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  • Chronique amoureuse #11

    Et puis y'a le vieux beau.

    Le vieux beau, tu peux le définir de deux façons : fantasmatique ou authentique. Et comme on est pas vache, on va donner les deux pour le prix d'un !

    Le vieux beau, dans les désirs les plus fous de bon nombre de jeunes femmes, prend l'apparence d'une sorte de George Clooney. Dans la réalité, il est plus George que Clooney, faut bien l'avouer.

    Quand tu fermes les yeux, l'élégance transpire par les pores de toute sa magnifique peau légèrement burinée par l'expérience. Quand tu ouvres les yeux, il est très voire trop gouailleur et son gros gras grain de peau suinte plutôt la fatigue avancée rapports aux nombreux excès.

    Dans le rêve, étant homme à assumer son âge, il s'exprime avec finesse. Dans l'éveil, il se prend encore pour un adolescent et jure comme un charretier, oui, mais un charretier d'jeuns : "tain-pu, j'ai les leubou, elle a té-jeu la to-fo que je lui avais lé-fi". Oui, le vieux beau veut parler d'jeuns, ça ne veut pas dire qu'il sache le faire. Mais c'est normal en même temps, il est plus d'jeuns.

    Dans l'imaginaire, il a la vigueur de la force de l'âge et ses nombreuses maîtresses lui ont initié les plus secrets mystères de la femme, l'érigeant au rang d'amant exceptionnel. Dans l'ordinaire, il l'est plutôt ; ordinaire. Voire pire rapport au fait que s'il se prend pour un d'jeuns en parlant, il se prend pour un vieux en baisant et qui se tape tout le boulot sans rien attendre en attendant en retour mais ne voit rien venir ?

    Dans la vraie vie, il usurpe impunément nos fantasmes en se prenant pour George Clooney. Du coup, il pense qu'il est irrésistibeul et que toutes les gonzesses sont folles de lui. Il a même tellement la confiance qu'il tente sa chance pendant des mois et des mois sans s'apercevoir qu'il se fait éconduire de manière à peine dissimulée.

    Aaah, le vieux beau, what else* ?

  • Goya graveur

    1278651451.jpgLa quête d'épanouissement professionnel, entendez par-là le chômage, a ceci de bien qu'il permet de s'adonner à certaines activités que l'on prend rarement le temps de faire, faute de temps donc mais aussi de moyens. Parce que la culture, qu'on le sache, est un luxe.

    En l'occurrence, malgré ma non-situation professionnelle, je n'aurais pas de moi-même choisi de me rendre à l'exposition Goya Graveur d'une part, parce que je ne suis pas fan de Goya - dont j'ai préféré les oeuvres exposées au Prado de Madrid -, d'autre part, parce que je ne suis pas une adepte de gravure - même si j'en possède personnellement trois de mon pintor de padrino Enrique Marin - et enfin parce que, si certains lieux culturels accordent la gratuité aux personnes sans emploi, le Petit Palais quant à lui n'accorde qu'une chiche réduction. Donc merci à mes parents de m'avoir invitée, malgré la discutabilité de ce choix au regard de mes préférences, mais ne soyons pas ingrate.

    Sans emphase aucune comme vous l'aurez compris, je dirais de manière strictement informative que l'exposition aborde les influences de Francisco de Goya (1746-1828), de Rembrandt à Velasquez, soit 280 oeuvres dont 210 estampes - certaines inédites - réparties en quatre mouvements : les Caprices (1797-1799), les Désastres de la Guerre (1810-1820), la Tauromachie (1815-1816) et les Disparates (1816-1823). Les amoureux de technique artistique seront particulièrement séduits par la pédagogie et les témoignages des expérimentations audacieuses de l'artiste.

    Jusqu'au 8 juin

    Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris

    Avenue Winston Churchill, Paris VIII

    Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, nocturne le jeudi jusqu'à 20 h pour les expos temporaires, sauf les lundis et jours fériés

    Renseignements : 01 53 43 40 00

    www.petitpalais.paris.fr

  • Le syndrome du connard

    Permettez, avant que de commencer à écrire cette note, que je rie sous cape en pensant à tous ces poils qui se hérissent et ces coeurs qui503131763.jpg s'emballent ou s'arrêtent de palpiter - selon - à la simple lecture de ce titre. Détendez-vous, mes amants, mes amours, mes emmerdes d'autrefois ! Nulle chronique amoureuse à l'horizon, ce n'est pas aujourd'hui que vous en prendrez pour votre grade.

    Houston on a un problème.

