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19/02/2008

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

Editions Robert Laffont - 419 pages0a33a18e86b64d6e9034b0d06d21535e.jpg

Quatrième de couv' : Accordez-moi cette valse est un roman autobiographique dans lequel Zelda Fitzgerald a transposé sa vision toute personnelle de son mariage avec Scott Fitzgerald. Elle y apparaît elle-même sous le nom, à peine voilé, d'Alabama Beggs, incarnation de ces belles du Sud dont elle était une parfaite représentante. Son mari y figure, lui, sous le nom de David Knight. Ecrit en "six furieuses semaines", le manuscrit fut accepté d'emblée par Maxwell Perkins, le propre éditeur et ami de Scott Fitzgerald chez Scriber's. S'il fut boudé par la critique à sa parution, le livre a été réhabilité lors de sa réédition au début des années 1950. Ce portrait d'un homme doué qui s'autodétruit, enfin apprécié à sa juste valeur, est désormais considéré comme une oeuvre "puissante et mémorable" (le Times Literary Supplement) dont les personnages et leurs actions - tragiques - constrastent magnifiquement avec le cadre de cette Côte d'Azur ensoleillée où ils évoluent. Au-delà de cette peinture d'une époque et de ses personnages, Accordez-moi cette valse est aussi, et peut-être avant tout, un grand roman d'amour.

La Fêlure et Alabama Song m'ont incontestablement donné le goût de me plonger sans compter dans la captivante existence des amants terribles de la Génération perdue, émouvants représentants de l'Ere du Jazz. Cette lecture, qui sera suivie de près par son parallèle Tendre est la Nuit (Francis Scott Fitzgerald), a été le théâtre de sentiments contrastés. Tout d'abord du fait d'une quatrième de couv' qui, pour ma part, se fait un miroir bien déformant de l'oeuvre. Ensuite, grâce/à cause du style parfois déconcertant de Zelda Sayre, pour donner le nom de naissance de celle qui souffrit de vivre, malgré son talent, inexorablement dans l'ombre de son mari. Mais comme l'explique Matthew J. Bruccoli dans sa Postface, aucune tentative n'a été faite pour améliorer le style de l'auteur ou même apporter plus que les corrections réellement indispensables. Les phrases déroutantes n'ont pas été redressées, les mots énigmatiques ont été laissés chaque fois qu'ils rimaient à quelque chose. La qualité essentielle de Save me the Waltz vient de l'étrangeté de sa prose ; essayer d'y toucher ne servirait qu'à de mauvaises fins. Des situations parfois cocasses, d'autres infiniment philosophiques qui traduisent une douleur, un mal-être en filigrane, qui n'a de réelle profondeur que dans l'infiniment poétique pudeur de l'auteur. Mon seul regret est que cette existence torturée et trop courte ne laisse derrière elle que cet unique roman autobiographique.

Extraits :

Alabama ne parvenait jamais à déterminer ce qui la réveillait, le matin, tandis que, allongée sur le dos, elle regardait fixement autour d'elle, consciente de l'absence d'expression qui lui lissait le visage comme une serviette de toilette mouillée.

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Tomber amoureux, conclut-elle, n'est ni plus ni moins qu'une présentation de notre passé à une autre personne, mais pour la plupart, les paquets sont tellement mal enveloppés qu'on ne peut les tenir tout seul, avec les ficelles qui se défont. Rechercher l'amour, c'est comme demander un nouveau point de départ, pensa-t-elle, une autre chance dans la vie. Précoce pour son âge, elle ajouta un addendum : mais personne ne cherche jamais à partager l'avenir avec quelqu'un d'autre, les secrètes espérances humaines sont trop avides pour cela.

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Pendant toute la soirée, Alabama pensa à la guerre. Les choses allaient se désintégrer pour se reconstituer en de nouveaux sujets d'excitation. Avec le nietszchéisme propre aux adolescents, elle envisageait déjà de profiter de ce bouleversement du monde pour échapper à l'atmosphère suffocante qui lui semblait étouffer sa famille, ses soeurs, sa mère. Elle se dit qu'elle s'élèveraient brillamment vers de hautes sphères et s'arrêterait pour admirer autour d'elle - que ce soit permis ou non - et si l'amende était lourde, eh bien, cela ne servait à rien de faire des économies pour la payer, on verrait bien plus tard.  Forte de ces résolutions présomptueuses, elle se jura que si jamais, à l'avenir, son âme venait à mourir de faim et à mendier une bouchée de pain, elle devrait se contenter, sans plainte et sans regret, des pierres qu'elle pourrait lui offrir. Impitoyablement, elle se convainquit que la seule chose qui eût vraiment de l'importance, c'était de prendre ce qu'elle voulait quand elle pourrait. Elle fit de son mieux pour y parvenir.

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New York était bien loin derrière eux. Les forces qui les avaient produits étaient loin derrière eux aussi. Le fait qu'Alabama et David ne percevraient jamais exactement le battement de cet autre pouls, puisqu'on ne peut reconnaître dans un nouveau milieu qye ce qui nous était familier, avant, dans le nôtre, ne dérangeait en rien leurs espérances.

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"Je veux dire, poursuivit-il, que si quelqu'un s'avisait de nous rappeler ce que nous ressentions naguère à propos des choses, quand nous le ressentions de la façon dont ils nous le rappellent, alors, peut-être que cela nous rafraîchirait.

- Je vois ce que tu veux dire. La vie s'est mise à devenir aussi tortueuse que les contorsions sentimentales d'une danse rythmique.

- Absolument. Je voudrais élever quelque protestation à cet égard car je me trouve maintenant beaucoup trop occupé pour travailler très sérieusement."

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Les gens sont comme les dictionnaires, Bonnie - on n'y trouve jamais le renseignement qu'on y cherche, mais ce qu'on y lit au hasard vaut bien la peine qu'on a prise de les ouvrir.

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"N'importe qui te fournira une raison de croire, à la demande, dit-elle à David. Mais si peu de gens donnent quelque chose à quoi se rattacher en plus de cette croyance - la plupart du temps ils vous tendent juste de quoi ne pas vous laisser tomber, et c'est tout. C'est bien difficile de trouver quelqu'un qui accepte des responsabilités au-delà de ce que l'on attend.

- Il est si facile d'être aimé - si difficile d'aimer", répondit David.

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Lorsqu'une personne est suffisamment mûre pour choisir sa voie, les dés sont jetés et le moment de décider de l'avenir est passé depuis longtemps.

15:22 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

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