31.07.2007

L'élégance du hérisson - extraits

Chose promise, chose due. Je livre ici quelques extraits de ma dernière lecture en date : L'élégance du hérisson de Muriel69ef3af72c22c60c080bcdd03165fb55.jpg Barbery. La sélection fut ardue dans le sens où les extraits que je choisis sont en général des bouts de phrase ou des paragraphes ayant eu un écho particulier en moi or, en la matière, il m'aurait fallu recopier l'intégralité de l'oeuvre ce qui, en plus de n'être pas permis, aurait été trop fastidieux. Echantillons.

Certaines personnes sont incapables de saisir dans ce qu'elles contemplent ce qui en fait la vie et le souffle intrinsèques et passent une existence entière à discourir sur les hommes comme s'il s'était agi d'automates et sur les choses comme si elle n'avaient point d'âme et se résumaient à ce qui peut en être dit, au gré des inspirations subjectives.

...

C'est un invité de papa, au dîner d'hier, qui l'a dit : "Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique." (...) Je m'explique : il n'y a pas plus midinette que le cynique. C'est parce qu'il croit encore à toute force que le monde a un sens et parce qu'il n'arrive pas à renoncer aux fadaises de l'enfance qu'il adopte l'attitude inverse. "La vie est une catin, je ne crois plus en rien et j'en jouirai jusqu'à la nausée" est la parole même du naïf contrarié. (...) Moi je pense que cette phrase est une vraie pensée profonde, justement parce que ce n'est pas vrai, en tout cas pas entièrement vrai. Ca ne veut pas dire ce qu'on croit au départ. Si on s'élevait dans la hiérarchie sociale en proportion de son incompétence, je vous garantis que le monde ne tournerait pas comme il tourne. Mais le problème n'est pas là. Ce que veut dire cette phrase, ce n'est pas que les incompétents ont une place au soleil, c'est que rien n'est plus dur et injuste que la réalité humaine : les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage. C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes des primates programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement. Les hommes vivent dans un monde où se sont les faibles qui dominent. C'est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde.

...

Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l'obligation de rigueur dans la considération de la beauté n'est pas négociable. La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des oeuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue. Enfin, qu'une Sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que dans le même temps, des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la Beauté.

Aux riches, le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir.

...

Quelle autre raison pourrais-je avoir d'écrire ceci (...) si l'écriture ne tenait pas elle-même de l'art du fauchage ? Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j'assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s'inscrivant malgré moi sur la feuille, m'apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte.

Alors, j'accède, dans la pleine évidence et texture de moi-même, à un oubli de moi qui confine à l'extase, je goûte la bienheureuse quiétude d'une conscience spectatrice.

30.07.2007

L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

40fe4b339451eaccff048b89fa3ea395.jpgEditions Gallimard - 356 pages

Quatrième de couv' : "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."

Par habitude, je suis une lectrice particulièrement bibliophage mais pas spécialement "dans l'actualité". Oui, le syndrome d'inaccessibilité culturelle s'étendant également au domaine littéraire, je ne prends bien souvent connaissance des titres en vogue que tardivement, une fois l'édition de poche dans les rayons.

Et puis parfois, souvent à l'occasion d'une rencontre plus ou moins fortuite avec une édition pour moi symbole de l'incarnation même du livre, le fétichisme prend le pas sur la patience et je craque. Passée l'euphorie matérialiste, vous réalisez que malgré l'entrée en possession de la reliure fétiche, vous n'en restez pas moins en décalage. Et doublement désormais car vous devenez la retardataire des 100 % réactifs de l'actualité littéraire (public plutôt aisé) et la "nouvelle riche quasi arriviste" des 100 % contraints d'attendre la culture au rabais (public plutôt fauché) qui, en plus d'une jalousie bien naturelle, vous évitent pour ne pas vous entendre parler du livre dans lequel ils souhaitent, impatients mais contraints, se jeter dans l'intrigue à corps perdu et sans indice aucun. Mais après tout, la littérature n'est-elle pas un plaisir solitaire si l'on y songe bien ?

La dernière prise de pas du fétichisme sur ma patience concerne bien évidemment L'élégance du hérisson de Muriel Barbery que tous les "in" ont déjà lu et tout les avides "out" vont attendre avec encore plus d'empressement désormais. Toujours un peu réticente à la simple mention d'un "succès incontournable", je suis pour le coup absolument ravie de la justesse de la critique. Si l'auteur possède certainement les relations indispensables de nos jours pour se faire éditer, son talent inouï n'en a pas moins de mérite.

