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Sanctuaire de William Faulkner

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Quatrième de couv' : Temple ne vit pas, n'entendit pas s'ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d'un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur le coin de la figure. Sans bruit, il entre, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu'au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s'approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d'une église. Elle sourit à Popeye d'un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l'émail de ses dents.

Seconde lecture de Faulkner après Le bruit et la fureur. Il s'agit définitivement d'un auteur complexe à la plume hermétique. Mais pas au sens rédhibitoire du terme, la preuve, j'y reviens. Le plus fascinant est cette aisance de l'écrivain à jongler avec les points de vue de ses protagonistes, à perdre sciemment son lecteur dans une situation insaisissable pour toujours mieux l'éclairer par la suite. Titiller l'intuition et la patience du lectorat, voilà le secret de Faulkner. Le second étant de pouvoir évoquer avec autant de simplicité et de pudeur l'abjection humaine, comme s'il s'était fait une raison sur l'aptitude de l'Homme à l'horreur.

Le fait est qu'il est extrêmement difficile de parler d'un style si mystérieux. On ne peut que le lire, y adhérer ou le bannir. Une chose est sûre, la noirceur de l'homme, son acceptation résignée et surtout dépourvue de jugement était au centre des préoccupations de l'écrivain.

Extraits :

Un monde inégal, puissant, sauvagement personnel, non sans vulgarité parfois. Monde où l'homme n'existe qu'écrasé. Il n'y a pas d'"homme" de Faulkner, ni de valeurs, ni même de psychologie, malgré les monologues intérieurs de ses premiers livres. Mais il y a un Destin dressé, unique, derrière tous ces êtres différents et semblables, comme la mort derrière une salle des incurables. Une obsession intense broie en les heurtant ses personnages, sans qu'aucun d'eux l'apaise ; elle reste derrière eux, toujours la même, et les appelle au lieu d'être appelée par eux.

Préface d'André Malraux

...

Mais il savait bien que tout cela n'était que des mots. Et il se rendait compte qu'elle s'en doutait aussi, grâce à cet irrésistible penchant qui porte les femmes à suspecter tous les actes d'autrui - penchant qui paraît n'être qu'affinité avec le mal, mais qui est, en réalité, une forme pratique de la sagesse.

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