10.05.2012
KIA Dubstep Contest Euro 2012 : KDO énOOOrmes !
Fans de foot ou désireux de changer votre voiture ? Cet article vous concerne. Mais il va falloir être créatif et réactif !
Le jeu concours qui pourrait faire de vos envies une réalité, le KIA Dubstep Contest, se termine le 13 mai 2012 ! Donc très très bientôt. Pour tenter de gagner : à vos tutus, à vos ballons, à vos je-ne-sais-quoi mais imaginez une chorégraphie dubstep-football sur le morceau de DJ Pavilion I Can't Stop. Bougez, ondulez, shootez, buzzez et remportez peut-être des places pour le match d'ouverture de l'Euro 2012 ainsi que la nouvelle Kia Picanto ! Inutile d'être danceur professionnel (il y a même des tutoriaux pour ceux qui ne voient absolument pas en quoi consiste le dubstep), il faut seulement tenter et surtout, s'amuser.

Pour participer, rendez-vous immédiatement sur l'application Facebook Kia DubStep Contest, remplissez le formulaire, uploadez votre "clip" et croisez les doigts. Vous pouvez move your body seul ou à plusieurs mais sachez que si vous réunissez une véritable compagnie pour votre choré, il n'y aura que deux gagnants par vidéo invités à l'Euro. Les mineurs n'ont pas le droit de se qualifier pour être sélectionnés mais ils peuvent participer aux films. Les 8 finalistes gagneront le voyage en Pologne incluant vol, hôtel et places pour le match d'ouverture à Varsovie le 8 juin 2012. Le grand gagnant aura en plus une nouvelle Kia Picanto. Les 16 premières équipes seront désignées en fonction de leur talent, de leur créativité et de leur divertissement par des juges et les 8 meilleures seront départagées par le vote des fans sur la fan page Facebook de Kia.
Donc hop hop hop, allez imaginer de super pas, vous n'avez que jusqu'à dimanche ! Pour vous décomplexer; j'ai osé :
A ma décharge, je viens de me faire opérer et je suis handicapée du dos... Donc possibilités limitées... Merci de votre compréhension bande de petits moqueurs.
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12.04.2012
Demande à la poussière de John Fante
Christian Bourgois Editeur - 272 pages
Présentation de l'éditeur : « On découvre dans Demande à la poussière une bourrasque littéraire qui conte les aventures d'Arturo Bandini, Rital du Colorado. Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l'Ouest sauvage. Elle se termine sur l'océan Pacifique, après moult détours, cuites et amours sans lendemain. Arturo Bandini, c'est l'alter ego de John Fante, fils de maçon bouillonnant, arpenteur de la dèche, écrivain avant tout. Arturo Bandini, c'est aussi toute l'enfance de l'immigré italien, la misère, l'humiliation de la mère trompée, les raclées du père. Les romans de Fante sentent la chaleur écrasante ou le froid mordant, les routes interminables, les chambres d'hôtel moites et les amoureuses sensuelles. » - Sophie Cachon, Télérama
J'ai tendance à me tourner vers les auteurs évoqués dans des livres que j'adore. C'est ainsi que le génialissime La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli m'a mis le nom de John Fante à l'oreille. Ayant croisé ce nom à quelques autres reprises, je me suis décidé à suivre mon envie de découverte.
Verdict ? Mouaif. Un peu la même sensation qu'avec Graham Greene chaudement recommandé par mon cher John Irving. Entendons-nous bien, ça se lit mais de mon point de vue, rien de vraiment exaltant. D'autant que dans Demande à la poussière, le héros a eu le don de m'exaspérer : impuissance, prodigalité crasse et entêtement dans l'absurdité des relations ont mis mes nerfs à rude épreuve. J'avais envie de rentrer dans les pages de mon livre pour le secouer très fort et lui hurler "mais c'est quoi ton problème, expèce d'abruti ?!".
Alors certes, le style, si ce n'est unique, est très particulier et n'est pas sans rappeller les plumes de Bukowski ou Harrison comme évoqué en jaquette. Malheureusement à mes yeux, le style ne suffit pas. En fait, je n'accroche pas vraiment avec tous les grands classiques américains tels que Faulkner, Fitzgerald, Kerouac, Hemingway... censément incontournables. Fante rejoint ce triste lot mais je ne suis pas moint amoureuse de littérature américaine mais par le truchement d'Irving, Tropper, Maupin et autres Frey.
Extraits :
Je prends les marches qui descendent le long du funiculaire d'Angel's Flight jusqu'à Hill Street : cente quarante marches comme un grand, les poings serrés, peur de personne, d'aucun homme au monde, mais alors par exemple une peur bleue de traverser le Tunnel à pied, celui de la Troisième Rue. Claustrophobie. Et peur de l'altitude aussi, peur du sang et des tremblements de terre ; à part ça, plutôt brave, peur de rien sauf de la mort, sauf de la foule, de l'appendicite, des troubles cardiaques, oui, même de ça : tout le temps dans ma chambre, réveil en main, doigt sur la jugulaire, à me compter les battements de coeur, à épier les bruits suspects et sonder les gargouilllis au fond de mon estomac. A part ça, comme j'ai dit, plutôt téméraire.