    Ouiiii ?

    Les hommes sont déçus de ne pas être à l'ordre du jour. 

    Voyez-vous ça ! Alors quand on parle d'eux, ils protestent en nous accusant éhontément de cette mauvaise foi dont ils ne se départiront décidément jamais et quand on décide de les absoudre jusqu'à la prochaine inspiration, ils ronchonnent encore et toujours. Quelqu'un dans la salle peut-il m'expliquer pourquoi le célèbre aphorisme est "Souvent femme varie, bien fol qui s'y fie" ?

    Quoiqu'il en soit, réjouis-toi, ou pas, mais aujourd'hui je ne parlerai ni de toi, ni de toi, ni de toi, ni... Bref.

    Quid donc du susdit syndrome ? Le syndrome du connard, c'est moi. Plus exactement, j'en suis atteinte. Car, le syndrome du connard touche indistinctement les femmes et les hommes. Mais comme la règle veut que le masculin l'emporte, même si ça sonne bien, aucun "syndrome de la connasse"... Enfin, si, mais c'est autre chose. Heu... CQFD, point à la ligne.

    Pour plus de limpidité sur le sujet qui nous préoccupe ce jour, je dirais que le syndrome du connard est au malade imaginaire moyen ce que le syndrome de Cotard est à l'hypocondriaque psychotique. Puis-je... être plus explicite ? Je puis, je puis. Concrètement, ça veut dire qu'entre mes maux de tête - qui ne peuvent aucunement être liés au fait que je lis et que je surfe beaucoup trop - et la pléthore de reportages anxiogènes sur la nocivité des ondes, je suis quasi sur le point, pour freiner le développement de ma manifeste tumeur au cerveau, de ne sortir qu'avec un couvre-chef tapissé de papier d'alu. Un autre exemple pour la forme ? Mon mal de gorge et ma légère toux - qui ne sont évidemment pas les fruits des variations climatiques de ces derniers temps - semblent être les premiers symptômes d'un cancer de la gorge ou de la langue ou des deux voire pire.

    Houston...

    Ouiiii ?

    Mouahaha !

    ... Je sais...

  • Chaque femme est un roman d'Alexandre Jardin

    1796375601.jpgEditions Grasset - 297 pages

    Quatrième de couv' : "Parfois, il me semble que les femmes sont des tremplins vers le fabuleux. Ecrivaines pour la plupart non pratiquantes, elles produisent de la prose intérieure destinée à tromper leurs déceptions et à soigner leurs rêves. Changent-elles de métier, d'amant ou d'opinion ? C'est d'abord une césure, un rebond de style, un chapitre qui se tourne. Adressent-elle une oeillade à un passant ? C'est un best-seller qui débute. Depuis mon plus jeune âge, je sais que chaque femme est un roman. Voici en quelque sorte mes études littéraires, blondes et brunes." Avec ce roman, Alexandre Jardin achève sa "trilogie autobiographique", commencée avec Le Zubial consacré à son père, et suivie du Roman des Jardin, cette épopée de son lignage farfelu...

    Rares sont mes ratages en matière de lecture, sans doute la faute (grâce...) à la connaissance aiguë de mes attentes, du moins en la matière. Mais nul n'étant à l'abri d'un excès trompeur de confiance, d'une fourbe jaquette en forme d'arnaque sur la marchandise ou, en l'occurrence, d'un cadeau, ces écueils quasi inévitables arrivent, heureusement à une fréquence raisonnable ne gâchant aucunement le plaisir et suffisante pour s'ériger en piqûre de rappel de l'incroyable chance de savourer une oeuvre.

    La rareté de ces manquements est le point d'origine d'une critique généralement élogieuse pour ne pas dire dithyrambique qui pourrait laisser à penser que l'auteur de ces panégyriques littéraires touche des pots-de-vin. Ou est très bon public, ce qui n'est pas de bon augure dans la critique. Peut-être pourrait-on également supposer que le commentateur, dont le rêve pas très secret serait d'éditer son propre ouvrage, tâche autant que faire se peut, de ne pas faire à autrui, blablabla comme on dit. C'est pourquoi, afin de réduire à néant l'obliquité présupposée du jugement de la présente rédaction, la critique assassine va ce jour rétablir quelque peu l'équilibre objectif.

    Donc.

    Je pourrais dire qu'Alexandre Jardin, par son dernier "roman autobiographique" - rien que le concept m'exaspère désormais - a su éveiller en moi des pulsions quasi fascistes insoupçonnées jusqu'alors. Oui, je le confesse, j'ai un instant rêvé de censure. Car Alexandre Jardin est un écrivain dangereux. Et ce à double titre.