Entendons-nous bien, j'aime les livres passionnément. Mais rares sont ceux que je lis en ayant la conviction intime lorsque je les achève qu'ils m'ont marquée indéfectiblement. Si l'on considère le nombre de livres que nous pouvons compulser dans une existence et si, à partir de ce total, nous faisons le rapport entre ceux dont nous sommes incapables de parler deux ans après et ceux dont nous pouvons ne serait-ce que citer le nom exact des personnages après dix longues années, les seconds représentent une large minorité. Dont fait partie L'élégance du hérisson.

Cette oeuvre magnifique est la subtile alliance de tout ce que j'apprécie profondément dans la littérature : la richesse infinie du vocable et de la syntaxe, un fil conducteur captivant, une conséquente matière à réflexion, beaucoup d'originalité et d'inattendu. Bref, ce livre est une perle qui ne peut qu'élever celui qui offre à ses yeux mais surtout à son esprit l'incommensurable chance de le parcourir. Les fétichistes jusqu'auboutiste apprécieront le raffinement de l'alternance typographique dissociant les deux récits.

Je me permets de déroger à mon habitude de retranscrire quelques extraits, la présente note étant à mon sens déjà trop longue. Mais j'y remédierai dès demain, promis.

29.07.2007

Dimanche, jour sacré

Loin de moi l'idée incongrue (pardon, ça n'engage que moi...) d'un éveil de foi tardif. Mes accès mystiques n'ont et n'auront certainement jamais d'autre origine que la musique. A la vérité, je déteste le dimanche.

Le dimanche est, outre le jour de mon enfance où l'on me traînait sempiternellement à la messe pour jouer l'enfant de4a359d0b4f7bf1bfa22777a84774b95b.jpg coeur ce que je ne faisais grâcieusement que parce que le curé me filait 20 francs pour le "sacerdoce", le dimanche est donc ce dernier jour du week-end qui, à peine a-t-il commencé, sent déjà la fin. Il ne faut rien faire d'excessivement fatigant pour ne pas amorcer une longue semaine qui le sera d'autant plus si on est épuisé, il faut adopter une réflexion organisationnelle pour anticiper l'optimisation de son temps de travail (à condition d'avoir quelque chose d'autre à faire que de chauffer sa chaise...)... bref le dimanche est un mauvais jour où rien n'est vraiment fun.

Sauf quand il devient cette veille de lundi, ou plus exactement cette première veille sur trois de lundi où aucune retenue ni pensée liées au boulot ne viendront gâcher mon plaisir et envahir mon esprit. Encore 18 jours de bonheur, je suis en vacances !

Alleluia, n'en déplaise à qui voudra.

26.07.2007

Blog addict

Qu'est-ce qu'on fait quand on s'ennuie dans un bureau devant un ordinateur ? On bloggue ! Et qu'est-ce qu'on fait quand on sait pas quoi écrire sur son blog ? On va visiter ceux des autres, on trouve des tests débiles et on les fait. Moralité :

64%How Addicted to Blogging Are You?

25.07.2007

Harry Potter et l'Ordre du Phénix

89307b2142889eb75a84f88d4c63adb5.jpgAprès une longue abstinence cinématographique (et pour cause quand on voit le tarif d'une place !), retour dans les salles pour voir le cinquième opus du célébrissime Harry Potter. Après avoir vu sur le grand écran les trois premiers volets et n'avoir toujours pas découvert, même en dvd, le quatrième - l'avantage étant de pouvoir zapper un épisode à l'image quand on l'a lu -, j'ai, sans étonnement aucun, été agréablement surprise dans la mesure où je sais par avance que les films n'atteignent, à mon sens, jamais le niveau des livres.

Seul petit regret, la concision du combat final qui n'est pas à la hauteur du suspens pesant des mots de J.K. Rowling. En revanche, je suis assez impressionnée de voir les arrangements et autres ellipses opérées pour éviter, si ce n'est les hurlements des enfants pendant, du moins les terreurs nocturnes après. Quoique pour ma part, j'aurais, dans mon jeune âge, déserté la salle relativement rapidement.