...
On a tout fumé jusqu'à s'en brûler les doigts. Ensuite j'en ai roulé deux autres. Au milieu du second ça a commencé à venir, une sensation de flottement, comme si on décollait ; cette joie et ce triomphe qu'on peut avoir sur l'espace, cette extraordinaire sensation de pouvoir. Je rigolais comme un petit fou et tirais de plus belle sur ma drôle de cigarette. Quant à elle, elle restait allongée là avec la même langueur froide sur la figure que la nuit d'avant, cette même passion cynique. Mais moi je m'en battais l'oeil, je n'étais déjà plus là dans la pièce, sorti des limites corporelles, à la dérive dans un monde éclairé de lunes et clignant d'étoiles. J'étais invincible.
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11.04.2012
Olympe de Gouges de Catel & Bocquet
Editions Casterman Ecritures - 480 pages
Dessin : Catel Muller - Scénario : Jean-Louis Bocquet
Présentation de l'éditeur : Mariée et mère à 18 ans, veuve aussitôt après, Marie Gouzes décide ensuite de vivre librement. Elle se fera désormais appeler Olympe de Gouges. Femme de lettres, fille des Lumières, libertine et républicaine, Olympe a côtoyé la plupart de ceux qui ont laissé leur nom dans les livres d'histoire au chapitre de la Révolution : Voltaire, Rousseau, Mirabeau, Lafayette, Benjamin Franklin, Philippe Egalité, Condorcet, Théroigne de Méricourt, Desmoulins, Marat, Robespierre... En 1791, quand elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe demande l'égalité entre les sexes et le droit de vote; des propositions qui resteront révolutionnaires jusqu'au XXe siècle.
Après Kiki de Montparnasse, Catel & Bocquet nous propose une nouvelle biographie une fois de plus extrêmement bien documentée. L'on découvre ici une femme de lettres érudite connue surtout pour ses luttes féministes. Mais Olympe de Gouges était surtout une humaniste au sens le plus large du terme et ses aspirations d'égalité dépassait les sexes. C'est ainsi qu'elle prit position notamment pour l'abolition de l'esclavage. Ses engagements inconditionnels en la période tourmentée que fut la Révolution Française lui coûtèrent la vie.
L'existence d'Olympe de Gouges et le contexte historique sont aussi riches l'un que l'autre. Difficile de faire court pour retracer cette histoire dans l'Histoire. De fait, l'album est volumineux (très lourd) et les ellipses nécessaires. Malgré tout, l'ensemble est parfaitement intelligible même si l'on peut supposer qu'une très bonne connaissance des événements de cette époque permet d'accroître le plaisir de lecture. Pour nous aider, les auteurs, comme à leur habitude, proposent en fin d'ouvrage une chronologie ainsi que des biographies des personnages croisés par notre héroïne.
Au final, voici une excellent occasion de (re)découvrir une femme fascinante ainsi que l'époque déterminante dans laquelle elle évolua. Catel & Bocquet sont incontestablement les historiens du neuvième art.
"La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droit. La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune."
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07.04.2012
Un portrait de Jane Austen de David Cecil
Editions Payot & Rivages - 286 pages
Présentation de l'éditeur : Si les romans de Jane Austen (1775-1817) sont encore très lus - et très "vus" quand ils sont portés à l'écran -, on ignore généralement tout de cette fille de pasteur qui a grandi dans une famille nombreuse issue de la gentry et qui, demeurée célibataire, a toujours vécu avec sa mère et sa soeur Cassandra. Elle écrivait très discrètement sur un coin de bureau et son premier roman publié, Raison et Sentiments, ne l'a été qu'en 1811, signé d'"une dame" parce qu'elle ne cherchait pas la célébrité." Cette jeune dame, écrit pourtant Walter Scott, a le don le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de rencontrer pour décrire les relations, les émotions et les personnages de la vie ordinaire." Car pour comprendre le génie de Jane Austen il faut se souvenir qu'elle est fille de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle : elle a gouverné son existence et sa plume en conciliant précisément la raison et les sentiments selon un solide bon sens épicé d'un humour à toute épreuve. David Cecil (1902-1986), aristocrate britannique et professeur de littérature anglaise à Oxford, a publié en 1978 ce portrait littéraire considéré aujourd'hui comme un classique. II replace admirablement son personnage dans son époque et reprend de larges extraits de sa correspondance, presque inédite en français. Renonçant à toute lourdeur universitaire au profit de la sensibilité et du plaisir, il fait de cette biographie subtile et amusée un vrai roman à la Jane Austen...
Mansfield Park, Persuasion, Lady Susan, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Emma, Orgueil et préjugés... La totalité des textes de Jane Austen (à l'exception de ses oeuvres de jeunesse et de ses textes inachevés) m'ont littéralement subjuguée. Cette véritable passion littéraire est même venue à bout de mes réticences en matière de lecture de bio et autres essais. Peut-être est ce là le secret de ces lecteurs de pavés historiques : se pencher sur une existence ou une période qui a le don de fasciner.
