureuse ?

...

L'émotion était un luxe qu'elle ne pouvait s'offrir. A chaque fois qu'elle était sur le point de succomber, elle bloquait tout. Clic, clac, elle fermait les écoutilles. Et ainsi, elle continuait à être de bon conseil pour elle-même. Elle restait sa meilleure amie. C'est le problème avec les émotions, elles vous torpillent. Vous éparpillent en mille morceaux. Vous tombez amoureuse et, tout à coup vous vous trouvez trop grosse, trop maigre, trop petits seins, trop gros seins, trop grosse, trop maigre, trop petits seins, trop gros seins, trops basse sur pattes, trop haute sur pattes, trop grand nez, trop petite bouche, dents jaunes, cheveux gras, stupide, ricanante, collante, ignare, moulin à paroles, muette. Vous n'êtes plus votre meilleure amie.

...

- Plus ça va, moins je les comprends...

- Tu parles à la femme ou à la mère ? demanda Shirley.

- Les femmes sont si... pragmatiques ! Vous pensez aux détails, vous avancez mues par une logique implacable, vous or-ga-ni-sez votre vie ! Pourquoi est-ce que je ne rencontre que des filles qui savent exactement où elles veulent aller, ce qu'elles veulent faire, comment elles vont le faire... Faire, faire, faire ! Elles n'ont que ce mot à la bouche !

- Peut-être parce qu'on est dans la matière tout le temps. On pétrit, on lave, on repasse, on coud, on cuisine, on récure ou on se défend contre les mains baladeuses des hommes ! On ne rêve pas, on fait !

- Nous aussi, on fait...

- Pas pareil ! A quatorze ans, on a nos règles et on n'a pas le choix. On "fait" avec. A dix-huit, on comprend très vite qu'il va falloir se battre deux fois plus qu'un homme, faire deux fois plus de choses si on veut exister. Ensuite, on "fait" des bébés, on les porte pendant neuf mois, ils nous donnent le mal de mer, des coups de pieds, ils nous déchirent en arrivant au monde, encore des détails pratiques ! Puis, il faut les laver, les nourrir, les habiller, les peser, leur beurrer les fessiers. On "fait" sans se poser de questions et on "fait" le reste en plus. Les heures de travail et la danse du ventre pour l'Homme, le soir. On est sans arrêt en train de "faire", rares sont les filles qui vivent dans les étoiles, le nez en l'air. Vous, vous faites une seule chose : vous faites l'homme ! Le mode d'emploi est inscrit depuis des siècles dans vos gènes, vous le faites sans effort. Nous, il faut nous battre tout le temps... on finit par devenir pragmatique, comme tu dis !

- Je voudrais rencontrer une fille qui ne sache pas "faire", qui n'ait pas de plan de carrière, qui ne sache pas compter, pas conduire, même pas prendre le métro. Une fille qui vive dans les livres en buvant des litres de thé, en caressant son vieux chat enroulé sur son ventre !

...

Il referma Le Monde et sortit de sa poche le roman de Romain Gary. Il l'ouvrit au hasard et lut cette phrase : "Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité. Plus on en donne et plus il vous en reste."

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