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Le bruit et la fureur de William Faulkner

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Quatrième de couv' :

"oui je le hais je mourrais pour lui je suis déjà morte pour lui je meurs pour lui encore et encore chaque fois que cela se produit...

pauvre Quentin

elle se renversa en arrière appuyée sur ses bras les mains nouées autour des genoux

tu n'as jamais fait cela n'est-ce pas

fait quoi

ce que j'ai fait

si si bien des fois avec bien des femmes

puis je me suis mis à pleurer sa main me toucha de nouveau et je pleurais contre sa blouse humide elle était étendue sur le dos et par-delà ma tête elle regardait le ciel je pouvais voir un cercle blanc sous ses prunelles et j'ouvris mon couteau"

Quelle étrange sensation d'achever un livre, d'en avoir été pénétrée sans pour autant pouvoir en parler. Non par cachotterie, ni plus par pédanterie. Mais par impéritie. De cette oeuvre magistralement complexe, je n'aurais pu m'imprégner sans préalablement avoir étudié la très pédagogique préface de Maurice Edgar Coindreau, lui-même éclairé sur les points les plus obscurs du roman grâce aux entretiens privés accordés par l'auteur et qui, s'il avertit que la composition de The Sound and the Fury suffirait, à elle seule, à décourager le lecteur paresseux, rassure également en soulignant que les difficultés se présentent en grand nombre et exigent une attention soutenue mais qu'il ne craint pas, du reste, d'affirmer que la compréhension absolue de chaque phrase n'est nullement nécessaire pour goûter Le bruit et la fureur.

Toujours pour reprendre les mots plus justes qu'aucun des miens, le livre entier vibre de bruit et de fureur et semblera dénué de signification à ceux qui estiment que l'homme de lettres, chaque fois qu'il prend la plume, doit apporter un message ou servir quelque noble cause. M. Faulkner se contente d'ouvrir les portes de l'Enfer. Il ne force personne à l'accompagner, mais ceux qui lui font confiance n'ont pas lieu de le regretter. Le drame se déroule dans le Mississippi, entre les membres d'une de ces vieilles familles du Sud, hautaines et prospères autrefois, aujourd'hui tombées dans la misère et l'abjection.

Quelques rais de lumière au coeur d'une opacité qui parvient malgré tout à vous accrocher. Un enchevêtrement narratif aux tournures alambiquées qui transpire le génie scriptural. Ce fascinant mystère littéraire, à difficile portée du liseur aguerri, me paraît relativement inaccessible au lecteur occasionnel. Pour cette première approche de l'écrivain américain auquel on accorde la plus grande influence sur la littérature contemporaine, j'emprunterais les mots dont Guitry usait quant à lui à l'égard des femmes : je suis contre Faulkner, tout contre.

Extraits :

C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l'emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s'en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.

(...)

Je ne crois pas que personne écoute jamais délibérément une montre ou une pendule. Ce n'est pas nécessaire. On peut en oublier le bruit pendant très longtemps et il ne faut qu'une seconde pour que le tic-tac reproduise intégralement dans votre esprit le long decrescendo de temps que vous n'avez pas entendu.

(...)

C'est toujours les habitudes d'oiseveté acquises que l'on regrette.

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