Quoiqu'il en soit, c'est avec une excitation non dissimulée que je me suis plongée dans la vie de cette plume qui trône dans mon top ten. Malheureusement, il ne reste que peu d'éléments permettant de connaître plus avant cette femme, singulière à sa façon et tout à la fois profondément de son époque et de son rang. Malgré une correspondance et des témoignages comptés, David Cecil réussit ici la performance de nous éclairer sur Jane Austen. Il parvient même à nous donner presque la sensation de lire un texte supplémentaire de cette auteur incontournable des lettres anglaises.
Quelle délectation de parcourir les quelques mots de ses relations épistolaires où l'on reconnaît le style de la romancière mais où l'on découvre un peu de sa personnalité intime ! Les inconditionnels de la figure de proue de la littérature victorienne doivent, si ce n'est déjà fait, absolument se jeter corps et âme dans cette biographie fascinante de référence qui, si besoin était, incite follement à la relecture de cette oeuvre trop courte.
Extraits :
Les bonnes manières relèvent si bien du bon sens,
Que les unes et l'autre sont indissociables.
George Savile
...
Rares et particulièrement satisfaisantes sont les sociétés qui réussissent, même de façon discontinue et imparfaite, à allier le bon sens, les bonnes manières, une intelligence cultivée, une piété tempérée par la raison et un solide sens de l'humour.
Une telle société convenait parfaitement à Jane Austen.
...
"J'ai passé une très agréable soirée, cependant, bien que tu n'y puisses découvrir aucune raison ; c'est que je ne pense pas nécessaire d'attendre, pour goûter aux satisfactions de la vie, d'avoir une bonne raison de le faire."
Même si elle devait se contenter de partenaires mal assortis, Jane Austen s'efforçait de prendre plaisir à la soirée. Dans les phrases comme celle-là, elle nous rappelle Sydney Smith. Ainsi déclare-t-il : "J'estime et j'ai toujours estimé que choisir entre la vie et la mort est infiniment moins important qu'on ne le pense généralement ; mais si l'on choisit la vie, alors le bon sens exige que l'on s'amuse avec les meilleurs compagnons que l'on puisse trouver, et en toutes circonstances."
...
Non sans ironie, elle note que la nature humaine est imprévisible : "Personne, s'écrie-t-elle ne correspond jamais à nos attentes, ni dans ses sentiments, ni dans ses actes, ni dans ses joies, ni dans ses souffrances !"
...
"Mme Ferrars était (...) une personne laconique car, contrairement à la plupart des gens, elle ajustait ses paroles à la quantités de ses idées."
Ce passage illustre d'autres aspects caractéristiques du génie à l'oeuvre dans les romans de Jane Austen : le portrait au vitriol associée à la délicatesse du style, (...).
...
"Peux-tu seulement imaginer Mars Holder morte ! La pauvre femme a fait la seule chose au monde qui était en son pouvoir pour nous forcer à cesser de nous moquer d'elle.
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04.04.2012
Les ignorants d'Etienne Davodeau
Récit d'une initiation croisée
Editions Futropolis - 268 pages
Présentation de l'éditeur : Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée, il ne sait pas grand-chose du monde du vin. Richard Leroy est vigneron, il n'a quasiment jamais lu de bande dessinée. Mais ces deux-là sont pleins de bonne volonté et de curiosité. Pourquoi choisit-on de consacrer sa vie à écrire et dessiner des livres ou à produire du vin ? Comment et pour qui les fait-on ? Pendant plus d'une année, pour répondre à ces questions, Etienne est allé travailler dans les vignes et dans la cave de Richard, lequel, en retour, s'est plongé dans le monde de la bande dessinée. Ils ont ouvert de nombreuses bouteilles et lu pas mal de livres. Ils se sont baladés, à la rencontre d'auteurs et de vignerons passionnés par leur métier. Etienne Davodeau fait le apri qu'il existe autant de façons de réaliser un livre qu'il en existe de produire du vin. Il fait le constat que l'un et l'autre ont ce pouvoir, nécessaire et précieux, de rapprocher les êtres humains. C'est le joyeux récit de cette initiation croisée que vous propose Les Ignorants.
Oyez, oyez, le Davodeau nouveau est arrivé ! Et quel nectar...
Après avoir été subjuguée par Rural ! et Lulu femme nue (ainsi que d'autres titres que je n'ai pas encore chroniqués), je suis de près toute nouveauté de l'auteur. Etienne Davodeau est LE professionnel du documentaire illustré. Il sait vous plonger dans une tranche de réel comme personne parce qu'il est avant tout un vrai gens qui adore les hommes vrais. Il sait cueillir la sincérité des choses et des êtres et vous en restituer la substantifique moelle.
Après nous avoir plongés au coeur du mondre agricole dans Rural !, c'est ici une immersion dans l'univers viticol qui nous est proposée. Et comme en plus, le dessinateur est généreux, il initie son guide spiritueux (et le lecteur par la même occasion) au monde de l'édition en général et de la bd en particulier. On suit ainsi une année des vies d'un faiseur d'histoires illustrées et d'un faiseur d'histoires goûtées.
