25.01.2012
Les témoins de la mariée de Dider Van Cauwelaert
Editions Albin Michel - 248 pages
Présentation de l'éditeur : « Nous étions ses meilleurs amis : il nous avait demandé d'être ses témoins. Trois jours avant le mariage, il est mort dans un accident de voiture. Ce matin, à l'aéroport, nous attendons sa fiancée. Elle arrive de Shanghai, elle n'est au courant de rien et nous, tout ce que nous savons d'elle, c'est son prénom et le numéro de son vol. Comment lui dire la vérité ? Nous nous apprêtions à briser son rêve ; c'est elle qui, en moins de vingt-quatre heures, va bouleverser nos vies. Mais cette jeune Chinoise est-elle la femme idéale ou bien la pire des manipulatrices ?" Avec son humour implacable, l'auteur d'Un aller simple et de L'éducation d'une fée nous entraîne, entre suspense et sensualité, dans un grand roman d'amitié où le machiavélisme amoureux agit comme un révélateur.
Des Van Cauwelaert, j'en ai lu des tonnes il y a une éternité. Et puis j'ai abandonné l'auteur comme une vieille chaussette sans qu'il m'ait déçue. Peut-être avant qu'il me déçoive. Mais là, je n'ai pas eu le choix, l'on m'en a fait cadeau.
Quel délice de redécouvrir cet auteur qui m'avait fascinée mais qui n'avait pas eu l'heur - pourquoi ? mystère... - comme John Irving de décrocher ma fidélité inconditionnelle. Pour dire mon ingratitude, j'ai même eu des a priori, je trouvais le titre bof et n'avait qu'à peine pris le temps de lire la jaquette qui, si on lui accorde un tant soit peu d'attention il faut le reconnaître, a le don d'intriguer, de capter quasi immédiatement.
Quant au contenu en lui-même, parce que bien sûr une quatrième de couv' ce n'est pas le tout (combien sont en-deçà de la qualité de l'ouvrage ?!), comment dire : époustouflant, haletant... Bref, énorme, un page-turner de plus. Pas moins.
Les personnages sont géniaux, chacun à leur façon très particulière et l'intrigue... Ben l'intrigue, c'est le summum. Où l'auteur va nous mener ? C'est ce qui nous fait cavaler tout du long et cerise sur le gâteau, l'on n'est aucunement déçu par le dénouement. La recette parfaite pour faire un excellent roman. Tout est dit.
Evidemment, les quêteurs de textes hautement intellectuels ne seront pas de cet avis et trouveront à n'en pas douter l'ensemble léger. Mais qui a dit que légèreté était incompatible avec qualité ? Et puis Van Cauwelaert nous offre avec beaucoup d'intelligence, beaucoup d'esprit, une bonne tranche d'humanité et de nos jours, c'est carrément du luxe.
Sur ce et sans transition, je vous tire ma révérence. Au moment de la parution de cette note, je serai hospitalisée depuis dix jours et j'en aurai pour encore au moins trois semaines. Mais là en vrai au moment où j'écris ces mots, je suis sur le point de partir à la clinique et je n'ai pas eu le courage de pré-enregistrer plus de notes. Vous ne m'en tiendrez pas rigueur. En vous remerciant. Commencez à vous faire du souci à partir disons du 1er mars. See ya !
09:35 Publié dans Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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23.01.2012
Elena et le roi détrôné de Claudia Piñeiro
Editions Actes Sud - 172 pages
Présentation de l'éditeur : Pour Elena, atteinte de la maladie de Parkinson, le temps se mesure en cachets de dopamine. Son cerveau n'est plus qu'un roi détrôné, incapable de se faire obéir sans ce capricieux émissaire. Quand on lui annonce l'invraisemblable suicide de sa fille, Rita, elle sait qu'il lui faut mener sa propre enquête, et qu'elle a besoin d'aide. Vingt ans plus tôt, elle a sauvé des griffes d'une faiseuse d'anges une jeune femme qui lui envoie chaque année un émouvant gage de bonheur familial. Alors, au prix d'un effort titanesque rythmé par ses pilules, elle traverse Buenos Aires pour demander à Isabel, qu'elle n'a jamais revue, d'acquitter sa dette : prêter son corps valide pour retrouver le meurtrier supposé. Mais le malentendu est abyssal entre les deux femmes. Qui doit payer et pour quoi ? Condition féminine, vulnérabilité, préjugés, ce roman utilise les ressorts de la littérature policière pour livrer une subtile réflexion sur la construction de l'identité et une troublante interrogation sur l'obstination à vouloir vivre, à tout prix.