Cette remise en bouche aura été l'occasion de me replonger dans l'univers parallèle au nôtre, pauvres Moldus, avant de relire le sixième tome... dans l'interminable attente du 26 octobre, date fatidique qui ô joie, nous donnera toutes les clés de toutes les énigmes et ô malheur, mettra fin à une épopée qu'on voudrait éternelle.

Je continue à plaindre les snobs qui, sous prétexte de se différencier, passe à côté de ce monument moderne de la littérature.

Mélancolivre

Quand on lit beaucoup (et qu'on a le luxe d'être une fétichiste qui refuse d'emprunter à la bibliothèque), on achète beaucoup de bouquins. L'inconvénient, c'est que les déménagements n'en sont que plus pénibles. L'avantage, c'est que ces achats répétitifs (quasi compulsifs) vous permettent de développer une sorte de sixième sens qui vous évite d'investir dans un navet, écueil insupportable quand votre conscience de lecteur vous interdit de vous défaire d'un ouvrage avant d'avoir atteint le point final.

Malheureusement, nul n'est infaillible.1430b1586c55192b3d43315363cda4db.jpg

Vous souvenez vous de ce déchirement que vous ressentiez quand par malheur vous cassiez l'un de vos joujoux préférés ? Et bien quand je commets la grossière erreur d'acheter un livre mauvais qui a eu l'impertinence de passer à travers les mailles pourtant serrées du filet de l'édition, ça me donne envie de pleurer comme quand j'étais gosse et que des méchants (soeur ou faux amis) me cassaient mes jouets. Ben oui, moi j'étais super soigneuse :o)

24.07.2007

Une si longue lettre de Mariama Bâ

Editions Privat-Le Rocher - 165 pages

Quatrième de couv' : Une si longue lettre est une oeuvre majeure, pour ce qu'elle dit de la condition des femmes. Au coeur de ce roman, la lettre que l'une d'elles, Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui be890b76d2384ac9104db9b6b1390735.jpgsuit son veuvage. Elle y évoque leurs souvenirs heureux d'étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l'absence de droits des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d'amour. La Sénégalaise Mariama Bâ et la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société.

Si mes premiers pas littéraires sur le continent africain furent quelque peu chancelants (nouvelle culture, nouveau langage, nouveaux usages... nouvelle écriture), je ne fus au final déçue que par la longueur du texte, ou plus exactement son absence de longueur. D'une plume extrêment avisée sans pour autant mâcher ses mots, Mariama Bâ nous entraîne dans cette époque transitionnelle entre l'Afrique d'hier et celle d'aujourd'hui. De l'opposition entre le respect des anciens et les aspirations des nouvelles générations, les traditions ancestrales et le monde nouveau, le devoir et le vouloir des femmes... Mariama Bâ nous présente le tiraillement perpétuel d'un pays, de son pays qui, grâce à une inépuisable espérance, ne renonce pas à accoucher de lui-même.

Extraits :

On ne prend pas rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne qui il veut, quand il veut. Dans le sens de vos désirs, il vous apporte la plénitude. Mais le plus souvent, il déséquilibre et heurte. Alors, on subit.

...

Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d'héroïsme, un héroïsme obscur fait d'abdications, de renoncements et d'aquiescements, sous le fouet impitoyable de la fatalité.

Je pense aux aveugles du monde entier qui se meurent dans le noir. Je pense aux paralytiques du monde entier qui se traînent. Je pense au lépreux du monde entier que leur mal ampute.

Victimes d'un triste sort que vous n'avez pas choisi, que sont, à côté de vos lamentations, mes démêlés, motivés cruellement, avec un mort qui n'a plus de mainmise sur ma destinée ? Justiciers, vous auriez pu, en liguant vos désespoirs, rendre tremblants ceux que la richesse enivre, ceux que le hasard favorise. Vous auriez pu, en une horde puissante de sa répugnance et de sa révolte, cracher le pain que votre faim convoite.

Votre stoïcisme fait de vous non des violents, non des inquiétants, mais de véritables héros, inconnus de grande histoire, qui ne dérangent jamais l'ordre établi, malgré votre situation misérable.