Ce formidable reportage est un incontournable pour tous les passionnés de bd, pour ceux de vins ou mieux, des deux. Mais il est aussi à consommer sans modération pour tous les béotiens de ces univers ennivrants.
Petit conseil pour déguster cette tranche d'épicurisme : accompagner la lecture d'un petit verre de vin et d'un petit plateau de charcuterie (en évitant de laisser des tâches de gras !).
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03.04.2012
Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen
A paraître le 4 avril 2012.
Gaïa Editions - 191 pages
Présentation de l'éditeur : Max est conseiller politique de haut niveau. Il est l'homme de l'ombre, le génie. Il est malin et avec lui on s'en sort toujours. Seulement, cette fois, Max a assassiné son meilleur ami, qui est aussi, accessoirement, le Premier ministre danois. Coincé entre une insurrection groenlandaise et d'âpres négociations internationales, un match Danemark-Suède et l'intervention d'une jeune scoute peut-être pas si cruche qu'elle en a l'air, quel plan génial pourra-t-il échaffauder pour se tirer d'affaire ? Un texte décalé et burlesque sur fond de satire politique.
Une opinion répandue voudrait qu'il n'y ait pas grand plaisir à lire un polar qui commence exactement là où il devrait s'achever. Quel intérêt de se lancer à l'assaut d'une non-enquête puisque dès le premier chapitre, dès la jaquette même, l'auteur nous dévoile qui est l'assassin, qui est l'assassiné et comment le drame s'est déroulé ?
Et pourtant, Flemming Jensen réussit le tour de force de nous embarquer dans cette drôle d'histoire à l'étrange narration. Il parvient même à nous étonner par un final inattendu - comme quoi, il ne faut jamais préjuger et croire un peu naïvement que le final (le vrai) nous est révélé dès le début.
Sur fond d'anti-thriller donc, Jensen nous offre un portrait au vitriol du monde politique et de la nature humaine, une vision délicieusement grinçante du pouvoir et de ses conséquences.
Seule petite fausse note adressée aux éditions Gaïa : si la ligne éditoriale tous horizons est d'une qualité exceptionnelle, la correction est vraiment le talon d'Achille de la maison et les nombreuses coquilles sont quelque peu dérangeantes.
Exraits :
Les politiciens sont des amateur.
Et ça ne pose absolument aucun problème. C'est même le principe de la démocratie : nous devons tous avoir notre mot à dire, puisque nous sommes tous à égalité - tout simplement.
L'idée vient de la Grèce antique, elle est née d'un profond idéalisme et d'une désespérante ignorance de la nature humaine.
Nous avons nous-mêmes décidé que les choses devaient être comme elles sont. Mais le résultat est dont que les pays démocratiques à travers le monde sont menés par une bande d'amateurs à moitié dingues. On peut devenir ministre de l'Environnement uniquement parce qu'on possède un tracteur ! Il en va des ministres comme des couches jetables : il faut en changer souvent.
Et pour la même raison.
...
On se marie pour se dire des mots doux l'un à l'autre, pour être fier l'un de l'autre, pour se rendre la vie plus simple l'un à l'autre. Bien entendu, l'idée est aussi d'avoir une épaule sur laquelle se reposer, ou sur laquelle pleurer, et un endroit où chercher de l'aide quand la vie est trop dure.
...
"Les gens se battent pour la démocratie, mon vieux ! On se vante de notre démocratie ! On fait des guerres partout sur Terre pour exporter la démocratie !"
Elle se maîtrisa. Parfois, la langue s'emballe, et on commence à dire des bêtises.
"Enfin, non." Elle se corrigea toute seule, irritée. "On le fait pas pour la démocratie. Mais après coup, on dit que c'était pour ça... vous le dites !"
Elle l'accusait du regard.
Grand Dieu ! Max n'en pouvait plus. La nuit était bien avancée, et il n'avait pas dormi. C'était évident : Max était fatigué.
Mais il n'y avait pas de détour possible. Il fallait y retourner.
"Je vais essayer de t'expliquer quelque chose à propos de la démocratie, Signe. Quelque chose qui peut être un petit peu difficile à comprendre...
- Fais gaffe, si c'est trop difficile à comprendre, je risque de devenir méfiante !"
Il n'y avait évidemment rien de révolutionnaire dans les propos de Max sur la démocratie, mais Signe était très jeune, il n'avait donc aucun intérêt à sauter une étape.
Pour le lecteur aussi tout ça pourrait avoir des airs d'évidence, mais laissez-moi résumer brièvement, question de cohérence.
Commençons avec les grands défis de l'humanité - juste quelques-unes, on n'est pas au Consensus de Copenhague.
La Terre va mal, c'est comme ça. On le sait bien : le CO² dans l'air, les substances toxiques dans l'eau, la radioactivité... Tout ça, on nous en rabat les oreilles. Le fait est que l'homme est le seul animal à avoir choisi son extermination en chiant dans son propre terrier.
On peut penser ce qu'on veut, mais c'est comme ça.
Quel rapport avec la démocratie ?
