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Des souris et des hommes de John Steinbeck

ae75f6ed5b78b4de972dfefac87005ac.jpgEditions Gallimard - 182 pages

Quatrième de couv' - Joseph Kessel : La prairie sauvage et le rêve le plus humble, le plus tendre, vivent dans ces vagabonds, dans ces brutes mal détachées de l'animal et de la terre. Le grand vent, la grande plaine, la grande pluie et les grandes tristesses circulent autour d'eux. Et quand, sur la berge sablonneuse de la Salinas dormante, se défait, par un sacrifice atroce et magnifique, l'aventure de Lennie, l'innocent qui aima tant caresser les peaux de souris, les poils des chiots et les cheveux brillants des femmes, une admiration profonde et stupéfaite se lève pour l'auteur qui, avec des mots si simples et sans rien expliquer, a fait vivre si loin, si profondément et si fort.

Première "lecture" au collège, seconde "lecture" version english au lycée ; les guillemets ayant vocation a spécifier qu'y compris en matière de passion, je ne me plie guère aux obligations. Troisième et réelle première lecture, de mon propre chef donc, dernièrement. Un enchantement. Bien que public averti, je n'ai pu m'empêcher de pleurer. Pour Lennie, la victime bourreau, pour George, le bourreau victime, pour toutes ces figures caricaturales d'écorchés vifs de tout un pan de l'histoire américaine - malheureusement, toujours tellement d'actualité -, mais aussi et surtout pour ce style si profondément simple, si simplement profond, qui nous dit tout sans rien nous dire. La sobriété en guise de rappel pour ne pas oublier que la complexification stylistique l'est parfois au détriment de la substantifique moëlle du message. Idéal pour tous les réfractaires aux interminables descriptions.

Extrait

- Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, ya pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent, et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout... et pas plus tôt fini, les v'là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux.

Lennie était ravi.

- C'est ça... c'est ça. Maintenant, raconte comment c'est pour nous.

George continua :

- Pour nous, c'est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu'un a qui parler, qui s'intéresse à nous. On a pas besoin de s'asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu'on n'a pas d'autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s'en fout. Mais pas nous.

Lennie intervint.

- Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que... parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, tu m'as moi pour m'occuper de toi, et c'est pour ça.

Il éclata d'un rire heureux.

- Continue maintenant, George !

- Tu l'sais par coeur. Tu peux le faire toi-même.

- Non, toi. Y a toujours des choses que j'oublie. Dis-moi comment que ça sera.

- Ben voilà. Un jour, on réunira tout not'pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et...

- On vivra comme des rentiers, hurla Lennie. Et on aura des lapins. Continue, George. Dis-moi ce qu'on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu'on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George.

- Pourquoi que tu le fais pas toi-même, tu le sais tout.

- Non... raconte, toi. C'est pas la même chose si c'est moi qui le fais. Continue... George. Comment je soignerai les lapins ?

- Eh bien, dit George, on aura un grand potager, et un clapier à lapins, et des poulets. Et quand il pleuvra, l'hiver, on dira : l'travail, on s'en fout ; et on allumera du feu dans le poêle, et on s'assoira autour, et on écoutera la pluie tomber sur le toit... Merde !

Commentaires

  • Je visite ton blog à l a suite de ton com. laissé chez Mary Dollinger. Je dois toujours avoir le livre de poche avec la même illustration du livre de Steinbeck que malgré mes larmes, j'avais beaucoup aimé. J'ai vu il y a également très très longtemps la pièce que Robert Hossein avait adaptée du livre.
    Merci pour ce souvenir enfoui.
    Chaleureusement
    Joëlle

  • Ravie d'avoir pu te rappeler de bons souvenirs. J'ai été très étonnée de pouvoir retrouver l'image d'une si ancienne version, les couvertures des livres étant renouvelées très régulièrement... Et pas forcément en mieux.
    La pièce devait être fantastique. De R.H., je n'ai vu que Marie-Antoinette, mais j'avais été subjuguée.
    Amicalement.

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