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  • L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera

    Editions Gallimard - 476 pageskundera.jpg

    Quatrième de couv' : "Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune. Qu'est-il resté de Thomas ? Une inscription : Il voulait le Royaume de Dieu sur le terre. Qu'est-il resté de Beethoven ? Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : "Es muss sein !" Qu'est-il resté de Franz ? Une inscription : Après un long égarement, le retour. Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli."

    Quelle étonnante lecture que celle-ci. Dans mon obsession du quotient culturel minimum, il m'arrive souvent de me faire violence pour ingurgiter ce qu'on appelle des "classiques", même si certains d'entre eux me semblent a priori rébarbatifs comme le présent titre de l'auteur tchèque. Mais la magie de l'expérience étant de diamétralement opposer l'a priori de l'a posteriori, je ressors satisfaite de ma plongée forcée dans un référent de la littérature.

    Je ne saurais dire à quoi je m'attendais précisément, vraisemblablement à une oeuvre pompeuse hautement philosophique et relativement hermétique ; mais certainement pas à ça. Et au final, je ne saurais qualifier justement cet objet littéraire non identifié. Ce que je peux exactement dire en revanche c'est que l'histoire est captivante, l'écriture est subtile et la pensée profonde. De quoi faire du lecteur que vous êtes un lecteur définitivement différent du lecteur que vous étiez. Et n'est-ce pas justement ce que l'on demande à un livre ; de vous transformer définitivement, même un tout petit peu ?

    Extraits :

    L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.

    Vaut-il mieux être avec Tereza ou rester seul ?

    Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans jamais avoir répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même "esquisse" n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau.

    Thomas se répète le proverbe allemand : einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais. Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout.

    ...

    Un jour, Tereza était venue chez lui sans prévenir. Un jour, elle était repartie de la même manière. Elle était arrivée avec une lourde valise. Avec une lourde valise elle était repartie.

    Il paya, sortit du restaurant et alla faire un tour dans les rues, plein d'une mélancolie de plus en plus délicieuse. Il avait derrière lui sept années de vie avec Tereza et voilà qu'il constatait que ces années étaient plus belles dans le souvenir qu'à l'instant où il les avait vécues.

    L'amour, entre lui et Tereza était certainement beau, mais aussi fatigant : il fallait toujours cacher quelque chose, dissimuler, feindre, réparer, lui remonter le moral, la consoler, lui prouver continuellement qu'il l'aimait, subir les reproches de sa jalousie, de sa souffrance, de ses rêves, se sentir coupable, se justifier et s'excuser. Maintenant, la fatigue avait disparu et il ne restait que la beauté.

    ...

    L'homme, à son insu, compose sa vie d'après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir.

    ...

    On peut sans doute mieux comprendre à présent l'abîme qui séparait Sabina et Franz : il l'écoutait avidement parler de sa vie, et elle l'écoutait avec la même avidité. Ils comprenaient exactement le sens logique des mots qu'ils se disaient, mais sans entendre le murmure du fleuve sémantique qui coulait à travers ces mots.

    ...

    Il faisait des choses auxquelles il n'attachait aucun importance, et c'était beau. Il comprenait le bonheur des gens (dont il avait toujours eut pitié jusque-là) qui exerçaient un métier auquel ils n'ont pas été conduits par un "es muss sein" intérieur et qu'ils peuvent oublier en quittant leur travail. Il n'avait encore jamais connu cette bienheureuse indifférence.

    ...

    Que cherchait-il chez toutes ces femmes ? Qu'est-ce qui l'attirait chez elles ? L'amour physique n'est-il pas l'éternelle répétition du même ?

    Nullement. Il reste toujours un petit pourcentage d'inimaginable. Quand il voyait une femme tout habillée, il pouvait évidemment s'imaginer plus ou moins comment elle serait une fois nue (...), mais entre l'approximation de l'idée et la précision de la réalité il subsistait une petite lacune d'inimaginable, et c'était cette lacune qui ne le laissait pas en repos. Et puis, la poursuite de l'inimaginable ne s'achève pas avec la découverte de la nudité, elle va plus loin : quelles mines ferait-elle en se déshabillant ? que dirait-elle quand il lui ferait l'amour ? sur quelles notes seraient ses soupirs ? quel rictus viendrait se graver sur son visage dans l'instant de la jouissance ?

    L'unicité du "moi" se cache justement dans ce que l'être humain a d'inimaginable. On ne peut imaginer que ce qui est identique chez tous les êtres, que ce qui leur est commun. Le "moi" individuel, c'est ce qui se distingue du général, donc ce qui ne se laisse ni deviner ni calculer d'avance, ce qu'il faut d'abord dévoiler, découvrir, conquérir chez l'autre.