Tout le monde sait ce qui ne va pas - tout le monde sait ce qu'il faut faire. Personne ne le fait ! La Terre approche la limite de la surpopulation, pendant que nous les riches devenons plus riches, les pauvres plus pauvres, les assoiffés plus assoiffés, les affamés plus affamés - et l'impuissance se mue en une rage mondiale, qui un jour ou l'autre explosera forcément en Ragnarök.
On peut trouver ça bien ou pas, mais on est bien obligés de s'y faire, parce que c'est comme ça.
Peut-on y faire quelque chose ?
Oui, on peut - on peut l'empêcher !
On ne le fera pas.
Qui doit le faire - est-ce que nous pouvons l'empêcher ?
Oui, il se trouve qu'on le peut !
Est-ce qu'on va le faire ?
Non, on ne le fera ps.
Pourquoi ?
A cause de la dé-mo-cra-tie !
Nous y voilà : la démocratie causera la ruine de la Terre !
Tous les gouvernements du monde savent quoi faire, mais personne ne fait rien.
Parce que ce qu'il faut faire serait si radicalement impopulaire que personne ne veut mettre la tête sous la guillotine.
Parce qu'il y a toujours des élections dans quelques années.
L'indicible vérité est : la seule chose qui pourrait sauver la Terre, c'est un régime totalitaire.
Mais ça, on n'en veut surtout pas ! Oulala !
Plutôt laisser crever la Terre.
Pour la démocratie !
...
"La mort de la démocratie ne sera pas le fait d'une audacieuse embuscade - mais le résultat d'une destruction progressive par l'apathie, l'indifférence et la sous-alimentation."
Robert M. Hutchins
11:01 Publié dans Citation, Culture, Littérature danoise, Livre, Polar / thriller, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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01.04.2012
Deuxième génération de Michel Kichka
Editions Dargaud - 104 pages
Présentation de l'éditeur : Deuxième Génération n'est pas un règlement de comptes avec un père ni avec l'histoire. C'est une tentative pour expliquer une enfance dans l'ombre de la Shoah. Michel Kichka, à travers des anecdotes formidables et des souvenirs aussi tragiques que précis, retisse la toile familiale de cette maison installée au cœur de la Belgique industrielle. Récit autobiographique d'une vie qui porte la douleur des siens, mais qui mesure l'urgence de s'occuper de ses besoins : celui de partir à l'âge de dix-huit ans, selon l'auteur, sur une "terre vivante".
Cette saga familiale illustrée nous raconte avec douleur et humour la vie dans l'ombre de la Shoah. Les victimes sorties vivantes de cette sombre période de l'Histoire ont eu des pages et des micros pour raconter l'indicible. Mais les enfants de ces morts vivants ? Car eux-aussi, à leur façon, ont perdu un bout d'âme en cours de route.
Michel Kichka se veut ici la voix de ces victimes par ricochet atteinte du syndrome de la deuxième génération. Un vibrant hommage au père mais surtout à ces enfants qui devaient avancer coûte que coûte et se réjouir toujours car ils n'avaient pas connu l'horreur.
Cet album rappelle, si besoin est, qu'en dehors de l'Histoire en général, les malheurs des histoires individuelles ou générationnelles n'ont rien de négligeable. Le désespoir ne souffre pas la comparaison. Rien que pour ce message, cet album est vraiment beau. Si l'on y ajoute un scénario bien découpé et un trait précis, l'on obtient un très bel album historico-biographique qui mérite le détour.
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31.03.2012
La page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu
Editions Delcourt - 201 pages
Présentation de l'éditeur : Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?
Scénario : Boulet
Dessin et couleur : Pénélope Bagieu
Quand deux auteurs à succès du web que l'on ne présente plus mettent en commun leurs talents, l'on obtient un album très intéressant qui commence comme un polar sur fond d'amnésie et qui vous emmène exactement là où vous n'auriez pas pensé aller.
Car oui, qui dit thriller dit suspens. Pour l'instant, on est bon. Qui dit policier, dit aussi enquête. Là encore, on y est toujours. Pour ce qui est de la suite... Et bien je ne vais pas spoiler ! Disons juste que le polar standard est rarement une interrogation existentielle, une pensée philosophique sur la personnalité, une quête identitaire. De façon très simple mais non moins profonde, Boulet, via le trait épuré de notre Pénélope Jolicoeur nationale, nous amène à nous poser quelques questions sur le mainstream au sens le plus large du terme.
Last but not least, cette dénonciation tranquille de la société de consommation et d'attitude est so parisian ! Un vrai petit plaisir pour les connaisseurs. Et pour tous, une vraie réflexion sur le bonheur.
10:45 Publié dans Bande dessinée, Blog, Culture, Littérature française, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |
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3" de Marc-Antoine Mathieu
Editions Delcourt - 66 pages
Présentation de l'éditeur : 3 secondes, le temps pour la lumière de parcourir 900 000 kilomètres, le temps d’un coup de feu, d’une larme, d’un texto, d’une explosion… Au travers d’un puissant zoom graphique inédit en bande dessinée, Marc-Antoine Mathieu propose à ses lecteurs de ralentir le temps pour enquêter sur un complot. Un récit innovant et ludique qui ravira les amateurs de nouvelles expériences.