Dans une ambiance polar, l'auteur nous conduit dans les pensées et le quotidien d'une mère éplorée qui veut comprendre la mort de sa fille et qui pour mener son enquête doit lutter contre la maladie qui la gouverne : Parkinson.
Entre ces deux combats, l'un affectif, l'autre corporel, l'on découvre une petite bonne femme aux allures vulnérables - bien que passablement acariâtre - mais dont la puissance, malgré les douleurs physiques et psychiques, est celle d'une mère pour son enfant, d'une vivante contre la Grande Faucheuse.
Le résultat est une agréable mise en scène des ressorts que l'on peut puiser au fond de soi et des représentations que l'on peut avoir sur les autres comme sur soi-même. Le tout dans une atmosphère, des moeurs qui semblent à dix mille lieues de celles d'aujourd'hui. Cette austérité, cette dureté sont aussi dépaysantes qu'intrigantes, mais le chemin de croix d'Elena est avant tout une ode à la vie.
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20.01.2012
La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert
Editions Grasset - 213 pages
Présentation de l'éditeur : Dans la vie de Loup, le narrateur, trois personnages comptent plus que tout : Nina, la mère qu’il s’est choisie, Gaby, amie de Nina, fantasque et rebelle et Mando, avec lequel, depuis la petite enfance, s’est nouée une amitié indestructible. Les deux garçons se complètent, Loup est indécis, Mando plus entier. Aux jeux d’enfants succèdent les premières conquêtes. Mando note tous les événements de « leur » vie dans un carnet, inscrivant, au fil des mois et des années leur histoire commune, telle qu’il la perçoit. Etudiants, ils vont choisir des voies différentes. Loup découvre la psychanalyse et se trouve un mentor en la personne du Professeur, personnage qui ressemble beaucoup à Lacan. Mando vit cela comme une trahison. C’est seulement à la fin de cette histoire, au moment où tout basculera dans une conclusion tragique, que Loup en comprendra les ressorts cachés. Quels abîmes cette amitié à la vie à la mort recouvrait-elle ? Loup, peu à peu, le découvrira et cette révélation fera vaciller son existence. Il connaîtra la blessure inguérissable des promesses non tenues, cette lourde chaîne qui, à jamais, nous attache à nos fantômes.
Une fois de plus, je découvre un auteur réputé qui n'avait pas encore ses entrées dans mes étagères. Une très bonne rencontre malgré les critiques mitigées que l'on peut trouver de-ci de-là. Peut-être cet enthousiasme est-il plus marqué du fait que j'ai retrouvé dans ce texte un pan de ma vie d'une certaine façon.
Le sujet ici est l'amitié profonde de deux petits garçons qui se rencontrent dans le bac à sable et qui poursuivent leur amitié jusqu'à leur âge d'homme et jusqu'à l'ultime "trahison". Dans cette amitié comme on le dit souvent de l'amour, l'un est souvent plus attaché que l'autre. Mais les raisons en sont-elles pures ? C'est ce que nous propose de découvrir l'auteur de façon aussi mystérieuse que pesante au sens psychologique du terme. Une réussite pour ma part même si cela remue des souvenirs douloureux ; parce que, justement.