    ...

    Les hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par le désir de s'emparer de l'infinie diversité du monde féminin objectif.

    L'obsession des premiers est une obsession romantique : ce qu'ils cherchent chez les femmes, c'est eux-mêmes, c'est leur idéal, et ils sont toujours et continuellement déçus parce que l'idéal, comme nous le savons, c'est ce qu'il n'est jamais possible de trouver. Comme la déception qui les pousse de femme en femme donne à leur inconstance une sorte d'excuse mélodramatique, bien des dames sentimentales trouvent émouvantes leur opiniâtre polygamie.

    L'autre obsession est une obsession libertine, et les femmes n'y voient rien d'émouvant : du fait que l'homme ne projette pas sur les femmes un idéal subjectif, tout l'intéresse et rien ne peut le décevoir. Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux. Aux yeux du monde, l'obsession du baiseur libertin est sans rémission (parce qu'elle n'est pas rachetée par la déception).

    ...

    Il s'ensuit que l'accord catégorique avec l'être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n'existait pas. Cet idéal esthétique s'appelle le kitsch.

    C'est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et qui s'est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l'utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable.

    ...

    Au royaume du kitsch s'exerce la dictature du coeur.

  • Fête de la muzik à Ménilmontant

    Je n'ai jamais aimé la Fête de la Musique. Souvent mal organisée, je l'appellerais plutôt la Fête de la pollution sonore ; les villes m'ayant accueillies jusqu'alors disposant de la fâcheuse tendance à privilégier des styles musicaux disons consensuels.

    Malgré ces trois dernières années passées à Paris, je ne m'étais jusqu'alors toujours pas réconciliée avec l'événement d'intronisation de la belle saison. On peut d'ailleurs s'interroger sur le rapport entre l'aspect "qualitatif" de la manifestation et les caprices de la Nature reculant chaque année davantage l'arrivée des symptômes estivaux...

    Mais, attendu qu'il est dit qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, cette année, je vais me laisser tenter. A cela bien sûr, plusieurs jah cure.jpgraisons.

    Primo, je suis encore sous le coup du Reggae Festival Tour* et des inénarrables prestations de Jah Cure* et du messenjah Luciano*. D'aucuns ayant assisté à ce festival se demanderont pourquoi je ne parle ni de Ras Shiloh*, ni de Tarrus Riley*, ni de Marcia Griffiths*... A cela je répondrai que j'ai eu le regrettable tort de penser (comme une grande partie du public d'ailleurs) que lesluciano.jpg concerts reggae ne commençaient jamais à l'heure...

    Segundo, il a l'air de pas faire trop pourri aujourd'hui.

    Tertio, le plan qui m'intéresse se situe à très exactement cinq minutes à pieds de chez moi.

    Donc pour tous les branchés sound system reggae ragga dance hall, c'est fire in the street, ce soir, au métro Ménilmontant. De 18 h à 2 h, King Junior Sound présente : Junior Sound, Shadow Killa, Paname Sound, Kawule, 220 Sound, Easy Style*, Magnum Sound, Black Spirit, Wicked Vibes*, I Love Sound, Dj Jizzy, VRTheLegend, RDF, Red Jedi, Higer Level, Standtall, Guiding Star, Party Time, Subionic, Daddy Mory, Mr Face, Mad Killah, Apach, Man Tuff, Mc Janik, Guy'al, Caporal M, Micky 3000, Massif.J, Slash, KS, Mathieu Ruben, Ronega, Lt Franky, Difanga, Tanto Niro, N'Bee, Soom Daddy... and more.

  • Look the ring !

    Pour celles qui voudraient avoir un joli bijou aux doigts,

    Pour ceux qui voudraient offrir une jolie bague à leur douce,

    Pour celles ou ceux qui voudraient gagner un petit joyau et le revendre parce qu'ils ont besoin d'argent,

    Le concours Boucheron,

    Ma contribution :

    Un amour si do ré

    Et puis j’ai découvert une nouvelle manière de faire l’Amour. Pas de cette façon physique à laquelle chacun peut prétendre - plus ou moins bien comme nous le savons malheureusement… - mais au sens corporel du terme.

    danse.jpgInutile de chercher, toute tentative de reproduction est vaine. Cette méthode ne s’apprend pas ; elle se vit, au hasard des grâces de la Destinée.

    Car il ne suffit pas d’Aimer. Il faut à cela ajouter une passion commune pour une musique aux rythmes envoûtants et un goût irrésistible pour la danse. Si ces trois conditions indispensables sont réunies, elles ne sont pour autant pas suffisantes. Mais si l’on bénéficie, miraculeusement, de ce petit plus inexplicable, incontrôlable, magique… alors, oui, l’on peut revisiter l’Amour charnel et spirituel.