Voici une bande dessinée dont tout le monde a beaucoup parlé et qui s'est vue décerner le dBD Amard 2012 du meilleur scénario. Sans détour, je m'inscris une fois de plus en porte-à-faux par rapport à l'engouement général.
Alors oui, le concept est très original. Décomposer trois secondes d'action en tout un album par le truchement du reflet et du zoom poussés à leur paroxysme, c'est du jamais vu, c'est une prouesse technique. Mais voilà. Par ce labyrinthe de miroirs, l'auteur nous en fait oublier l'histoire à l'instar d'un réalisateur qui ferait d'incessants effets de cadrage. Ou quand la technique phagocyte l'histoire.
Certes l'exercice de style est une performance dont on apprend (ou pas). Cela dit, quand je me plonge dans un livre, c'est plus l'évasion que l'expérimentation qui est mon but premier. Et ici, le pari oubapien de l'art séquentiel met véritablement au second plan l'intrigue policière. Certains aiment, moi bof, même si je salue l'exploit.
10:16 Publié dans Bande dessinée, Culture, Littérature française, Livre, Polar / thriller | Lien permanent | Commentaires (4) |
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30.03.2012
En moins bien d'Arnaud Le Guilcher
Stéphane Million Editeur : 276 pages
Présentation de l'éditeur : Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux États-Unis. Un Allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. Le moral dans les bottes. Une dune qui chante. Cassavetes, Kurosawa et Huey Lewis. Un pressing. Un verre de trop. Une équipe TV. Puis une autre. Richard. Love in Vain. Un requin et un marteau. Un coup de feu. Du sang sur le sable. Une Chevrolet Impala. Le bruit des vagues. L’amour à trois. L’amour tout seul. Une lettre d’amour. La vie qui continue. En moins bien.
Découvrir un auteur français qui a la trempe d'un auteur américain, ça n'a pas de prix. C'est d'ailleurs cet intéressant croisement qui donne à ce texte toute sa beauté : l'action se déroule aux Etats-Unis mais le verbe est argotique.
L'écrivain, probablement un brin zinzin (au sens élogieux du terme), nous fait emboîter le pas d'un loser magnifique. Les personnages sont déjantés, les situations sont cocasses mais sous ces airs d'absurdité la plus crasse, le fond est pro, le récit est profond. Ca vous chatouille les zygomatiques et ça peut même vous tirer la larmiche. Des bouquins commak, on devrait en boulotter plus souvent. Non seulement ça fait reluire les méninges mais en plus, c'est bon pour le moral de se gondoler. Le must ? Il y a une suite !
Extraits :
Ce bâtiment avait un capital sympathie dégueulasse : un enduit dégoulinant, des petites fenêtres immondes. Il y a des gens à l'urbanisme qui mériteraient d'habiter dans les saloperies qu'ils dessinent.
...
Y a pas de mots pour décrire le moment où on déshabille pour la première fois la personne qui cristallise tout. J'étais bouleversé. Je me suis mis à trembler. Comme une feuille. Quand je l'ai pénétrée pour la première fois, j'ai eu envie de pleurer. Je suis pas une fiotte, mais là faut reconnaître que ça m'a méchamment secoué.
Je sais pas comment réagi un bonhomme dans les quelques jours qui suivent ou précédent le début d'une histoire d'amour... C'est étrange... On est crevé, mais en forme. Epuisé, mais heureux. Le sentiment amoureux doit générer des hormones euphorisantes ou du Prozac.
...
Tableau du 1er tour :
Nous - Les gens normaux
Les flics - Les hippies
Pierre de Coubertin en voyant ça a dû faire des triples axels dans sa tombe. On jouait sur deux terrains parallèles, les torses nus contres les tee-shirts. Y avait pas d'arbitre et ça a tourné à la foire. La moitié des hippies, dont le goal, jouait à poil. A la première patate, le portier baba a fait un amorti de la bite et ona dû le sortir. De notre côté ? Waterloo...
...
Je marque à mort. On me touche, j'ai un hématome. Je me cogne et vlan, un bleu. Dans le coeur c'est pareil, je marque à mort. Un coeur brisé plein de bleus, c'est mon coeur à moi. C'est pas de la faïence, c'est autre chose. J'ai plus tellement envie. J'ai plus envie du tout même, pour être honnête. Tout ça me pèse. Mais peser c'est autre choses, alors...
Elle est où Emma ? Elle est partie...
T'est où ? C'est qui, qui te fait l'amour ? C'est qui ? C'est comment, les bras des autres ? C'est plus chaud ou moins chaud ? C'est plus fort ? Moins fort ? C'est comment ? Ils te tirent les cheveux, parfois ? Tu leur dis "Je t'aime" à l'oreille, aussi ? Tu dis quoi ? Et à qui ? Et quand ? Et où ? Ca me donne le vertige tout ça, c'est trop haut pour moi.
La vache...
C'est dur quand même.