09:46 Publié dans Culture, Littérature française, Livre, Psy, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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19.01.2012
Marthe et Mathilde de Pascale Hugues
Editions des Arènes - 305 pages
Présentation de l'éditeur : Elles s'appelaient Marthe et Mathilde. Elles sont nées la même année. L'une était française et l'autre allemande. Elles ont grandi en Alsace, avant la Première Guerre mondiale. Très vite, elles sont devenues inséparables. Premiers émois, mariage, épreuves, enfants... Deux guerres ont tenté de les diviser. Quand l'une était dans le camp des vainqueurs, l'autre était rejetée dans celui des vaincus. Leur amitié a survécu à tout. L'âge venant, elles ont trouvé la paix. Devenue journaliste, leur petite-fille raconte. Marthe et Mathilde est le récit exceptionnel d'une amitié au long cours, qui nous plonge dans l'Histoire de l'Alsace, et des grandes déchirures entre la France et l'Allemagne. Un livre qui montre qu'il est toujours possible de dépasser la haine entre les peuples.
Quand une magnifique histoire d'amitié nous en apprend sur l'Histoire d'une Alsace particulièrement affectée par les conflits entre l'Allemagne et la France de la fin du XIXe à la Seconde Guerre Mondiale, on obtient un livre passionnant et instructif. Si l'on garde à l'esprit qu'il s'agit tout de même moins d'un ouvrage historique que d'un témoignage émouvant d'une petite-fille à propos de ses deux grands-mères qui se sont connues de l'aube jusqu'au soir de leurs existences, l'on ne peut qu'être enchanté et quelque peu envieux d'une si belle amitié. La vie de ses deux femmes aussi différentes que complices sont un témoignage fascinant sur le concept d'âme soeur au sens le plus noble et le plus inébranlable du terme mais également sur l'évolution des moeurs au fil du XXe siècle. L'auteur peut être fière de la matière et des valeurs fournies par ses ancêtres, qui elles-mêmes, où qu'elles soient désormais, peuvent se réjouir d'avoir laissé une telle empreinte dans leur famille. Une lecture définitivement enrichissante à bien des points de vue.
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18.01.2012
Les quatre morts de Jean de Dieu d'Andrée Chedid
Editions Flammarion - 177 pages
Présentation de l'éditeur : « Elle aurait aimé crier, se battre, soustraire Jean à cette fin. Elle aurait tant voulu prolonger leurs âges, vivre jusqu'au bout. Qu'ils s'accompagnent mutuellement, longuement, le plus longuement possible et entrer dans la nuit ensemble en se tenant la main. Maintenant il fallait peu à peu envisager, admettre, accepter le poids de cette main froide, qui n'avait plus de vie, qui n'avait plus de sens. Admettre, accepter, se résigner. Non. Jamais. Ce serait comme trahir. » De la guerre d'Espagne à la chute du mur de Berlin, Andrée Chedid fait le portrait d'un enfant du siècle dans ce roman profond et émouvant qui est comme la quintessence de toute son oeuvre.
Andrée Chedid. Cette femme de lettres disparue l'an passée n'avait pas encore fait son entrée dans ma bibliothèque. Cette première me laisse assez mitigée. En qualité de libraire, j'ai entendu nombres de clients s'extasier sur cette célèbre plume et constaté que plusieurs enseignants décortiquaient en cours certains de ses écrits. C'est donc pleine d'attentes a priori comblées que je me suis lancée dans cette découverte. A posteriori, je suis une peu frustrée.
Certes, si l'on se réfère ci-dessous au nombre de citations que j'ai relevées dans ma lecture, l'on peut aisément constater que j'ai particulièrement apprécié le style de l'écrivain. Mais l'histoire en elle-même m'a un peu ennuyée. En fait, j'ai adorée quand la femme parle de l'homme, de l'amour, de la mort. En revanche, les souvenirs des épisodes historiques de l'existence du disparu m'ont un peu rebutée.
Il me faudra une autre lecture de cette grande dame reconnue des lettres pour me faire une opinion plus tranchée.
Extraits :
"Il n'y a jamais d'époque dans la vie où on puisse se reposer, que l'effort en dehors de soi et encore plus au-dedans de soi est aussi nécessaire lorsqu'on vieillit que dans la jeunesse. C'est surtout à cet âge qu'il n'est plus permis de vivre sur ce que l'on a déjà acquis, mais s'efforcer d'acquérir encore et ne pas se reposer sur des idées avec lesquelles on se trouverait bientôt comme endormi et enseveli."