Je répète, que sont, à côté de vos tares visibles, les infirmités morales dont vous n'êtes d'ailleurs pas à l'abri ? En pensant à vous, je rends grâce à Dieu de mes yeux qui embrassent chaque jour le ciel et la terre. Si la fatigue morale m'ankylose aujourd'hui, elle désertera demain mon corps. Alors, ma jambe délivrée me portera lentement et, à nouveau, j'aurai autour de moi l'iode et le bleu de la mer. Seront miens l'étoile et le nuage blanc. Le souffle du vent rafraîchira encore mon front. Je m'étendrai, je me retournerai, je vibrerai. Ô ! santé, habite-moi. Ô ! santé...

Mes efforts ne me détournent pas longtemps de ma déception. Je pense au nourrisson orphelin à peine né. Je pense à l'aveugle qui ne verra jamais le sourire de son enfant. Je pense au calvaire du manchot... Je pense... Mais mon découragement persiste, mais ma rancoeur demeure, mais déferlent en moi les vagues d'une immense tristesse !

...

Alors que la femme puise, dans le cours des ans, la force de s'attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l'homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son oeil égoïste regarde par-dessus l'épaule de sa conjointe. Il compare ce qu'il eut à ce qu'il n'a plus, ce qu'il a à ce qu'il pourrait avoir.

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Le sang des blessures coagulé dessine sur le sol des taches sombres et répugnantes. Tout en les brossant, je pense à l'identité des hommes : même sang rouge irriguant les mêmes organes. Ces organes, situés aux mêmes endroits, remplissent les mêmes fonctions. Les mêmes remèdes soignent les mêmes maux sous tous les cieux, que l'individu soit noir ou blanc : tout unit les hommes. Alors, pourquoi s'entretuent-ils dans des batailles ignobles pour des causes futiles en regard des massacres de vies humaines ? Que de guerres dévastatrices ! Et pourtant, l'homme se prend pour une créature supérieure. A quoi lui sert son intelligence ? Son intelligence enfante aussi bien le beau que le mal, plus souvent le mal que le bien.

23.07.2007

Les appâts rances

Mais pourquoi tant d'histoires sentimentales sont un échec ?68bdaf71be0e8eb747d1683f3b8800c0.jpg

Alors, d'accord, aujourd'hui nous avons le luxe de pouvoir tester et comparer. Peut-être est-ce cet embarras du choix qui nous rend plus difficiles... Sommes-nous devenus plus exigeants, moins tolérants, trop égoïstes pour supporter quelqu'un d'autre que nous ?

En y réfléchissant, je me dis que bon, certainement un petit peu, mais pas que.

Tout compte fait, je pense que ces échecs répétitifs sont le fruit non pas d'une incapacité générationnelle à s'engager ou d'une course effrénée au "mieux" mais d'une simple erreur sur la marchandise.

Combien de fois avons-nous été déçus de nous apercevoir que la personne tant convoitée était, la phase de séduction dépassée, bien différente de celle que nous nous étions représentée ? Certes, la distorsion vient en partie du fait que les yeux amoureux embellissent certains aspects et en scotomisent d'autres. Mais cette altérité vient aussi de nous-mêmes. Quand nous tentons de faire opérer le charme, nous misons tout sur nos points forts, nous tentons de nous dévoiler sous notre meilleur jour. Jusque là, rien que de normal. Le problème est que nous attirons l'autre avec des traits de caractère ou un mode de pensée qui sont, non pas exactement les nôtres mais ceux que nous souhaiterions posséder. C'est ce que j'appelle le soi fantasmé. Oui, oui, c'est très narcissique.

Forcément, quelle surprise pour nos apollons de se croire avec une dulcinée toute douce qui devient bientôt une hystérique de première ! Et quelle déconvenue de constater que nos jules si attentionnés les premiers jours deviennent si rapidement négligents !

Alors que très franchement - testé et approuvé -, il est bien plus facile et efficace quand on est une emmerdeuse de se faire deux fois plus emmerdeuse que ce que l'on est. Si le jules convoité reste, c'est dans la poche. Pareil pour vous messieurs : faites le négligent assumé dès le début, la moindre petite attention n'en deviendra que meilleure par la suite. Bon naturellement, le procédé est risqué et multiplie les probabilités de mort dans l'oeuf de la relation.

Le mieux étant quand même de rester soi-même... Mais savons-nous vraiment qui nous sommes ? Et notre "soi" n'est-il pas en perpétuelle évolution ? Et... Et... Et... Amis de la psychologie de comptoir, bonsoir.