    Non seulement cet écrivain délétère est un fléau pour le lectorat candide - sachant que son coeur de cible est composé de midinettes, les effets n'en sont que plus dévastateurs - en lui ressassant roman après roman des conceptions fantasmagoriques de l'amour (cf L'Île des Gauchers du même auteur), répétition aux conséquences plus graves qu'on ne le pense sur un être en construction à l'émoi exacerbé (oui, exacerbant aussi...). Mais il l'est également pour un public disons moins naïf pour ne pas dire blasé qui se retrouve rapidement écoeuré de tant de mièvrerie surannée ; le risque étant que ce haut-le-coeur soit prêté à la littérature dans son ensemble et non à l'auteur seul.

    De livre en livre, l'écriture de Jardin est de plus en plus pédante, ses pseudo-aventures toujours plus ronflantes. Jardin est à la littérature ce que le parleur est à la rhétorique.

    Cette fois, ce n'est plus un secret, Jardin sort définitivement de ma cour. Mais n'étant pas injuste de nature, nous accorderons l'honneur de certaines formules à un auteur dont le mérite semble, à chaque nouveau succédané, toujours un peu plus antédiluvien.

    Extraits :

    Des millions de gens, sans doute aussi blessés que moi, lisaient avec appétence ces textes comme on use de sédatifs légers. On m'a même rapporté qu'à Beyrouth, dans le tohu-bohu des bombes, il s'est trouvé des lectrices pour renouer par mes romans avec une vision optimiste de la vie. C'est ainsi que j'ai longtemps été une jeune pousse réputée romantique ; ce qui, à l'époque, passait dans certains milieux littéraires, avides d'air vicié et de prose poisseuse, pour une mauvaise réputation. Ou du moins pour une marque de balourdise. En écrivant ainsi, toujours accroché aux cimes, je tâchais désespérement de guérir ma ferveur déçue.

    Et puis un jour, la mère de mes garçons m'a posé une question coupante (s'en souvient-elle seulement ?), alors que nous marchions à l'autre bout du monde dans un paysage idéal :

    "Alexandre, sommes-nous ce que nous paraissons ?"

    Poser la question, c'était y répondre.

    ...

    Je sais désormais comment on récupère l'amour de sa vie : en dégringolant loin de son ego. On ne retient bien que ce qu'on lâche à temps.

    ...

    L'insouciance objective ne peut-elle naître que de l'imminence du drame ?

    ...

    Avant que le crépuscule ne vous surprenne, cher Alexandre, rompez le licol du raisonnable. N'émoussez pas votre capacité à commettre des folies ; un jour prochain, il sera trop tard pour calfater votre vaisseau et jouer les incendiaires. Aimez les précarités plutôt que les gages. Ne lisez que des bréviaires de subversion. Faites mentir les statistiques. Osez tous les retours de jeunesse (oui, nous en pouvons vivre plusieurs). Méprisez le bonheur, cette bévue, préférez la joie. Renoncez à la manie de vous perpétuer en vous cramponnant à toutes les rampes. Exposez-vous aux vents les plus inattendus. Flambez dix fois l'argent que vous auriez dû posséder. Prenez en chargece qui paraît sans remède. Infligez gaiement des rebuffades en tenant la tiédeur pour une impolitesse. Butinez vos mille contradictions. Egarez-vous méthodiquement pour mieux vous retrouver. Cueillez vos revanches. Offensez en claironnant votre vérité et, surtout, ne commettez pas le péché de ménager ceux que vous aimez. Trouvez votre compte dans le désordre. Refaites la vie avec le plus vif idéal romanesque. Recommencez-vous toujours, loin des confinements. Et ne vous croyez jamais au bout de vous-même ; il reste forcément une dernière bourrasque à vivre.

    ...

    Notre véritable caractère n'est pas celui que nous avons ou celui que nous affichons mais bien celui que nous devrions tenter !

    ...

    Pour rester un être vivant, de temps à autre, il faut avoir le courage d'être petit et chacal. Sans se faire passer pour meilleur que l'on est.

  • On the radio*

    Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître*...

    Donna Summer*, Charles Aznavour*... Autant de références hautement culturelles qui permettront aisément même au plus piètre mélomane parmi mes lecteurs de déduire que le thème du jour sera la musique. En revanche, nul scoop sur une quelconque idole de la chanson française ou internationale, pas plus qu'une fabuleuse astuce pour télécharger de la musique gratuitement* ; acte au demeurant illégal et donc en totale contradiction avec la présente charte éditoriale.