Après quoi, imitant sa belle-mère, il ajoutait :
"La vie est foudroyant, émerveillante. Elle nous comble à tout moment. C'est triste de s'en défaire un jour, comme disait ta maman."
Vivre, c'est la foudre qui s'empare de vous et ne vous lâche plus, elle multiplie votre existence. Elle inquiète et calme à la fois.
Quel sens a le vieillissement ? Pourquoi ne pouvait-on pas rester éternellement jeune ? Quel sens à la mort ?
...
"C'est si peu de chose et pourtant si immense, si intense, une vie"
...
Ils avaient souvent l'un et l'autre parlé de la mort. L'âge avançant, ils savaient en être dangereusement proches. A l'époque de leurs parents, on pouvait espérer atteindre soixante-dix ans. Mais on était loin d'atteindre les quatre-vingts ou les cent ans comme aujourd'hui. La vie s'était allongée, mais le temps semblait se rétrécir mystérieusement et de plus en plus vite. Cette vie si précieuse, mais si négligée, dont les moments virevoltaient à la vitesse de la lumière vers l'obscurité de cette mort inéluctable qu'elle acceptait si mal. (...) Elle s'était demandé souvent ce qu'il pouvait y avoir derrière le rideau. La découverte d'une vie éternelle, une vie meilleure pleine de surprises où elle retrouverait Jean ? Ou bien serait-elle diluée dans l'espace où elle ne retrouverait plus rien ni personne ?
Cette mort-là comme sa propre mort, que voulaient-elles dire ? Avaient-elles un sens caché ? La mort n'était-elle vraiment qu'une fin ? Pour lui ? Pour moi ? Pour nous deux ? Mais à quoi bon réfléchir ?
...
Il avait une manière toute méditerranéenne de saluer, de recevoir, de tenir dans ses bras ou d'embrasser. Venaient ensuite les fameuses rages de Jean à propos de choses graves ou bénignes, brusquement suivies d'éclaircies. Cette façon de se mettre terriblement en colère, puis de tout oublier quelques minutes plus tard. Un simoun, un sirocco passionné qui dévaste tout sur son passage pour rebâtir aussitôt après la tempête avec la même passion. Cette sérénité de velours tapissé d'orages. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en y pensant.
Tout le début de leur vie lui revenait en mémoire dans un joli désordre. Cette union de leur nuits. Le plaisir qu'ils avaient à se regarder, bras dessus bras dessous, nus, devant la glace de leur grande armoire : cette peau tendue, le galbe de leurs corps.
En dépit de leurs différences, cette flamme n'avait pas seulement été préservée mais affermie. Une magie mystérieuse avait maintenu toute la verdeur de leurs liens. Ainsi coulèrent les jours malgré ce temps qui gommait leurs formes, effaçait, peu à peu, leur beauté de jeunes adultes pour le remplacer par la pure tendresse de visages vieillies retrouvant l'enfance. Ainsi se poursuivirent les années entres joies et problèmes, entre rires et chagrins, soleils et tempêtes.
Bien sûr, il y eut des scènes, des départs intempestifs, des menaces de divorce, mais quelque chose qui ressemblait à un fleuve souterrain, présent, obstiné, continuait assidûment à les greffer l'un à l'autre. Cette association miraculeuses de confrontations et alliances, ce don insigne d'avoir pu maintenir une fascination réciproque les accompagna toute leur vie.
09:58 | Lien permanent | Commentaires (0) |
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17.01.2012
Cutie boy de Yaël Hassan
Editions Casterman - 153 pages
Présentation de l'éditeur : Il s'appelle Alexander Chesterfield, et il aime: faire peurs au mur, son manoir au bord de la mer, gambader tout nu à l'aube sur la falaise, collectionner une multitude d'objets invraisemblables, discuter longuement de l'existence avec son meilleur ami, un chien qui répond au nom de Winston C., sa Lady de mère, même quand elle décide qu'il est temps de le mettre au travail. Mais une seule chose compte vraiment à ses yeux, jeter des bouteilles à la mer pour trouver l'âme sœur...