Je pourrais faire sans toi. C'est sûr. Je peux me mentir assez longtemps. Mentir, je sais faire. Ne pas penser à toi, c'est autre chose. Je suis mort, putain, tu te rends compte ? Je suis mort... Toutes ces expériences pour en arriver là... Tout ça pour ça. C'est fou. Mort et vivant. A la fois. C'est barjot. C'est des coups à pas renaître. Mais renaître, c'est autre chose.
Alors...
T'es où, Emma. T'es où ?
Je t'en veux pas de tout ça. S'en vouloir, c'est autre chose. J'aimerais juste savoir comment tu vas, comment tu te sens et si tu es bien dans tes pompes. Je reprendrais bien un peu de quotidien. J'aimerais te voir te laver. T'entendre fredonner l'infredonnable, toutes tes chansons pourries, faire tes imitations à la con et rire. Rire. C'est ça. C'était bien ça.
Une vie sans toit, ça risque d'être un peu long. Pas beaucoup plus qu'une éternité, mais pas beaucoup moins non plus.
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26.03.2012
Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins
Editions Au diable vauvert - 203 pages
Présentation de l'éditeur : On retrouve ici Antoine Duhamel, le personnage du premier roman de l'auteur, Un coup à prendre. Il est désormais divorcé et père recomposé dans les bras de Laurence, mais peine toujours à se séparer d'Alice et ne se résout toujours pas à cesser d'hésiter entre deux femmes. Comme entre regret et renoncement. Il va offrir à celle qui est finalement sa seule confidente, sa grand-mère Mouna, deux jours hors de la maison de retraite où elle a préféré finir ses jours. Un pèlerinage clandestin dans l'hôtel de leurs vacances passées, le temps d'une escapade sous le ciel bleu de la côte normande. Sous un parfait ciel bleu, c'est le face à face d'un homme de trente-sept ans qui a encore peur de vivre et d'une vieille dame qui a peur de mourir. Et c'est celle qui a pourtant tout connu du renoncement qui, au soir de sa vie, va lui donner le courage de choisir sa vie.
Xavier de Moulins est journaliste. Pour ceux qui ne situeraient pas, il est le journaliste animateur du 19h45 sur M6. J'avoue que je n'accroche pas à sa présentation mais n'étant pas du genre à me fier aux apparences, j'ai suivi ma curiosité en acceptant de découvrir sa facette auteur en me plongeant dans son second roman, délicatement offert par Babelio et les Editions Au diable vauvert.
Et bien si le journaliste apparaît, selon mon jugement purement subjectif, froid et guindé, l'écrivain est quant à lui d'une délicatesse extrême dans une écriture parlée originale et drôle. Faisant s'affronter les générations et s'interrogeant sur les difficultés de tourner les pages de nos vies, particulièrement amoureuses, Xavier de Moulins m'a touchée et m'a procuré un délicieux moment de lecture. C'est tout simple, sans prétantion mais ça fait du bien à l'âme. Bref, une agréable surprise.
Extraits :
On est toujours hypocrite au début d'une histoire. On cache ses zones d'ombre et ses vilains défauts. On prend facilement l'autre pour une Ferrari avant de lui en vouloir de n'avoir à offrir qu'un moteur de 2CV.
...
- Tu sais Antoine, ça ne sert à rien la vieillesse.
Mouna adore cette phrase. Elle a raison, la vieillesse, ça ne sert à rien, sauf peut-être à apprendre aux enfants à profiter de la vie avant la liste d'attente pour la Résidence des Lilas. A comprendre qu'iol faut vivre sans se retourner. Commencer à oublier avant d'être lâché par sa mémoire. L'entretenir en refusant de se souvenir d'hier pour mieux embrasser demain.
...
Alice, Laurence, Mouna, une chaîne de montagnes, trois sommets, trois visions différentes, du monde, de l'amour, des hommes, et ma pomme en dénominateur commun. Peut-être que c'est ça, être une famille, se faire trait d'union entre des étrangers. Est-ce que Alice, Laurence et Mouna auraient croisé leur chemin sans moi ?
La vraie famille est celle que l'on se construit accidentellement.
Mouna m'inspire, j'ignore pourquoi en l'emportant sur la route de son dernier rêve j'ai enfin la sensation de savoir qui je suis.
Je cultive mon cercle, j'y fais pousser des emmerdes et de la grâce, je me clôture avec des femmes, une garde rapprochée bigarrée, jalouse et rebelle, elles sont le souci et l'issue, mes astres et mes boulets. Je songe à la grande harmonie en foutant un bordel monstre, j'ai l'autodestruction fertile, la créativité déchirante lorsque la vie me demande de choisir.
...
Elle ouvre ses yeux immenses et m'explique que malgré le temps, les rides et la mémoire qui flanche, les jolies choses restent intactes. Alors quand la vie fait sa garce, parce que la vie peut facilement nous faire dérailler et prendre un mauvais tournant, il ne faut pas hésiter à descendre au plus profond de soi et refaire jaillir une odeur, une matière, une image, une note de musique, quelque chose de doux pour affronter la violence et, surtout, s'en protéger. Se faire la belle n'est jamais compliqué. On a tout un tas de ressources à l'intérieur de soi, il suffit de prendre la peine d'aller les chercher.
