Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sa Majesté des Mouches de William Golding

90b0ddc0a16abf45449b52cbf92ca372.jpgEditions Gallimard - 246 pages

Quatrième de couv' : Une bande de garçons de six à douze ans se trouve jetée par un naufrage sur une île déserte. L'aventure apparaît aux enfants comme de merveilleuses vacances : ils se nourrissent de fruits, se baignent, jouent à Robinson. Mais il faut s'organiser et, suivant les meilleures traditions des collèges anglais, ils élisent un chef... Un grand roman d'aventures, mais surtout un magnifique roman d'apprentissage de la vie en société avec ses règles et ses cruautés.

La difficulté a achever cet ouvrage n'a probablement d'autre origine que le sentiment étrange, limite dérangeant, qui m'a envahie au fil de ma lecture. De ce point de vue en tout cas, l'oeuvre est une réussite, bien que mon opinion reste mitigée.

En choisissant ce titre, je pensais rattraper une lacune de jeunesse. Mais au sortir de cette aventure, je suis soulagée qu'on ne m'en ait pas infligé la lecture lors de mes tendres années, où la naïveté était encore de mise. Donner à parcourir cette histoire à un enfant est pour moi un violent pas forcé dans le monde adulte. Certes, il suffit d'observer les petits bouts d'hommes pour se demander qui d'eux ou de nous sont les plus féroces. Erasme ne disait-il pas :

L'homme ne naît pas Homme, il le devient, et c'est par l'action qu'il se transcende.

De ce point de vue, les jeunes rescapés de Golding ont encore une longue route avant de prétendre à l'humanisme.

Extraits :

La marée montante ne laissait plus qu'une mince bande de sable dur entre le bord des vagues et le sol friable et blanc, proche du plateau couvert de palmiers. Ralph choisit ce sentier de sable ferme parce qu'il voulait réfléchir sans faire attention à ses pas. C'est alors que, marchant au bord de l'eau, il eut une révélation soudaine. Il comprit tout à coup le caractère fastidieux de la vie où tout sentier représente l'imprévu et dont une part importante se passe à surveiller ses pas.

...

Ralph se laissait absorber par le mouvement de flux et de reflux jusqu'à ce que son cerveau fût engourdi par cette puissance étrangère. Progressivement, la notion d'infini révélée par ces espaces marins s'imposait à son esprit. Là se trouvait la frontière, l'obstacle. Sur l'autre côté de l'île, baigné de mirages à cette heure du jour, protégé par le bouclier du lagon aux eaux calmes, on pouvait rêver de sauvetage ; mais ici, face à la force brutale de l'Océan, à l'étendue d'un tel mur, on était bloqué, impuissant, condamné, on était...

Simon lui parlait, sa bouche presque contre l'oreille de Ralph. Ce dernier s'aperçut qu'il agrippait les rochers à pleines mains, le corps tendu, le cou raide, la bouche ouverte.

- Tu reviendras chez toi.

Simon hochait la tête affirmativement. Un genou posé sur une roche surélevée, l'autre jambe pendant à la hauteur de Ralph, il baissait les yeux sur lui.

Surpris, Ralph regarda Simon.

- Je trouve que c'est si grand...

Simon fit le même geste affirmatif.

- Oui. Mais tu reviendras quand même. En tout cas, je le pense.

Le corps de Ralph se détendit un peu. Il jeta un coup d'oeil sur l'eau, puis sourit à Simon avec dérision.

- Tu as un bateau dans ta poche ?

Simon sourit aussi et secoua la tête.

- Et bien alors, qu'en sais-tu ?

Comme Simon se taisait, Ralph dit sèchement :

- Tu es cinglé.

Simon secoua la tête plus violemment et ses épais cheveux noirs volèrent en désordre sur son visage.

- Pas du tout. Je pense simplement que tu rentreras chez toi.

Pendant un moment, tous deux gardèrent le silence. Puis soudain, ils échangèrent encore un sourire.

Les commentaires sont fermés.