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Alabama Song de Gilles Leroy

Editions Mercure de France - 188 pages

Quatrième de couv' : Les garçons des clubs, les jeunes officiers du mess, je les tiens dans ma main gantée de fil blanc.3782f6cba14547a920d349d8a9cf57b4.jpg Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La future fiancée du futur grand écrivain. Du jour où je l'ai vu, je n'ai plus cessé d'attendre. Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui. Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, "Belle du Sud", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister... Mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand "roman américain".

Si ma bibliothèque est riche (je compatis, chers déménageurs qui allez m'aider à migrer au coeur du Paris branché d'ici six jours...), elle ne l'est pas de Goncourt. Et au sortir de cette biographie romancée sublimissime (oui, forcément, maintenant tout est dit), je pense me plonger très prochainement dans la liste du plus que centenaire prix littéraire. Si certains estiment que l'oeuvre récompensée n'est qu'une pierre de plus à l'édifice de minimisation du père de Gatsby le Magnifique au profit de la béatification de la muse frustrée, j'y vois le roman d'une passion destructrice, mené de main de maître, qui a su éveiller en moi le désir de me (re)plonger dans les écrits fêluriques du Goofo de la Southern Belle, de découvrir le travail de l'égérie et d'appprendre l'histoire, la vraie, du couple chef de file de la Génération perdue.  A lire d'une traite.

Extraits :

J'ai l'air de me moquer, et c'est plus fort que moi. Si tu savais comme je t'aime entre deux sarcasmes. Comme... tu me manques.

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Je voyais à son dos raidi que je l'agaçais. C'est étonnant, l'expressivité d'un dos - qu'une nuque crispée puisse vous dire Je ne t'aime plus quand le visage encore n'y arrive pas.

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J'aime le péril... les précipices..., les dés qu'on jette étourdiment en pariant sa vie entière, et je n'attends même pas qu'ils aient fini de rouler pour décider de ma ruine. Me perdre, j'aime aussi, à l'occasion. C'est moi. Rien ne m'en guérira.

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Les gens qui s'aiment sont toujours indécents. Et pour ceux qui ont perdu l'amour, le spectacle des amants est une torture qu'ils nient en crachant dessus ou en s'en moquant.

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Les gens, écrire, pour eux, c'est comme une longue conversation que l'on aurait avec soi-même, comme une confession devant le prêtre de la famille (...), et pour d'autres encore, écrire c'est comme se coucher devant un monsieur ou une demoiselle Freud. Mais non : écrire c'est passer tout de suite aux choses sérieuses, l'enfer direct, le gril continu, avec parfois des jois sous les décharges de mille volts.

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On voudrait tant les chasser, ceux qui gênent, toutes ces gueules cassés qu'on croise dans les métros et les coupe-gorge de Paris, toutes ces gueules illisibles sous les coutures et les raccords plastiques. Leur difformité physique est le reflet de notre monstruosité morale.

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Scott, hâbleur, le soir où nous nous sommes rencontrés : "La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrême. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi parce que cette Grande Guerre de Civilisation, cette boucherie du Vieux Monde nous tuera tous, sans discernement."

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On dit que ma follie nous a séparés. Je sais que c'est juste l'inverse : notre folie nous unissait. C'est la lucidité qui sépare.

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Et si je m'étais trompée de vie ? Si mon orgueil idiot avait causé ma perte ?

Commentaires

  • Bonne Année Charlotte et bonne installation dans ton nouveau nid.Amitiés Alain et Mary

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