...
A les voir penchés sur leur déambulateur, affalés dans leur chaise roulante, en mettre partout en mangeant ou baver en s'endormant, on oublie que derrière les rides, dos voûtés et mots croisés pour les plus vaillants, il y a eu nous.
Des hommes et des femmes en pleine force de l'âge, faits de rêve, de doutes , de certitudes, de projets, d'envies, de fantasmes, de révoltes aussi, d'insatisfactions, de colères, d'amours et de passions. Il y a eu toutes ces histoires, légères et graves, découvertes et cachées, assumées et ratées. Ces espoirs et ces désillusions, ces chagrins et ces joies, autant d'orgasmes et de petites morts. Les vieux vivent en secret avec le même besoin de consolation que nous. Leur vie n'est pas cette trajectoire lisse et ordonnée que l'on s'imagine enfant observer, souvent dans la confiance de notre extrême jeunesse, parfois dans la crainte. Les vieux ont simplement muté, mais à l'intérieur ils sont ce que nous sommes, amas craintifs bourrés de cette envie d'amour qui nous obsède jusqu'à nous rendre aveugles, nous encourage à imaginer que personne ne peut comprendre notre quête. Que personne n'a jamais rien vécu avant nous, que nous sommes les seuls à savoir, à vivre avec ces blessures et ces manques, ces lâchetés et ces obsessions, ces vagues et ces creux. Nous supposons la vie des vieux, mais nous n'osons jamais la connaître car son reflet rassurant peut, s'il se précise un peu, nous terroriser, concourir à la chute toujours inévitable de nos illusions.
...
- Le passé tu ne peux pas le changer et tu ignores tout du futur. Vis au présent, aime au présent, c'est la seule solution pour ne pas tomber malade. Tu verras bien demain ce que l'avenir t'a réservé.
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25.01.2012
Les témoins de la mariée de Dider Van Cauwelaert
Editions Albin Michel - 248 pages
Présentation de l'éditeur : « Nous étions ses meilleurs amis : il nous avait demandé d'être ses témoins. Trois jours avant le mariage, il est mort dans un accident de voiture. Ce matin, à l'aéroport, nous attendons sa fiancée. Elle arrive de Shanghai, elle n'est au courant de rien et nous, tout ce que nous savons d'elle, c'est son prénom et le numéro de son vol. Comment lui dire la vérité ? Nous nous apprêtions à briser son rêve ; c'est elle qui, en moins de vingt-quatre heures, va bouleverser nos vies. Mais cette jeune Chinoise est-elle la femme idéale ou bien la pire des manipulatrices ?" Avec son humour implacable, l'auteur d'Un aller simple et de L'éducation d'une fée nous entraîne, entre suspense et sensualité, dans un grand roman d'amitié où le machiavélisme amoureux agit comme un révélateur.
Des Van Cauwelaert, j'en ai lu des tonnes il y a une éternité. Et puis j'ai abandonné l'auteur comme une vieille chaussette sans qu'il m'ait déçue. Peut-être avant qu'il me déçoive. Mais là, je n'ai pas eu le choix, l'on m'en a fait cadeau.
Quel délice de redécouvrir cet auteur qui m'avait fascinée mais qui n'avait pas eu l'heur - pourquoi ? mystère... - comme John Irving de décrocher ma fidélité inconditionnelle. Pour dire mon ingratitude, j'ai même eu des a priori, je trouvais le titre bof et n'avait qu'à peine pris le temps de lire la jaquette qui, si on lui accorde un tant soit peu d'attention il faut le reconnaître, a le don d'intriguer, de capter quasi immédiatement.
Quant au contenu en lui-même, parce que bien sûr une quatrième de couv' ce n'est pas le tout (combien sont en-deçà de la qualité de l'ouvrage ?!), comment dire : époustouflant, haletant... Bref, énorme, un page-turner de plus. Pas moins.
Les personnages sont géniaux, chacun à leur façon très particulière et l'intrigue... Ben l'intrigue, c'est le summum. Où l'auteur va nous mener ? C'est ce qui nous fait cavaler tout du long et cerise sur le gâteau, l'on n'est aucunement déçu par le dénouement. La recette parfaite pour faire un excellent roman. Tout est dit.
Evidemment, les quêteurs de textes hautement intellectuels ne seront pas de cet avis et trouveront à n'en pas douter l'ensemble léger. Mais qui a dit que légèreté était incompatible avec qualité ? Et puis Van Cauwelaert nous offre avec beaucoup d'intelligence, beaucoup d'esprit, une bonne tranche d'humanité et de nos jours, c'est carrément du luxe.
Sur ce et sans transition, je vous tire ma révérence. Au moment de la parution de cette note, je serai hospitalisée depuis dix jours et j'en aurai pour encore au moins trois semaines. Mais là en vrai au moment où j'écris ces mots, je suis sur le point de partir à la clinique et je n'ai pas eu le courage de pré-enregistrer plus de notes. Vous ne m'en tiendrez pas rigueur. En vous remerciant. Commencez à vous faire du souci à partir disons du 1er mars. See ya !
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