Ce texte est incontestablement original. Si de prime abord, l'on a la sensation d'être plongé dans une ambiance victorienne, l'on se rend compte par petites touches qu'il s'agit en fait d'une histoire du présent au charme désuet. Les pointes d'humour engendrées par la traduction littérale de certaines expressions anglaises sont également appréciables.
Pour autant, si j'avais des enfants, je ne saurais leur confier cette lecture. Quelque chose me dérange dans ce texte. Dans l'ensemble, je dirais qu'il s'agit d'une littérature à l'adresse des 10-12 ans, mais certaines approches concernant la sexualité me font dire que tout cela s'adresse à un lectorat plus âgé mais qui n'accrocherait pas plus que ça. Ces approches sont également très particulières et sans être aucunement pudibonde, ne correspondent pas du tout au message que je voudrais faire passer sur le sujet à un être en construction. En outre, le fait que le personnage de 25 ans se comporte parfois comme un enfant et soit plus qu'infantilisé par sa mère me semble un peu étrange comme modèle.
Alors d'accord, ce texte est très fantaisiste et loin d'être immoral. Il a même un petit côté madeleine de Proust en nous rappelant notre enfance par l'évocation de nombreux personnages croisés lors de nos vertes années (Mary Poppins, la famille Adams, les quatre filles du Docteur March, Alice au pays des merveilles...).
Mais définitivement, ce roman me gêne un peu dans de jeunes mimines.
Extrait :
Qu'il est triste de découvrir que l'on ne court parfois qu'après des chimères.
09:45 Publié dans Citation, Culture, Littérature française, Littérature jeunesse, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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16.01.2012
Rentrée littéraire : A défaut d'Amérique de Carole Zalberg
A paraître le 1er février 2012
Editions Actes Sud - 214 pages
Présentation de l'éditeur : Dans un cimetière parisien, on enterre une vieille dame. De loin, une jeune femme venue d’Amérique, Suzan, observe secrètement la scène, tandis qu’une autre, Fleur, se tient au bord de la tombe où repose désormais celle qui fut sa grand-mère, Adèle. Personnalité charismatique et inlassable séductrice qui a, depuis son exil de Pologne après la Première guerre mondiale, traversé le XXe siècle en indomptable survivante à toutes les tragédies qui en ont endeuillé l’histoire, Adèle défunte semble continuer à exercer sur les vivants une inimitable et puissante emprise. A la lumière du parcours de la disparue magnifique, Suzan et Fleur se voient en effet confrontées l’une à son inaptitude à vivre et à aimer, l’autre à l’enfermement au prix duquel elle tient à distance une profonde blessure affective, chacune en venant à prendre enfin la mesure du legs de souffrance et d’amour dont sa propre existence est redevable. Sur trois générations et plusieurs continents, et de la grande Histoire à l’histoire familiale, Carole Zalberg tisse ici à travers le portraits de quelques femmes inoubliables, le roman d’une humanité aussi fragile que résiliente, hantée, autant que consolée par les indociles fantômes du passé.
Première note préenregistrée d'une plus ou moins longue série selon le courage que j'aurais eu avant mon départ. Car oui, à l'heure où paraîtra cette note, je serai sur le billard pour subir une lourde opération du dos, dont j'espère bien me réveiller. Croisez les doigts pour moi.
Trêve de digression. A défaut d'Amérique donc.
De la Pologne à la Californie en passant par l'Afrique du Sud, Paris et New York, Carole Zalberg nous offre une fresque familiale au travers des voix de différentes femmes qui composent cette tribu à deux branches. En nous racontant l'existence de ces personnages féminins en quête de vérité et de compréhension sur la vie de leurs ancêtres, l'auteur nous offre une réflexion sur le poids du passé et le bilan de ce que l'on a accompli, de ce que l'on veut vraiment pour la suite et de ce qu'on laissera de nous quand nous aurons disparu.