21.07.2007

Du conditionnement...

Les différents produits que nous sommes amenés à consommer sont, dit-on, "conditionnés". Dans un langage plus basique, cela signifie qu'ils se trouvent dans des emballages qui ont différentes fonctions.

D'un point de vue industriel, l'emballage protège le produit contenu.

Dans la logique logistique, l'emballage permet de transporter le produit.

Et puis d'un point de vue marketing / design - on ne parle alors plus d'emballage ou de conditionnement mais de packaging - son rôle est de passer un message / une promesse, d'ajouter de la valeur au produit, de le rendre visible et reconnaissable et donc, d'un point de vue commercial d'en augmenter les ventes.

Si la fonction première du conditionnement est donc de protéger le produit afin de garantir sécurité et qualité au consommateur, le côté packaging qui se réfère à l'apparence est aujourd'hui devenu primordial. Ben oui, business is business. Des sommes colossales sont alors dépensées pour utiliser de la manière la plus efficace qui soit cet espace de communication gratuit (!) et convaincre (endoctriner ?) le consommateur qu'il doit accorder sa préférence à ce produit et pas un autre. Une véritable guerre du conditionnement le plus "impactant" s'est donc engagée entre les marques pour convaincre toujours plus de consommateurs. Et ça marche ! Des études le prouvent : pour un produit identique, c'est le conditionnement le plus attractif qui fait le plus vendre.

Mais, si certains sont devenus des champions (...) du conditionnement, certains ont oublié, outre les dimensions industrielle, logistique, marketing et communication, l'importance de sa réalisation. La condition première du conditionnement est sa parfaite fabrication. Sinon, d'un outil de pécule, il devient ridicule... (agrandir et lire attentivement

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N'oublions pas à ce propos que cette course au conditionnement devient une véritable calamité pour l'environnement...

Northanger Abbey de Jane Austen

Editions Christian Bourgois - 276 pages

Quatrième de couv' : Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie de roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austenien du mariage et très moderne du "double jeu".

8948bf6899c472f66374d5f6d0c6a4ea.gifAprès, selon mes propres goûts littéraires, le succès incontestable d'Orgueil et préjugés, celui un peu moins évident d'Emma mais au final avéré et puisqu'on dit "jamais deux sans trois", j'ai une fois de plus passé la semaine dans l'Angleterre du XIXe siècle. Je ne ferai pas de paraphrase de la succincte quoique très perspicace quatrième de couverture. Mais je me contenterai, avant de livrer quelques extraits qui ont su me toucher, de souligner ma totale admiration pour cette femme auteur qui, outre des talents d'écriture et d'imagination pour le moins développés, savait, à chaque fois, livrer une oeuvre aboutie non pas à son public mais à ses publics. Car Jane Austen écrivait avec tant de maîtrise, domptait verbe et intrigue avec une telle dextérité que son produit final se trouvait et se trouve encore être un chef d'oeuvre tant pour les midinettes que pour les cyniques. Cette habileté a réunir des assistances si farouchement opposées ne peut que forcer mon admiration. Ne reste plus qu'à me plonger dans Raison et sentiments qui m'attend patiemment parmi mes innombrables BAD...

Mises en bouche :

Elle lut tous ces ouvrages que doivent lire les héroïnes pour emplir leur mémoire de ces citations qui s'avèrent tellement utiles et tellement apaisantes dans les vicissitudes de leur existence mouvementée.

De Pope, elle apprit à censurer ceux qui

"Portent partout leurs moqueries sur l'infortune..."

De Gray, elle sut que

"Mainte fleur est née pour rougir, invisible, et pour gaspiller sa fragrance dans un désert..."

De Thompson, que

"C'est une tâche délicieuse que d'apprendre à la jeune idée à percer..."

Shakespeare lui fournit nombre d'informations. Elle apprit entre autres que

"Des bagatelles légères comme l'air sont aux yeux du jaloux une aussi puissante assurance que les preuves que livrent les Saintes Ecritures..."

Que

Le pauvre scarabée que nous écrasons souffre en son corps des transes aussi cruelles qu'un géant lorsqu'il meurt..."

Et qu'une jeune femme amoureuse est comme

"La Patience qui sur son monument sourit à la Souffrance..."

...

L'amitié est certes le plus doux des baumes aux plaies des amours décues.

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