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  • L'élégance du hérisson - extraits

    Chose promise, chose due. Je livre ici quelques extraits de ma dernière lecture en date : L'élégance du hérisson de Muriel69ef3af72c22c60c080bcdd03165fb55.jpg Barbery. La sélection fut ardue dans le sens où les extraits que je choisis sont en général des bouts de phrase ou des paragraphes ayant eu un écho particulier en moi or, en la matière, il m'aurait fallu recopier l'intégralité de l'oeuvre ce qui, en plus de n'être pas permis, aurait été trop fastidieux. Echantillons.

    Certaines personnes sont incapables de saisir dans ce qu'elles contemplent ce qui en fait la vie et le souffle intrinsèques et passent une existence entière à discourir sur les hommes comme s'il s'était agi d'automates et sur les choses comme si elle n'avaient point d'âme et se résumaient à ce qui peut en être dit, au gré des inspirations subjectives.

    ...

    C'est un invité de papa, au dîner d'hier, qui l'a dit : "Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique." (...) Je m'explique : il n'y a pas plus midinette que le cynique. C'est parce qu'il croit encore à toute force que le monde a un sens et parce qu'il n'arrive pas à renoncer aux fadaises de l'enfance qu'il adopte l'attitude inverse. "La vie est une catin, je ne crois plus en rien et j'en jouirai jusqu'à la nausée" est la parole même du naïf contrarié. (...) Moi je pense que cette phrase est une vraie pensée profonde, justement parce que ce n'est pas vrai, en tout cas pas entièrement vrai. Ca ne veut pas dire ce qu'on croit au départ. Si on s'élevait dans la hiérarchie sociale en proportion de son incompétence, je vous garantis que le monde ne tournerait pas comme il tourne. Mais le problème n'est pas là. Ce que veut dire cette phrase, ce n'est pas que les incompétents ont une place au soleil, c'est que rien n'est plus dur et injuste que la réalité humaine : les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage. C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes des primates programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement. Les hommes vivent dans un monde où se sont les faibles qui dominent. C'est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde.

    ...

    Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l'obligation de rigueur dans la considération de la beauté n'est pas négociable. La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des oeuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue. Enfin, qu'une Sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que dans le même temps, des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la Beauté.

    Aux riches, le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir.

    ...

    Quelle autre raison pourrais-je avoir d'écrire ceci (...) si l'écriture ne tenait pas elle-même de l'art du fauchage ? Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j'assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s'inscrivant malgré moi sur la feuille, m'apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte.

    Alors, j'accède, dans la pleine évidence et texture de moi-même, à un oubli de moi qui confine à l'extase, je goûte la bienheureuse quiétude d'une conscience spectatrice.

  • L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

    40fe4b339451eaccff048b89fa3ea395.jpgEditions Gallimard - 356 pages

    Quatrième de couv' : "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

    Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."

    Par habitude, je suis une lectrice particulièrement bibliophage mais pas spécialement "dans l'actualité". Oui, le syndrome d'inaccessibilité culturelle s'étendant également au domaine littéraire, je ne prends bien souvent connaissance des titres en vogue que tardivement, une fois l'édition de poche dans les rayons.

    Et puis parfois, souvent à l'occasion d'une rencontre plus ou moins fortuite avec une édition pour moi symbole de l'incarnation même du livre, le fétichisme prend le pas sur la patience et je craque. Passée l'euphorie matérialiste, vous réalisez que malgré l'entrée en possession de la reliure fétiche, vous n'en restez pas moins en décalage. Et doublement désormais car vous devenez la retardataire des 100 % réactifs de l'actualité littéraire (public plutôt aisé) et la "nouvelle riche quasi arriviste" des 100 % contraints d'attendre la culture au rabais (public plutôt fauché) qui, en plus d'une jalousie bien naturelle, vous évitent pour ne pas vous entendre parler du livre dans lequel ils souhaitent, impatients mais contraints, se jeter dans l'intrigue à corps perdu et sans indice aucun. Mais après tout, la littérature n'est-elle pas un plaisir solitaire si l'on y songe bien ?

    La dernière prise de pas du fétichisme sur ma patience concerne bien évidemment L'élégance du hérisson de Muriel Barbery que tous les "in" ont déjà lu et tout les avides "out" vont attendre avec encore plus d'empressement désormais. Toujours un peu réticente à la simple mention d'un "succès incontournable", je suis pour le coup absolument ravie de la justesse de la critique. Si l'auteur possède certainement les relations indispensables de nos jours pour se faire éditer, son talent inouï n'en a pas moins de mérite.