S'il est un peu difficile de rentrer dans le texte, une fois ce cap dépassé, l'histoire est très bien construite, très positive et très sereine. S'il ne compte pas parmi les livres dont je me souviendrai toujours, je souligne son côté que j'apprécie particulièrement dans mes lectures : l'opportunité que nous offrent certains ouvrages d'opérer un retour sur soi. Le meilleur dans ce genre reste à mes yeux Quartier lointain de Jirô Taniguchi mais dans une moindre mesure, celui-ci nous offre cette jolie caractéristique. C'est pour l'instant ce que j'ai lu de mieux dans la production 2012.
09:27 Publié dans Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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15.01.2012
Doux leurre
Souffrir. Endurer. Subir. Être perclus... Autant de mots qui sont mon quotidien depuis maintenant plus de cinq mois. Bref, j'ai le dos bousillé. Les joies de la librairie et de ma qualité de fin de race qui a écoppé de toutes les tares génétiques de ses ancêtres. Cette situation devraient être relativement enrayée si demain je survis à mon arthrodèse L3-L4-L5-S1. Rien que ça.
Le fait est que quand on a la varicelle dans une moindre mesure ou que l'on suit une chimio dans un cas de figure plus tragique, votre mal est visible. Cette flagrance entraîne une reconnaissance, une prise en compte de vos maux par votre entourage. Et c'est bien ce que l'on attend quand votre corps vous lâche : de l'attention, du chouchoutage, de la compassion.
Mais certaines douleurs, comme la mienne, sont invisibles. De fait, quand elles ont tendance à s'éterniser, comme la mienne, les gens ont tendance à les minorer voire à les oublier. De fait, à la douleur physique s'ajoute une douleur psychique. Celle d'être incompris. Difficile de le reprocher aux autres quand on considère que la médecine n'a commencé à prendre en compte la douleur que récemment. Et pourtant...
Si l'on ajoute à cela le fait que vous vous empêchez de répéter en boucle "j'ai mal", que la douleur intense joue inévitablement sur le caractère, que l'entourage s'agace de vos sautes d'humeur qui ne sont pas un travers de caractère mais la simple expression de votre souffrance et que vous finissez par ne plus rien dire, vous vous sentez encore plus isolé.
On est seul dans la douleur.
09:07 Publié dans Beauté, santé, Travail | Lien permanent | Commentaires (2) |
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14.01.2012
658 de John Verdon
Editions Grasset - 441 pages
Présentation de l'éditeur : Ancien alcoolique reconverti en gourou pour milliardaires dépressifs dans une clinique très privée, Mark Mellery reçoit un jour une lettre anonyme, lui demandant de se prêter à un petit jeu d'esprit à première vue inoffensif... Mais l'énigme ne tarde pas à prendre une tournure sanglante et terrifiante. Appelé à résoudre une enquête en apparence insoluble, semée d'embûches et d'indices trop flagrants pour être honnêtes, le légendaire inspecteur David Gurney, jeune retraité du NYPD bientôt rattrapé par les démons de l'investigation, se lance aux trousses d'un meurtrier aussi inventif que machiavélique pour qui le décompte macabre ne fait que commencer...
Je me surprends à lire de plus en plus régulièrement des polars, romans noirs et autres thrillers. Bon, je dois quand même relativiser mes statistiques en précisant que je dois être à un roman policier lu pour une quinzaine de romans tout court. Le style meurtre-enquête-frissons n'aura jamais ma préférence du fait que même si je tombe sur une perle littéraire du genre, je suis toujours un peu déçue à la fin. Le dénouement ne me satisfait jamais dans le sens où il ne peut pas vraiment y avoir d'explication crédible face à l'horreur engendré par un ou plusieurs déséquilibrés, aussi fictifs soient-ils. Par ailleurs, ces romans, pour peu qu'ils soient bien écrits et bien construits, ont une particularité qui, à mes yeux, est autant un atout qu'une faiblesse : ils sont l'essence même du page-turner. Alors certes, l'on est happé par l'intrigue et on ne lâche pas le bouquin tant que l'on ne connaît pas le fameux coupable ou que l'on n'a pas résolu le mystère. Mais de fait, quand on s'engage dans ce type de lecture, l'on ne fait plus que ça et on les finit trop vite. Cela n'engage évidemment que moi au regard des chiffres de vente du rayon policier.
