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Tess d'Urberville de Thomas Hardy

1580654023.jpgEditions d'André Topia - 422 pages

Quatrième de couv' : Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d'Urberville, un de ses jeunes maîtres. L'enfant qu'elle met au monde meurt en naissant. Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c'est là une faute irrémissible, que le jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance. Thomas Hardy (1840-1928) signe avec cette oeuvre pessimiste, où la richesse des tableaux rustiques du Wessex ne fait que souligner la noirceur de l'univers social, un des chefs-d'oeuvre du roman anglais, magnifiquement porté à l'écran par le cinéaste Roman Polanski.

Littérature anglaise fin XIXe, apologie du désenchantement, interminables descriptions recontextualisant de manière aussi sombre que poétique, annihilation du concept de happy end... et malgré tout, un romantisme exacerbé. Bref, de quoi satisfaire les mélancoliques compulsifs sans toutefois les porter au cynisme. Bien que le fond soit en fait  le panégyrique de son incarnation : Tess.

Petit avertissement toutefois, le comble du pessimisme à pour moi, lectrice assidue, été atteint lorsque je me suis mise consciencieusement à lire la par ailleurs très instructive introduction d'André Topia mais qui, de manière particulièrement agaçante, pour ne pas dire absurde, vous révèle tout ce qui se passe, de la première à la dernière page. Eclairage donc à ingurgiter plutôt post-lecture, sous peine de développer une rancoeur à l'endroit de l'éditeur...

Une grande pensée pour John Irving, qui avait su me convaincre dans l'une de ses oeuvres (shame on me, j'ai oublié laquelle) de me plonger dans cet intense destin.

Extraits :

Dans une note de son journal datée du 5 mai 1889, période de la rédaction de Tess, Hardy écrit : "Ce qui est socialement une grande tragédie peut dans la Nature être un événement de peu d'importance." Tout le roman illustre ce décalage entre les vicissitudes des passions humaines et l'indifférence du cosmos, "ce froid agglomérat qu'on nomme le monde" et qui, "si terrible dans sa masse, est si peu formidable, si pitoyable même, dans ses unités".

...

Ainsi commença l'aventure. Si Tess avait deviné la portée de cette rencontre, elle eût pu demander pourquoi la fatalité voulait qu'elle fût aperçue et convoitée ce jour-là par l'homme qui n'était pas fait pour elle, et non par quelque autre, par celui qui eût été désirable à tous égards, autant que l'humanité peut en fournir de ce genre ; et cependant, parmi ceux qu'elle avait rencontrés, l'homme qui serait le plus rapproché de cet idéal ne conservait d'elle qu'une impression passagère, à demi oubliée.

Dans l'exécution malhabile du plan habile et sage des choses, celui qui doit venir vient rarement à l'appel ; l'être que l'on aimerait n'arrive guère à l'heure de l'amour. La Nature dit bien peu souvent à sa pauvre créature : "Regarde !" à l'instant où ce regard pourrait conduire au bonheur ; et au cri de "Où es-tu ?" elle ne répond "Ici !" qu'une fois le jeu de cache-cache devenu lassant et fastidieux. On voudrait savoir si une intuition plus délicate, une interaction plus intime du mécanisme social qui, pour le moment, nous secoue de droite et de gauche, ne corrigeront pas ces anachronismes, quand nous serons parvenus au faîte et à l'apogée du progrès humain ; mais comment prophétiser un tel âge d'or, et même le croire possible !

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"L'expérience, dit Roger Ascham, nous fait découvrir un court chemin pour un long voyage." Il n'est pas rare que ce voyage nous rende incapable de faire d'autre course, et à quoi nous sert alors notre expérience ?

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Il comprenait enfin la pensée de Pascal : "A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent pas de différence entre les hommes."

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Il fut surpris de découvrir de si tristes pensées chez cette jeune femme, cette simple fille de laiterie, ayant en elle, pourtant, ce quelque chose de rare qui la faisait envier de ses compagnes. Elle s'exprimait à sa façon naïve, aidée un peu par son éducation primaire, des sentiments que l'on pourrait presque appeler ceux de l'époque : le mal moderne. Il en fut moins étonné en réfléchissant que nous appelons : idées avancées, ce qui n'est en réalité le plus souvent que la définition nouvelle, donnée par la mode à l'aide des mots en logie et en isme, de sensations vaguement saisies depuis des siècles. Pourtant, c'était étrange qu'elles lui fussent venues si jeune, plus qu'étrange, c'était frappant, touchant, pathétique. Comme il n'en devinait pas la cause, rien ne pouvait lui rappeler que l'expérience consiste en intensité, non en durée.

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- Quelquefois, j'ai idée que ce n'est pas la peine d'en savoir plus que je n'en sais déjà.

- Pourquoi donc ?

- Parce que, à quoi sert-il d'apprendre que je fais partie d'une longue file de gens... de découvrir qu'il y a dans quelque vieux livre quelqu'un, juste pareil à moi, et de savoir que je jouerai seulement son rôle ; cela sert à me rendre triste, voilà tout. Le mieux est de ne pas se souvenir que votre nature et vos actes passés ont été juste pareils à ceux de milliers de gens et que votre vie et vos actes seront juste pareils à ceux de milliers d'autres.

- Comment, vous n'avez vraiment envie de rien apprendre ?

- Je ne demanderais pas mieux que d'apprendre pourquoi... pourquoi le soleil brille de même sur les bons et sur les méchants, répondit-elle avec un léger tremblement dans la voix... Mais c'est ce que les livres ne me disent pas.

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Le refus, bien qu'il fût inattendu, ne découragea pas sérieusement Angel. Son expérience des femmes était suffisante pour deviner que le "non" est souvent le prélude au "oui", mais elle ne l'était pas assez pour se rendre compte que, dans ce cas, les hésitations de la pudeur n'avaient rien à voir avec la réponse de Tess. La permission de lui faire la cour, qu'elle lui avait déjà accordée, le rassurait, car il ne savait pas que, dans les champs et les pâturages, ce n'est point du temps perdu que de soupirer gratis ; l'amour y est plus souvent accepté inconsidérément et pour son seul et doux charme que dans les demeures soucieuses et inquiètes des ambitieux, où la jeune fille brûle de s'établir et oublie de rechercher sainement la passion comme fin.

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"Ce petit peu en moins et quel goufre nous sépare !"

Commentaires

  • c'est bizzare mais chez, nous ces histoires ne font que commancer... là où si tu connais quelque chose tu vivra malheureux par les contradictions de la société

  • Rome wasn't built in a day !

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