    Entendons-nous bien, j'aime les livres passionnément. Mais rares sont ceux que je lis en ayant la conviction intime lorsque je les achève qu'ils m'ont marquée indéfectiblement. Si l'on considère le nombre de livres que nous pouvons compulser dans une existence et si, à partir de ce total, nous faisons le rapport entre ceux dont nous sommes incapables de parler deux ans après et ceux dont nous pouvons ne serait-ce que citer le nom exact des personnages après dix longues années, les seconds représentent une large minorité. Dont fait partie L'élégance du hérisson.

    Cette oeuvre magnifique est la subtile alliance de tout ce que j'apprécie profondément dans la littérature : la richesse infinie du vocable et de la syntaxe, un fil conducteur captivant, une conséquente matière à réflexion, beaucoup d'originalité et d'inattendu. Bref, ce livre est une perle qui ne peut qu'élever celui qui offre à ses yeux mais surtout à son esprit l'incommensurable chance de le parcourir. Les fétichistes jusqu'auboutiste apprécieront le raffinement de l'alternance typographique dissociant les deux récits.

    Je me permets de déroger à mon habitude de retranscrire quelques extraits, la présente note étant à mon sens déjà trop longue. Mais j'y remédierai dès demain, promis.

  • Dimanche, jour sacré

    Loin de moi l'idée incongrue (pardon, ça n'engage que moi...) d'un éveil de foi tardif. Mes accès mystiques n'ont et n'auront certainement jamais d'autre origine que la musique. A la vérité, je déteste le dimanche.

    Le dimanche est, outre le jour de mon enfance où l'on me traînait sempiternellement à la messe pour jouer l'enfant de4a359d0b4f7bf1bfa22777a84774b95b.jpg coeur ce que je ne faisais grâcieusement que parce que le curé me filait 20 francs pour le "sacerdoce", le dimanche est donc ce dernier jour du week-end qui, à peine a-t-il commencé, sent déjà la fin. Il ne faut rien faire d'excessivement fatigant pour ne pas amorcer une longue semaine qui le sera d'autant plus si on est épuisé, il faut adopter une réflexion organisationnelle pour anticiper l'optimisation de son temps de travail (à condition d'avoir quelque chose d'autre à faire que de chauffer sa chaise...)... bref le dimanche est un mauvais jour où rien n'est vraiment fun.

    Sauf quand il devient cette veille de lundi, ou plus exactement cette première veille sur trois de lundi où aucune retenue ni pensée liées au boulot ne viendront gâcher mon plaisir et envahir mon esprit. Encore 18 jours de bonheur, je suis en vacances !

    Alleluia, n'en déplaise à qui voudra.

  • Blog addict

    Qu'est-ce qu'on fait quand on s'ennuie dans un bureau devant un ordinateur ? On bloggue ! Et qu'est-ce qu'on fait quand on sait pas quoi écrire sur son blog ? On va visiter ceux des autres, on trouve des tests débiles et on les fait. Moralité :

    64%How Addicted to Blogging Are You?
  • Harry Potter et l'Ordre du Phénix

    89307b2142889eb75a84f88d4c63adb5.jpgAprès une longue abstinence cinématographique (et pour cause quand on voit le tarif d'une place !), retour dans les salles pour voir le cinquième opus du célébrissime Harry Potter. Après avoir vu sur le grand écran les trois premiers volets et n'avoir toujours pas découvert, même en dvd, le quatrième - l'avantage étant de pouvoir zapper un épisode à l'image quand on l'a lu -, j'ai, sans étonnement aucun, été agréablement surprise dans la mesure où je sais par avance que les films n'atteignent, à mon sens, jamais le niveau des livres.

    Seul petit regret, la concision du combat final qui n'est pas à la hauteur du suspens pesant des mots de J.K. Rowling. En revanche, je suis assez impressionnée de voir les arrangements et autres ellipses opérées pour éviter, si ce n'est les hurlements des enfants pendant, du moins les terreurs nocturnes après. Quoique pour ma part, j'aurais, dans mon jeune âge, déserté la salle relativement rapidement.

    Cette remise en bouche aura été l'occasion de me replonger dans l'univers parallèle au nôtre, pauvres Moldus, avant de relire le sixième tome... dans l'interminable attente du 26 octobre, date fatidique qui ô joie, nous donnera toutes les clés de toutes les énigmes et ô malheur, mettra fin à une épopée qu'on voudrait éternelle.

    Je continue à plaindre les snobs qui, sous prétexte de se différencier, passe à côté de ce monument moderne de la littérature.