Quoiqu'il en soit, 658, tout polar qu'il soit, compte à mon avis au nombre des très bons textes de cette littérature. L'idée d'un tueur qui torture mentalement ses victimes en prétendant pouvoir lire dans leurs pensées est très angoissante et très bien exploitée. Le suspens est à son comble et si l'on peut nourrir de multiples soupçons, impossible de connaître la vérité avant seulement quelques paragraphes précédant la grande révélation. L'ensemble est très bien écrit, ce qui ne gâche pas le plaisir de ce scénario diabolique qui est la toute première production de l'auteur. Coup de chapeau et de projecteur.
Extrait :
- Les rôles dominent qui dominent nos vies, commença Mellery sans préambule, échappent à notre contrôle. Les besoins qui nous gouvernent implacablement sont ceux dont nous sommes le moins conscients. Pour être heureux et libres, nous devons voir les rôles que nous jouons tels qu'ils sont, et mettre au jour nos besoins cachés.
Il parlait avec calme et simplicité, et il avait toute l'attention de son auditoire.
- Le premier écueil dans notre recherche sera la conviction que nous nous connaissons déjà nous-mêmes, que nous comprenons les motifs de nos actes, que nous savons pourquoi nous percevons de telle ou telle manière la situation qui est la nôtre et les gens qui nous entourent. Pour faire des progrès, il importe que nous ayons l'esprit plus ouvert. Découvrir la vérité sur soi-même nécessite que je cesse de proclamer que je la connais déjà. Jamais je n'enlèverai le rocher qui me barre la route si je n'arrive pas à le voir pour ce qu'il est.
08:41 Publié dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar / thriller | Lien permanent | Commentaires (0) |
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13.01.2012
Autour du monde avec Tante Mame de Patrick Dennis
Editions Flammarion - 391 pages
Présentation de l'éditeur : Femme émancipée, imprévisible, pleine de fantaisie, Tante Mame a enlevé son petit-neveu et entrepris de parcourir le monde en sa compagnie. Le vieux continent, dont elle n'ignore rien des usages, sera un théâtre à sa démesure. Ainsi sera-t-elle meneuse de revue aux Folies Bergères, châtelaine cernée par les nazis en Autriche, victime d'un gigolo sur la côte basque, menacée par les fascistes à Venise, prisonnière d'un kolkhoze en Russie. À ses côtés, on retrouve son neveu Patrick et sa meilleure amie, la légendaire et non moins riche actrice Vera Charles, ainsi qu'une loufoque bande d'originaux, d'expatriés et de play-boys. Nouveaux adeptes et fans de longue date se délecteront de ce second volet des frasques toujours plus extravagantes de la célèbre globetrotteuse. Subtil, insolent et furieusement drôle, Tante Mame n'a pas pris une ride et son tour du monde reste toujours aussi irrésistible.
A l'instar du Mr. Thake de J.B. Morton, Tante Mame est un personnage haut en couleurs qui n'a pas son pareil pour se mettre dans des situations abracadabrantes mais qui, contrairement à son égal masculin, à l'art de toujours retomber sur ses pieds en ouvrant les yeux avant la catastrophe. Cette lucidité in extremis rend la lecture moins fatigante que celle de son homologue britannique. Pour autant, on se lasse assez rapidement de ses aventures qui s'appuient sempiternellement sur les mêmes ressorts et dont la seule variante est le cadre puisque la drôle de bonne femme nous trimballe tout autour du globe.