    Et morale.

    Quoique...

    Bref.

    Donc.

    Nous disions musique. Vaste sujet s'il en est un plus que d'autres. Il me souvient de ce temps chaque jour un peu plus lointain où le support audio à la pointe de la branchitude était la K7 (ndlr : "la cassette" pour les pas au top de la hypeness du temps jadis et pour les moins de vingt ans).

    La K7, loin des termes et fonctionnalités ultra technologiques du disque optique utilisé pour stocker des données sous forme numérique, plus communément dénommé disque compact ou CD, était un petit boîtier plastique parallélépipédique contenant une bande magnétique enroulée autour de deux bobines sur laquelle il était possible d'enregistrer de la musique mais sans choix de compression de fichier aucun. Pour trois minutes vingt de chanson, trois minutes vingt de bande utilisée. Trivial.

    Ce qu'il y avait de bien avec la K7, c'était le côté artisanal et ultra personnel de la construction d'une compilation et également l'investissement que cela représentait. Aujourd'hui, avec le CD, il suffit de collecter les fichiers requis et de les graver proprement les uns à la suite des autres. Opération peu fastidieuse dont l'exécution se compte en minutes. Avec la cassette, l'établissement du pot pourri des tubes du moment se faisait directement à partir d'une ou plusieurs stations de radio de prédilection. Dans ma province, le choix se résumait à NRJ (radio number one*) et Fun Radio (Doc & Difool*), ce qui limitait les variations d'ondes.

    Je me revois donc, ma compilation en devenir enfournée dans mon radio-cassette Sony, guettant des heures durant autant que faire se pouvait rapport à la dictature parentale les morceaux convoités sur les ondes FM. Il faut savoir que comme pour tout, ce procédé était régit par la loi de Finagle*, corollaire de la plus célèbre loi de Murphy*, qui érige au rang de principe le pessimisme. En d'autres termes, quand tu patientais gentiment devant ton poste, nul tube à l'horizon. Mais dès que tu t'éloignais, le morceau tant attendu pointait le bout de ses notes... et de te précipiter vers ton poste le plus rapidement possible mais pas suffisamment pour ne pas rater l'intro qui se traduisait sur la bande par un sorte de scratch suraigu faute d'avoir appuyé simultanément sur Record et Play (ndlr pour les moins de quatre lustres : manipulation pour déclencher l'enregistrement).

    Autre caractéristique fort peu pratique de la K7, il était impossible de passer d'un morceau à un autre de manière précise en appuyant sur un simple bouton. Il fallait rewind ou forward au petit bonheur la chance. Ainsi, écouter un morceau spécifique se méritait et, pour en revenir à l'enregistrement, une fois la chanson "acquise" - sans l'intro donc -, il fallait rewind pour supprimer la voix du présentateur faute d'avoir interrompu la copie au moment opportun et souvent forward un peu car on avait trop rewind. Naturellement, c'est toujours à ce moment-là que rappliquait un second morceau convoité. Ici, trois cas de figures : soit la manipulation rewind/forward avait été heureuse et l'enchaînement des morceaux était parfait (probabilité infinitésimale), soit trop de rewind et donc ni intro, ni final forcément, soit enfin trop de forward et voix de l'animateur ou publicité entre les deux chansons avec variation d'intensité des décibels à réveiller un mort, infarctus garanti.

    Dernier point croustillant de l'enregistrement sur K7 audio dépendant de la fameuse loi de lose : parmi toutes les chansons recherchées, CELLE que l'on voulait absolument passait toujours moins souvent que les autres ou uniquement lorsque nous ne pouvions guetter les ondes, la faute aux diverses autorités répressives qu'étaient les parents ou encore l'école. De fait, on enregistrait d'autres tubes en patientant, l'espoir ne faisant jamais défaut. Quand enfin notre surveillance et la diffusion briguée se rencontraient, les quelque quatre minutes de bonheur se transformaient fatalement en cauchemar au bout de quarante secondes par le klonk! de la cassette achevée. Car à force d'avoir enregistré en attendant, il ne restait jamais suffisamment de bande pour THE hit.

    Et de retourner la cassette et de sacrifier le pas vraiment début du premier morceau - dont on conserverait quand même la pas vraiment fin - pour avoir l'à peu près fin du préféré dont on n'aurait pas le milieu...

    Aaah, y'a pas à dire, tout était vraiment mieux avant !