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Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald

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Quatrième de couv': Tendre est la nuit est l'histoire largement autobiographique de la décomposition d'un être fait pour être aimé, trop romantique pour pouvoir résister à son époque, trop tendre, malgré son apparente désinvolture, pour savoir sagement vieillir. C'est plus particulièrement l'histoire de l'amour de Dick et de Nicole, dont nous faisons connaissance à travers les yeux émerveillés d'une jeune actrice qui ne résiste pas au charme de Dick. Ce couple très uni cache un secret. Nicole a été soignée par Dick, médecin psychiatre. L'amour qu'elle a porté à Dick a fait de leur union une nécessité. Un jour viendra pourtant où ils devront se séparer...

Après La Fêlure du même auteur, Alabama Song de Gilles Leroy et Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, je me suis une fois de plus, et non sans plaisir, replongée dans l'existence tourmentée des amants terribles de la Génération perdue. Si j'avais dû écrire la jaquette de ces mémoires romancées, j'aurais plutôt parlé d'un roman très pudique mettant en scène l'incroyable déliquescence d'un couple exceptionnellement uni. D'une démonstration magistrale des règles de l'amour. De l'incompréhensible issue, y compris et même à commencer par les protagonistes, des jeux du coeur qui font passer du statut d'Unique et Indispensable à celui d'Etranger. Comme pour mieux nous rappeler que nous vivons plusieurs vies et que, l'Amour compris, l'intangible ne vaudrait que si nous connaissions parfaitement l'autre - ce qui est impossible - et mieux encore, si nous nous connaissions nous-même. Mais à plusieurs vies, plusieurs identités. De la schizophrénie évolutive.

Extraits :

Quant aux trois femmes, elles illustraient parfaitement le prodigieux brassage de la société américaine. L'un des grands-pères de Nicole était un capitaliste américain self-made man, l'autre appartenait à la famille comtale de Lippe Weissenfeld. Mary North était fille d'un marchand de papier peint, qui descendait lui-même du Président Tyler. Rosemary était un produit moyen de la classe moyenne, propulsée par sa mère vers les hauteurs inexplorées d'Hollywood. Elles avaient pourtant quelque chose en commun, qui les différenciaient de la plupart des femmes américaines : elles étaient heureuses de vivre dans un monde d'hommes. C'est à travers les hommes qu'elles préservaient leur personnalité, et non en s'opposant à eux.

...

- Aujourd'hui, il y a beaucoup de gens remarquables qui choisissent de se détruire eux-mêmes.

- Pourquoi aujourd'hui ? demanda Dick. Ils l'ont toujours fait. Les hommes remarquables frôlent constamment le bord du précipice. Ils ne peuvent pas faire autrement. Quelques-uns ne le supportent pas. Ils renoncent.

...

Nous avons presque tous, dans notre vie, une période de prédilection, une période héroïque. Ce fut, pour Dick, cette période-là. Il était notamment inconscient de son charme, inconscient de ce que pouvaient avoir de déroutant, pour les gens normaux, les sentiments qu'il offrait ou qu'il inspirait.

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On dit des cicatrices qu'elles se referment, en les comparant plus ou moins aux comportements de la peau. Il ne se passe rien de tel dans la vie affective d'un être humain. Les blessures sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer, jusqu'à n'être plus qu'une pointe d'épingle. Elles demeurent toujours des blessures. Il faudrait plutôt comparer la trace des souffrances à la perte d'un doigt, ou à celle d'un oeil. Peut-être, au cours d'une vie entière, ne vous manqueront-ils vraiment qu'une seule minute. Mais quand cette minute arrive, il n'y a plus aucun recours.

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Combien de siècles faudra-t-il encore, avant qu'une nouvelle génération d'Amazones finisse par comprendre qu'un homme n'est vulnérable que si l'on touche à son orgueil ?

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- Être bien élevé, c'est admettre que les gens sont tellement fragiles qu'il faut prendre des gants pour les manipuler. Le respect humain interdit de traiter quelqu'un de menteur ou de lâche, mais si on passe sa vie à ménager les sentiments des gens, et à entretenir leur vanité, on finit par ne plus savoir ce qui, en eux, mérite d'être respecté.

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Il se souvint d'un jour où l'herbe était humide. Elle l'avait rejoint en courant, et ses sandales étaient couvertes de rosée. Elle s'était serrée contre lui, en prenant appui sur ses propres chaussures, et lui avait offert son visage, comme un livre ouvert.

- Pense à quel point tu m'aimes, avait-elle murmuré. Je ne te demande pas de m'aimer toujours à ce point-là, mais je te demande de t'en souvenir. Quoi qu'il arrive, il y aura toujours en moi celle que je suis ce soir.

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Ayant découvert qu'il ne l'aimait pas, et qu'elle ne l'aimait pas, l'envie qu'il avait d'elle s'amplifiait au lieu de s'éteindre. Maintenant qu'il était certain de ne jouer aucun rôle dans sa vie, elle était devenue la femme inconnue, mystérieuse. N'est-ce pas ce qu'entendent la plupart des hommes, lorsqu'ils disent qu'ils sont amoureux ?

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A dix-neuf ans et à vingt-neuf ans, quand elles sont jolies, les femmes ont en elles-mêmes la même confiance dégagée. (...) Dix-neuf et vingt-neuf ans sont les âges de l'insolence, celle, pour le premier, d'un élève officier frais émoulu d'une école militaire, celle, pour le second, d'un guerrier victorieux, qui parade après le combat.

Mais si la jeune fille de dix-neuf ans tire sa confiance en elle de l'excès d'intérêt qu'elle suscite, la femme de vingt-neuf connaît des satisfactions plus subtiles. Affamée, c'est avec discernement qu'elle comble ses appétits. Rassasiée, elle déguste avec bonheur les grains de caviar d'un pouvoir confirmé.

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Sa mémoire, qui ne gardait que ce qui l'arrangeait, comme celle de la plupart des femmes, oubliait déjà ce qu'elle avait éprouvé, lorsqu'ils se donnaient l'un à l'autre, aux quatre coins du monde, dans les endroits les plus secrets (...).

Et le remords l'envahit, brusquement, le remords de trahir elle-même, de déprécier avec cynisme ce qui avait été dix ans de sa vie.

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