Je me rends compte que je ris davantage en lisant des ouvrages ne comportant pas l'étiquette"drôle" qu'en lisant des livres qui font partie du catalogue humoristique. Peut-être le fait d'appartenir à ce registre engendre une trop grande attente de ma part et au final je suis déçue car je n'arrive au maximum qu'à sourire alors que je peux avoir de véritables fous rires grâce à des auteurs de romans non estampillés "comiques" comme ceux de l'excellent Jonathan Tropper (Le livre de Joe, Perte et fracas, Tout peur arriver).
08:20 Publié dans Culture, Littérature américaine, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) |
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12.01.2012
Mr. Thake de J.B. Morton
Ou les tribulations, les infortunes et les déboires d'un gentleman anglais
Editions le dilettante - 284 pages
Présentation de l'éditeur : Oswald Hattersley Blettisloe Thake, gentleman célibataire engoncé dans ses principes, est définitivement fâché avec son temps. Au fil de ses pérégrinations à travers l'Europe et l'Amérique des Années folles, il tombe de Charybde en Scylla, se laissant duper avec une naïveté confondante par toutes sortes d'escrocs, d'artistes, de veuves joyeuses et de demi-mondaines. The Adventures of Mr. Thake est un classique de l'humour anglais pour la première fois traduit en français.
Inconditionnelle des romans épistolaires (Eux sur la photo d'Hélène Gestern, Les chagrins de Judith Perrignon, 84, Charing Cross Road d'Helen Hanff, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer, Lady Susan de Jane Austen), j'ai ici été passablement déçue.
Malgré un humour très anglais, une succession de situations cocasses et un personnage particulièrement travaillé dans son caractère ingénu - pour ne pas dire lourdement naïf - je me suis rapidement fatiguée des arnaques à répétition dont le héros est victime. La crédulité du personnage est poussée à son paroxysme, ce qui le rend exaspérant et de fait, la lecture de ses déboires assez rapidement agaçante. Ces lettres, initialement parues dans un journal, ne supportent pas l'épreuve de la compilation. La petite dose est incontestablement la meilleure prescription pour ce genre.
09:03 Publié dans Littérature anglaise, Livre, Roman épistolaire | Lien permanent | Commentaires (0) |
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11.01.2012
Rossmore Avenue de Vanessa Caffin
Editions Belfond - 236 pages
Présentation de l'éditeur : Lily Brochant s'est installée il y a dix ans à Los Angeles, où elle a suivi un amour de passage. Allergique à l'inculture américaine, elle se débat au milieu du vernis californien, décidée à imposer un ton résolument irrévérencieux et parisien, bien intriguant pour la communauté du 500, Rossmore Avenue, le petit immeuble chic et vieille Angleterre de Hancock Park où elle a posé ses valises. Reine du shiatsu auprès d'une clientèle fortunée, elle se jette sur le pouls de ses voisins pour mieux traquer leurs manques affectifs : Jane, malmenée par un fils hyperactif et déterminée à démasquer les infidélités de son mari ; Georges, un Français sexagénaire inconsolable depuis le décès de sa femme, parti à L.A dans l'espoir de rencontrer son idole, Sylvie Vartan ; Luke, peintre dépressif en mal d'inspiration ; et Cora, concierge latino mélancolique rêvant de fuir en Norvège. Mais quand le mari de Cora est retrouvé mort dans les poubelles et qu'un natif de L.A se met à courtiser Lily à la française, la vie prend des tours inattendus au 500, Rossmore Avenue... Une comédie délurée et subtile, dans l'esprit des Chroniques de San Francisco, où s'expriment avec justesse les fantaisies de l'âme humaine, la solitude et le doute.
Comme l'indique la jaquette, ce texte est tout à fait dans l'esprit des Chroniques de San Francisco mais quitte à choisir, autant opter pour Armistead Maupin qui nous offre une plus grande qualité et surtout une sacrée quantité puisqu'il a récemment fait paraître les tomes 7 et 8 de cette superbe saga.
Ici, l'on met un peu de temps à se plonger dans le texte et le dénouement est de fait un peu rapide. Pour autant, la lecture est très agréable, les personnages attachants et les intrigues dignes des meilleures séries télé sauce Melrose Place.
08:48 Publié dans Culture, Littérature française, Livre, Roman, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) |
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