    Alchimie unique. Vibrations mystiques de deux corps réunis en un seul dans les pulsations transationnelles des amours partagées. Chaque mouvement est sien propre et celui de l’autre, comme si une intuition supérieure vous permettait de sentir chaque rythme à venir ;  de la musique et de votre partenaire. Le langage fait geste. L’osmose faite mouvement. Qui des deux impulse l’oscillation ? Ni l’un, ni l’autre, devenus simples tiers, comblés par une égale moitié et ne faisant plus qu’un. Danse jouissance. Fermer les yeux, s’abandonner… Instant précieux.

  • La pelle du 18 juin

    Intéressant le titre non ? La question étant de quoi peut-il s'agir ? Quel est le fondement de cette tournure aussi mystérieuse - et subtile n'est-il pas ? - que d'actualité, dont, je dois bien l'avouer, je ne suis pas peu fière ?

    Digression : si l'on se penche sur les habitudes d'écriture, l'on peut constater que certaines personnes rédigent après avoir élaboré un plan précis dont le déroulement, une fois seulement achevé, leur permet d'intituler. Le rédac' chef de ces lieux - mézigue -, quant à lui - elle -, à un fil conducteur qu'il ne laisse se dérouler au hasard des justes formulations de son esprit qu'une fois la manchette emmanchée. Or, parfois, ma maïeutique intitulatoire est parfois longue à accoucher et, pour le moins, capillotractée, comme la rédaction le démontrera aisément par la suite.

    La pelle du 18 juin.

    Donc.

    Nul n'est évidemment besoin de préciser qu'il s'agit avant toute chose du détournement de l'évènement gaulliste du jour parce que bon, c'est pas parce qu'on est chômiste qu'on est coupé du monde réel.

    Mais quid du sens caché que seuls les esprits les plus sagaces peuvent pénétrer ; bien qu'en la matière, l'art divinatoire ou la télépathie seraient davantage utiles pour espérer trouver un sens là où il n'y en a, en vérité, que peu.

    Partant. 

    La pelle du 18 juin.

    Pour les non initiés, il est important de souligner qu'il existe ce que l'on appelle des "sports d'élite". Oui, il faut toujours que l'élite s'approprie des trucs, de préférence onéreux, non pas par goût prononcé ni même pour le plaisir de dépenser mais uniquement pour s'assurer que les basses castes ne puissent y accéder. C'est vicieux - et crétin -, je sais. Parmi ces activités réservées, l'on compte l'aviron... The Boat Race... Henley on Thames... Oxford / Cambridge... L'élite quoi. Et bien, à l'aviron, la palette qui sert à ramer ou dénager (ndla : ramer en sens inverse) s'appelle, dans le jargon, la pelle. Or, comme je l'ai expliqué tout à l'heure, il m'est parfois difficile - bien qu'indispensable - de trouver ma titraille. En l'occurrence, j'ai ramé... Hep hep hep, on ne commence pas à hausser les épaules ou à rouler des yeux car, comme vu ci-dessus également, j'avais précisé "capillotracté". CQFD.

    Mais encore.

    La pelle du 18 juin.

    Ne dit-on pas, quand on est d'jeuns, "se rouler une pelle" pour qualifier les échanges bucco-salivaires ? Et bien, en la matière, c'est d'auto-embrassade qu'il s'agit. Car aujourd'hui, je célèbre le premier anniversaire du blog présentement noirci par des suites de caractères sans queue ni tête mais on s'en fout, c'est sa fête.

    Deux cent quatre-vingt quatorze posts. Huit cent quarante commentaires. Trente-huit mille cent douze visiteurs. Des chiffres à la pelle - mouahahah - qui, à eux seuls, sont un chouette cadeau.

    Bon anniversaire mon p'tit blog !

  • Chronique féministe #1

    Et une nouvelle thématique, une, qui, à n'en pas douter après la Chronique amoureuse, me fera définitivement perdre mes trois pour cent deféminisme4.jpg lectorat masculin... sauf si naturellement cette portion congrue est composée de l'élite du genre qui, faute d'intrinséquement comprendre le propos, tentera tout du moins de l'entendre. Et de s'améliorer.

    Car, qu'on le sache - et qui d'entre nous mesdemoiselles et mesdames l'ignore encore ? -, au-delà de la condition humaine existe et persiste la condition féminine, aberration résiduelle historique de sociétés construites par et pour les hommes.

    Cette chronique s'attachera à narrer les réflexions et révoltes d'une femme, ancrée viscéralement dans son statut.