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Chronique de l'effort #20

Ou ma vie d'hôtesse de caisse.

Par définition, le client est à ses boutiques ce que le chien est à son maître : fidèle. De fait, quand vous travaillez dans le commerce, s'établit petit à petit une forme de relation durable avec différentes personnes. Il existe, comme pour tous types de relations interpersonnelles, diverses sortes d'interactions : courtoise, obséquieuse, vacharde, comique, de séduction et plus si affinités... pour ne citer que celles-là.

Parmi toutes ces accointances, l'on pourrait légitimement penser que la plus insupportable d'entre elles est celle d'avec le client que l'on pourrait définir comme suit : le gros con méprisant limite insultant jamais content. Mais que nenni ! Car ce spécimen fait partie de ceux avec lesquels froideur, emportement voire impolitesse ne valent pas de blâme... sauf si le chef fait partie de son espèce.

Non, la relation la plus excédante est celle d'avec cette personne qui, sous prétexte qu'elle vient s'acheter livres et CD trois fois par semaine et "vous avez vu, sans infidélité, toujours à votre caisse", pense qu'elle vous connaît, pire, que vous êtes proches. Du coup, les familiarités fusent et vous ne pouvez en aucun cas recadrez l'importun. C'est ainsi qu'en mars 2001, alors que je revenais passablement ballonnée d'un déjeuner entre collègues où nous avions fait gras, je me suis vue féliciter par l'un de mes dévoués cabots. Professionnelle jusqu'au bout, j'ai souri - hypocritement - en m'interrogeant sur ce qui pouvait bien me valoir des congratulations si affectées. Ce n'est qu'en relevant les yeux de ma caisse et en constatant le regard béat - bêta ? - délicatement posé sur ma protubérance abdominale que j'ai compris que j'étais boudinée à un point tel que je passais pour une femme enceinte. Du moins dans l'oeil du boulard scrutateur qui détecte le moindre petit kilo superflu et qui, sous prétexte que vous avez l'air épanoui pour des raisons très personnelles, fait une association d'idées en raccourci puisqu'il vous "connaît".

Le pire ? J'ai dit merci alors qu'avancer l'argument de l'aérophagie aurait certainement brisé le mythe et incité le gaffeur a changer de caisse... Du coup, par la suite, dès que je le voyais pointer sa truffe de fouineur, je prenais l'air compassé de celle qui a vécu une récente tragédie. Il ne disait plus rien, l'air trop mal de celui qui s'est mêlé précocément de ce qui ne le regardait pas. Douce vengeance. 

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