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Chaque femme est un roman d'Alexandre Jardin

1796375601.jpgEditions Grasset - 297 pages

Quatrième de couv' : "Parfois, il me semble que les femmes sont des tremplins vers le fabuleux. Ecrivaines pour la plupart non pratiquantes, elles produisent de la prose intérieure destinée à tromper leurs déceptions et à soigner leurs rêves. Changent-elles de métier, d'amant ou d'opinion ? C'est d'abord une césure, un rebond de style, un chapitre qui se tourne. Adressent-elle une oeillade à un passant ? C'est un best-seller qui débute. Depuis mon plus jeune âge, je sais que chaque femme est un roman. Voici en quelque sorte mes études littéraires, blondes et brunes." Avec ce roman, Alexandre Jardin achève sa "trilogie autobiographique", commencée avec Le Zubial consacré à son père, et suivie du Roman des Jardin, cette épopée de son lignage farfelu...

Rares sont mes ratages en matière de lecture, sans doute la faute (grâce...) à la connaissance aiguë de mes attentes, du moins en la matière. Mais nul n'étant à l'abri d'un excès trompeur de confiance, d'une fourbe jaquette en forme d'arnaque sur la marchandise ou, en l'occurrence, d'un cadeau, ces écueils quasi inévitables arrivent, heureusement à une fréquence raisonnable ne gâchant aucunement le plaisir et suffisante pour s'ériger en piqûre de rappel de l'incroyable chance de savourer une oeuvre.

La rareté de ces manquements est le point d'origine d'une critique généralement élogieuse pour ne pas dire dithyrambique qui pourrait laisser à penser que l'auteur de ces panégyriques littéraires touche des pots-de-vin. Ou est très bon public, ce qui n'est pas de bon augure dans la critique. Peut-être pourrait-on également supposer que le commentateur, dont le rêve pas très secret serait d'éditer son propre ouvrage, tâche autant que faire se peut, de ne pas faire à autrui, blablabla comme on dit. C'est pourquoi, afin de réduire à néant l'obliquité présupposée du jugement de la présente rédaction, la critique assassine va ce jour rétablir quelque peu l'équilibre objectif.

Donc.

Je pourrais dire qu'Alexandre Jardin, par son dernier "roman autobiographique" - rien que le concept m'exaspère désormais - a su éveiller en moi des pulsions quasi fascistes insoupçonnées jusqu'alors. Oui, je le confesse, j'ai un instant rêvé de censure. Car Alexandre Jardin est un écrivain dangereux. Et ce à double titre.

Non seulement cet écrivain délétère est un fléau pour le lectorat candide - sachant que son coeur de cible est composé de midinettes, les effets n'en sont que plus dévastateurs - en lui ressassant roman après roman des conceptions fantasmagoriques de l'amour (cf L'Île des Gauchers du même auteur), répétition aux conséquences plus graves qu'on ne le pense sur un être en construction à l'émoi exacerbé (oui, exacerbant aussi...). Mais il l'est également pour un public disons moins naïf pour ne pas dire blasé qui se retrouve rapidement écoeuré de tant de mièvrerie surannée ; le risque étant que ce haut-le-coeur soit prêté à la littérature dans son ensemble et non à l'auteur seul.

De livre en livre, l'écriture de Jardin est de plus en plus pédante, ses pseudo-aventures toujours plus ronflantes. Jardin est à la littérature ce que le parleur est à la rhétorique.

Cette fois, ce n'est plus un secret, Jardin sort définitivement de ma cour. Mais n'étant pas injuste de nature, nous accorderons l'honneur de certaines formules à un auteur dont le mérite semble, à chaque nouveau succédané, toujours un peu plus antédiluvien.

Extraits :

Des millions de gens, sans doute aussi blessés que moi, lisaient avec appétence ces textes comme on use de sédatifs légers. On m'a même rapporté qu'à Beyrouth, dans le tohu-bohu des bombes, il s'est trouvé des lectrices pour renouer par mes romans avec une vision optimiste de la vie. C'est ainsi que j'ai longtemps été une jeune pousse réputée romantique ; ce qui, à l'époque, passait dans certains milieux littéraires, avides d'air vicié et de prose poisseuse, pour une mauvaise réputation. Ou du moins pour une marque de balourdise. En écrivant ainsi, toujours accroché aux cimes, je tâchais désespérement de guérir ma ferveur déçue.

Et puis un jour, la mère de mes garçons m'a posé une question coupante (s'en souvient-elle seulement ?), alors que nous marchions à l'autre bout du monde dans un paysage idéal :

"Alexandre, sommes-nous ce que nous paraissons ?"

Poser la question, c'était y répondre.

...

Je sais désormais comment on récupère l'amour de sa vie : en dégringolant loin de son ego. On ne retient bien que ce qu'on lâche à temps.

...

L'insouciance objective ne peut-elle naître que de l'imminence du drame ?

...

Avant que le crépuscule ne vous surprenne, cher Alexandre, rompez le licol du raisonnable. N'émoussez pas votre capacité à commettre des folies ; un jour prochain, il sera trop tard pour calfater votre vaisseau et jouer les incendiaires. Aimez les précarités plutôt que les gages. Ne lisez que des bréviaires de subversion. Faites mentir les statistiques. Osez tous les retours de jeunesse (oui, nous en pouvons vivre plusieurs). Méprisez le bonheur, cette bévue, préférez la joie. Renoncez à la manie de vous perpétuer en vous cramponnant à toutes les rampes. Exposez-vous aux vents les plus inattendus. Flambez dix fois l'argent que vous auriez dû posséder. Prenez en chargece qui paraît sans remède. Infligez gaiement des rebuffades en tenant la tiédeur pour une impolitesse. Butinez vos mille contradictions. Egarez-vous méthodiquement pour mieux vous retrouver. Cueillez vos revanches. Offensez en claironnant votre vérité et, surtout, ne commettez pas le péché de ménager ceux que vous aimez. Trouvez votre compte dans le désordre. Refaites la vie avec le plus vif idéal romanesque. Recommencez-vous toujours, loin des confinements. Et ne vous croyez jamais au bout de vous-même ; il reste forcément une dernière bourrasque à vivre.

...

Notre véritable caractère n'est pas celui que nous avons ou celui que nous affichons mais bien celui que nous devrions tenter !

...

Pour rester un être vivant, de temps à autre, il faut avoir le courage d'être petit et chacal. Sans se faire passer pour meilleur que l'on est.

Commentaires

  • Très belle critique. Je rencontre l'auteur le 5 juin... Je me demande ce que cela va donner. Si cela te dit, j retranscrirai tout sur mon blog.
    Belle vie à Gwordia !

  • Merci famous BritBrit pour ta visite ET ton gentil commentaire... même si je doute que l'auteur en question soit du même point de vue... Je compte sur ta discrétion :o) Et attends patiemment ton récit !
    See ya !

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